Gallerie des Euro-horreur: risque de choquer la sensibilité de certains...

Article publié le 12 juillet 2008
Publié par la communauté
Article publié le 12 juillet 2008
Devant le tour pamphlétaire que prenait ce blog, votre serviteur était décidé à en revenir à quelque chose de plus productif, la mise en valeur d'une identité européenne et une 'agitprop plus "rock'n'roll"...mais un évènement insignifiant a chatouillé ma plume lasse et propulsé la sortie de cet article.

L'incident s'est déroulé sur flickr, au sein du groupe recueillant les posters électoraux en rapport avec l'UE. Celui ci étant totalement ouvert, un "noniste" irlandais ( espèce particulièrement virulente dans le domaine graphique) a posté sa petite création maison.

Le référendum est terminé me direz vous ? il semble que la fête ait été trop courte, et qu'il leur faille prolonger cette exutoire éphémère que sont devenus les référendums européens...

Pas question de supprimer l'affiche du groupe : j'ai préféré y répondre, en postant des affiches "yes to lisbon" de ma création dans les commentaires. Le résultat : ceux-ci ont été supprimés au bout de quelques heures. J'ai voulu demander des éclaircissements sur l'étrange idée que cette personne se faisait d'un "débat", mais il m'avait déjà "blacklisté".

La liberté d'expression ne pouvant être à sens unique, j'ai donc effacé son chef d'œuvre. Et j'ai eu droit en prime à un email d'insulte.

Voila donc l'occasion rêvée de faire un petit tour en affiche du "non" à l'UE dans toute l'europe, petit tour qui s'avère riche de paradoxes et d'enseignements. Mais aussi de frissons...vous voila prévenus.

les britanniques champions de l'anti-libéralisme ?

Paradoxalement, très peu d'affiches sont disponibles. L'UKIP ( parti anti européen britannique) est un groupuscule insignifiant, peu créatif et quasi-invisible. Même sur leur site, rien à se mettre sous la dent. il faut plutôt chercher la créativité visuelle du coté du périodique the Sun, dirigé par Robert Murdoch, le célèbre milliardaire anti-européen qui a fait des émules chez les autres milliardaires, au Royaume uni et en Irlande avec Libertas.

Leur bête noire : le "libéralisme" ( accessoirement les français et les allemands).

Comment des partis conservateurs, de "droite" peuvent être anti-libéraux direz vous interloqué, voire carrément schoked ?

C'est que "libéralisme" en Angleterre désigne le contraire de ce qu'il désigne en français. Quand un conservateur britannique traite quelqu'un de "Libéral" il faut comprendre (affreux) "gauchiste", ce qui est un peu logique vue l'étymologie du mot libéral.

L'europe est donc pour eux ce qu'ils détestent le plus : un nids de "libéraux" socialistes technocrates et staliniens (accessoirement français)

ci contre 'l'europe socialiste unie et (est) socialiste, le cauchemar absoludesk-7-1280.jpg )

ici, un technocrate "socialiste" ( ce sont des synonymes)desk-6-1280.jpg

Cette dernière illustration d'un site anti européen britannique l'illustre à merveille...passé le fond, la forme des pamphlets britanniques anti-européen se caractérise, selon des standards continentaux ( excuse my french), par un ton assez ordurier qui semble être l'apanage d'un certaine presse populaire britannique, comme dans l'illustration ci dessous,

desk-11-1280.jpg Le message est clair: l'europe, c'est caca ! pas popo dans l'europe, ya-na bobo. Que de finesse dans les arguments.

Le plus étrange c'est que les graphismes pourraient être repris à 90 %,, toujours contre l'UE, par leurs ennemis jurés, les "communistes" et autres alters, français de surcroit, pour lesquels le drapeau de l'europe façon barbelés ferait des merveilles. J'espère ne pas leur donner de mauvaises idées.

Malgré les railleries, ne vous mèprenez pas, les britanniques anti UE, même s'ils parlent fort, sont de moins en moins nombreux au fur et à mesure que le royaume uni "pratique" l'Europe ( non, je ne peux pas le démontrer, it's just a feeling).

Et surtout, cela à l'avantage d'être clair, depuis le début : pas de supra-nationalité, juste une union douanière sans rien d'autre...car s'ils ne veulent pas s'intégrer a l'UE, c'est un choix légitime, et qui a l'avantage, s'il se réalisait, de laisser au moins ceux qui veulent plus d'europe poursuivre sans les poids morts...

Quand la France pète plus haut que l'Europe

J'ai dit péter ?

Cela doit être la mauvaise influence de la virulence parolière des anti-UE britanniques. C'est pourtant bien de cela dont il s'agit en France (je ne pouvais pas mettre de majuscule plus grande, sorry).

ici, les champions de l'anti-UE , ou au moins les plus bruyants d'entre eux, proviennent de l'ancienne mouvance "communiste" et d'une tradition jacobine ,plus ou moins consciente, désormais autoproclamés "anti libéraux"

L'extrême gauche française en accord avec la droite conservatrice Britannique contre l'Europe ?

non20a20la20constitution.jpg Enfin presque, car s'ils sont bien d'accord pour rejeter la constitution, le traité de lisbonne, voire l'euro (et presque toute avancée de l'intégration européenne désormais)...c'est pour des raisons opposées, puisque "antilibéral" à en français, bien sur, exactement le sens contraire de celui qu'il a anglais.

Rassurez vous, antilibéral en france est aussi une insulte, libéral désignant un courant de pensée économique, et les capitalistes à gros cigares qui vont avec.

euroaffmpf12p.jpgEtrange coalition de facto qui se déteste mutuellement en s'ignorant...et vote pareillement.

La particularité du discours français anti-UE ?

Un mélange détonant de jacobinisme et de complexe de supériorité. Le leitmotiv sous jacent, hormis l'habituel complot des technocrates (un classique pan-européen) est que l'intégration Europeenne "menace" la france, qui est , ou était, le meilleur des "systèmes" en Europe ( ne soyons pas modeste : au monde).

Cette affiche de la frange gauche (!) du PCF, (qui a longtemps orné la porte décatie d'un immeuble abandonné près de mon ancien chez-moi) illustre à haute voix ce que beaucoup de français pensent tout bas ( comme disait un autre noniste). Fait intéressant, il existe une version originale de l'affiche disant non " à la constitution"...) qui apparemment n'est jamais parue, et a visiblement été modifiée après impression pour un non " à TOUTE constitution", jusqu'au boutisme que peu osent formuler.

On ne sait trop pourquoi il est de mauvais ton en france de se déclarer anti-européen tout court.

Il faut être pour une autre Europe. Même les plus viscéralement nationalistes comme Devilliers ou Le Pen se déclarent pour une Europe " des peuples" ou des "nations". Les électeurs ont bien su comprendre que ces deux là veulent s'en tenir à de vagues coopérations internationales.

D'autant plus que dans leur cas, au jacobinisme de l'extrême gauche se superpose une "arabophobie" bien de chez nous ( de chez eux).Ainsi par un saisissant raccourci, quand Devilliers vous parle de l'Europe...c'est n'est plus que de la turquie dont il s'agit !

Une dernière affiche pour la route, "old school" comme disent les jeunes, puisqu'elle nous remmène aux manuels d'histoires de la troisième république, avec les héros de la patrie, Jeanne d'arc et Vercingetorix en tête, dont l'influence doit être cependant assez marginale sur le public actuel.

il n'en reste pas moins que la principale phobie de Le Pen, ce ne sont plus les "arabes", mais bien l'Europe. Lors du second tour de 2002, sa première proposition claironné était ...un référendum sur la sortie de la france de l'UE !

cnc1_grand.jpg Quoiqu'il en soit, presque tous les anti-eu français ont deux choses en commun: ils sont toujours pour une "autre Europe", et considèrent que le "système" français, implicitement summum de la perfection est mis en danger par le "parti de l'étranger" ( assimilé le plus souvent au "libéralisme")

Un cas d'école en Irlande ?

Commençons par le plus évident. Comme chez les britanniques, les anti-eu se recrutent plutôt à droite et cultivent la "liberté" avant tout ( même s'ils se qualifient d'"antiliberals", entendez, anti-gauchistes, je sais, c'est compliqué).

Exemple le plus frappant, l'association Libertas, fondée par le millionnaire Declan Ganley ( comme avant lui robert Murdoch au Royaume uni). Bref ce sont ici les capitalistes à gros cigares qui luttent contre l'UE ( contre toute forme de supranationalité). Un des arguments récurrents, visuellement parlant étant celui des "taxes"

2548082675_7f9405aa4a_b.jpg Cette obsession de l'attaque au portefeuille, typiquement britannique, pourra paraitra incongrue à des latins habitués, tous horizons politiques confondus, à mépriser ce type de questions prosaïques. Napoléon traitait déjà les anglais de "peuple de boutiquiers" . Ce sont pourtant bien les boutiquiers qui l'ont emporté sur les hussards, ce qui devrait nous inciter à plus de discernement.

Trêve d'éloges ambigües, rassurez vous, l'UE n'attaquera pas votre portefeuille. Vous pouvez pousser un grand "ouf".

Ce qui se cache derrière cette demi-vérité n'a rien à voir avec le traité de lisbonne ( on a déjà vu ce genre d'amalgame), mais vise à dénoncer les "harmonisations fiscales" inévitables. Jusqu'ici en effet, certains pays, dont le RU et l'Irlande, profitent du marché unique européen en pratiquant un "dumping" fiscal ( les fameuse entreprises qui délocalisent leurs sièges fiscaux à londres). Bref, les règles du jeu leur convenaient jusqu'à présent, dans une Europe économique sans régulation politique.

Il est donc logique, en bons ultralibéraux ( comme dirait les nonistes français), qu'ils ne veulent pas d'une Europe politique, et donc d'aucun traité constitutionnel, de lisbonne ou autre.

2535265734_5ed2a4803f_o.jpg Le reste des affiches est beaucoup plus créatif, avec le plus grand choix en matière d'arguments anti-UE. En vrac, le traité est "trop compliqué ( un classique), l'europe va obliger les irlandais à reconnaitre l'avortement, va les enrôler de force dans une future armée européenne, etc...

Si ces phantasmes sont compréhensibles au vu des traditions nationales irlandaises de catholicisme et de neutralité ( on l'a vu, chaque pays montre les mêmes travers), un pas de plus est franchi, qui débouche directement sur la paranoïa débridée la plus préoccupante.

Car ici, il n'est même plus question de l'UE, c'est toute institution globale qui est diabolisée. Rien n'existe plus en dehors de la nation 2455689447_483fd04bb8_b.jpg ...même pas l'ONU. jusqu'ici, il n' y a encore jamais eu de manifestation d'alters "anti ONU"...mais avec un peu d'effort, un nouveau pas dans le n'importe quoi et vers le XIX siècle peut encore être franchi !

Enfin, ces deux dernières affiches, du domaine de la Science-fiction, se passent de commentaires

2560089991_81cb3b4360_b.jpg2566520017_4568c7a1ff.jpg

On savait déjà les technocrates machiavéliques ( le nom de Bolkenstein fait encore frémir de peur les petits alter-français) Mais l'europe, en plus de vous faire payer des taxes, de vous faire voter un texte-qu'il-est-trop-compliqué, de vous obliger à avorter et de vous recruter d'office, malgré vous, dans l'armée Européenne (sic), va vous implanter des codes barres et des micro-puces sous cutanées.

Gageons qu'il s'agit seulement d'une minorité criant très fort. ils sont dans tous les cas particulièrement virulents. Et surtout, on rentre de plain-pied dans un n'importe quoi qui annihile toute tentative de débat. Les irlandais eux-même en sont les plus consternés.

L'Europe, c'est tout des pédés (et des communistes) !

Finissons en beauté. Pas besoin de parler la langue pour déchiffrer le message. Avec l'entrée de la Pologne, l'UE s'est enrichie de nouveau phantasmes: l'europe, c'est tous des pédés( et les pédés, c'est le mal incarné, bien sur ). Vous noterez également, dans la grande tradition des illustrateurs polonais, le postérieur cauchemardesque du présumé homosexuel.

On aurait tord cependant de se répandre en sarcasmes. Malgré un gouvernement ultra-conservateur, la population s'est prononcée à plus de 70 % sur l'entrée de la Pologne dans l'UE !

De ce fait, ce type d'affiche ne doit pas rencontrer non plus une large adhésion.

Ironie, ô Ironie, si l'irlande ( ou la france ?) devait rentrer dans l'UE aujourd'hui, traité constitutionnel inclus, il en serait probablement de même...en attendant, l'espoir se trouve peut être, contre toute attente, à l'est...

En guise de conclusion: continuonscommençons enfin le combat

Contrairement à ce qu'on a pu dire, la peur a choisi son camps. Dès sa fondation la CEE se heurtait, comme il est logique, au nationalisme et à la crainte de du voisin. La Communauté européenne de défense (CED), tentative pour réaliser une armée unique, se brisa ainsi en france sur la peur...de l'Allemagne. R.

Rien n'a vraiment changé, si ce n'est que pendant longtemps, avec l'opulence des 30 glorieuses, l'indifférence domina envers la construction européenne.

Le traité de Maastricth ( qui justement, fonda l'UE) a été la seule échéance électorale ou la peur a été du coté du oui, avec de très maigres résultats. A partir de ce moment, les phantasmes nationaux reprennent partout le dessus, chacun avec ses spécificités, et avec plus de vigueur que jamais, ébauchant les alliances contre-natures que l'on connait.

Les spectacles les plus consternants se multiplient ainsi, comme lors de la proclamation de la charte de droits fondamentaux au parlement européen, sous les huées des groupes d'extrême droite (de la france à la roumanie, jusqu'ici rien d'étonnant)...auxquels se sont joints bon nombre de parlementaires d'extrême gauche, dans la confusion la plus totale.

Les échéances européennes sont devenues aujourd'hui le miroir de tous les phantasmes et de toutes les peurs : il y en pour tous les gouts, même , et surtout les plus contradictoires.

Pour conjurer cette dérive, il ne suffit plus d'expliquer et de relever le niveau du débat. Il faut désormais en revenir à une imagerie plus offensive, plus créative et abandonner les "l'europe c'est l'avenir du futur ( pour nos jeunes) ", ou "l'europe c'est sexy".

Mais ceci est une autre histoire. à suivre...

liens:

le groupe recueillant les affiches en rapport avec l'UE sur flickr

Le groupe Europatriotism de Rob Coenen

le groupe proud to be european