Fritz Kalkbrenner : musique en masse

Article publié le 13 novembre 2014
Article publié le 13 novembre 2014

Deux ans après la sortie de son dernier album, Fritz Kalkbrenner revient avec Ways over Water, qui se situe comme d'habitude quelque part entre la soul et la house. cafébabel a interviewé le DJ à Paris et a pu constater : c'est un gars tout ce qu'il y a de plus normal. 

Fritz est le petit frère du DJ Paul Kalkbrenner avec qui il a joué dans le film Berlin Calling. C'est la voix de ce carton sorti en 2009, ça rappelle des souvenirs ? À l'époque, « Sky & Sand » était dans toutes les oreilles. Mais Fritz compose aussi lui-même, non sans succès. Avec son dernier album il occupe la 6ème place des meilleures ventes d'albums en Allemagne et remplit les salles partout dans le monde. Aujourd'hui Fritz en est à son troisième album. 

Un hôtel parisien. Pas luxueux, mais pas glauque non plus, quelque part dans le 9eme arrondissement. Plutôt central et pratique. Quartier bourgeois pourrait-on dire. Il me fait attendre, mais seulement pour demander quelques bonnes adresses pour le déjeuner et faire quelques photos. Sourire, poignée de main. D'une certaine manière, il paraît tout à fait normal, pour quelqu'un qui compte parmi les artistes allemands qui s'exportent le mieux actuellement et qui a, notamment, joué en primetime du Melt!-Festival cette année. Son unique combinaison de soul et de house percutante en a fait un DJ-star. La force de sa musique n'est pas due à sa complexité mais plutôt à sa voix marquante. Tout comme sa musique, on a ce à quoi on s'attendait avec Kalkbrenner. Il paraît naturel, pas trop égocentrique, et même tout à fait normal. Pour moi, au premier coup d'oeil, il ne se prend pas pour un artiste. 

Mais c'est peut-être l'effet de son accent berlinois (Berliner Schnauze), que l'on ne peut pas ne pas entendre. Il tient à nous dire que, paraît-il, faire de la musique pour les foules ce n'est pas son truc. Je suis un peu surprise, car son nouvel album Ways Over Water (du label suol music) a pour moi toutes les caractéristiques d'une musique faite pour plaire au plus grand nombre. Beats entêtants par-ci, quelques mélodies lounge par-là, une voix pénétrante, qui agrémente le tout de paroles faciles à fredonner. Il est donc difficile de croire que tout ceci n'est pas calculé. C'est comme ça que ça marche, et Kalkbrenner le sait sûrement. Pourtant quand j'ose lui demander si, dès l'écriture, il pense toujours au public visé, il me répondu que non : « Ça doit d'abord me plaire. C'est ça qui fait un bon titre d'après moi ». Quand on le voit au naturel, on veut bien le croire. Ce sont tout simplement ses propres goûts. Et c'est comme ça qu'il vise juste. Un homme parmi la foule en fait.  

Le clip et les paroles du single « Back Home » vont de pair. Les deux racontent l'histoire qui se reflète également dans le titre de l'album. Ways over Water, littéralement, des chemins par-dessus les eaux : « Quand on rencontre une difficulté, il paraît impossible de la surmonter. C'est toujours une expérience intense et compliquée. À partir de là commence le défi, la lutte pour travailler sur soi et s'en sortir. » 

Le clip officiel du single « Back Home »

À propos de Back Home : où donc Kalbrenner se sent-il vraiment chez lui ? Lui, qui passe la plus grosse partie de l'année à l'étranger. « Je suis, si l'on veut, un citoyen du monde. Mais je recèle encore d'une flopée de particularités allemandes.  Comme par exemple un attachement à la ponctualité. Quand les organisateurs doivent venir me chercher et sont un peu en retard, là en tant qu'allemand tu regardes ta montre après deux minutes. Et je suis encore un berlinois pur jus », dit-il en glissant un bonbon dans sa bouche. « J'ai aussi constaté que mon public était toujours aussi génial où que j'aille. Un fan de techno espagnol peut se lier beaucoup plus vite avec n'importe quel fan de techno suédois. Plus qu'il ne le pourrait avec un fou de heavy metal de son pays. La musique est un élément qui unit. » Ok. Kalkbrenner est si facile qu'il ne nous rend pas la tâche aisée. Avec son petit ventre et ses tempes dégarnies, il nous fait un peu plus penser à un père de famille qu'à une popstar. 

« Regarde bien si tu as posé toutes tes questions », dit-il de façon quelque peu suffisante pour conclure. Mais après tout il a bien le droit, ayant été lui-même autrefois journaliste spécialisé musique, il connaît le métier. Ses connaissances en musique sont impressionnantes. Pourtant, il n'écoute pas d'electro. Plutôt « beaucoup de Marvin Gaye, de Curtis Mayfield…et toutes les musiques de Willie Mitchell… donc de la soul pure et dure », qui l'ont imprégné. Il est plus musicien que DJ et ça se voit. Sur scène il chante et mixe en même temps, en studio il écrit seul toutes ses paroles. Il connaît son métier. Pour moi, il n'est pourtant pas un artiste. Mais après tout il n'a pas forcément besoin de l'être. Il plaît au plus grand nombre et c'est déjà pas mal, nan ?

Écouter : Ways Over The Water de Fritz Kalkbrenner (Suol/2014)