FrenchFilms : vikings of the world

Article publié le 28 janvier 2013
Article publié le 28 janvier 2013
Dans une société dont les principaux agents cherchent à connaître tout, avant tout le monde, il va presque de soi que la Finlande est le nouvel eldorado du cool. Lancé à tout berzingue sur la vague de la tendance so 2013, cafebabel.comest donc allé interviewer la tête de drakkar de la scène musicale viking : French Films.

Statuons : la Finlande vit une hype. Aux Eurosonics – le plus grand festival de showcases européen organisé à Groningen (Pays-Bas) – le pays a même été mis à l’honneur par les organisateurs. Chaque année, une nation se voit représentée comme il se doit en raison de la vitalité de sa scène musicale. En 2012, la Finlande a donc fait le job. Vitrine glorieuse de ce blason viking, French Films a été récompensé d’un EBBA Awards : une récompense qui célèbre le succès d’un premier album ainsi que sa résonnance à l’étranger. Ironie du sort, leur disque, Imaginary Future, est passé complètement inaperçu en France.

Pourtant, Johannes Leppänen (guitatre-voix), Joni Kähkönen (guiatre-voix), Santtu Vainio (claviers), Antti Inkiläinen (batteire) et Tuomas Asanti (basse) forment peut-être à 23 ans chacun, le groupe le plus enferré dans une époque qui transpire aux sons fiévreux et tourmenté des années 80. Ne vous y trompez pas, l’histoire bégaye et – encore une fois – Imaginary Future n’imagine rien d’autre qu’une énième resucée d’une décennie décidément charnière. Seulement voilà, à l’instar d’un groupe comme Foxygen qui a lui choisi de recracher le meilleur des sixties, French Films jouent le best-of des celliers mancuniens. Tout ça, en ajoutant les petits ingrédients qui ont toujours caractérisé les pays nordiques lorsqu’il s’agissait de mettre du sien dans leurs travaux artistiques. Vous l’aurez compris, sur Imaginary Future, il sera moins question de chômage, de foot et d’Happy Mondays mais plutôt de rêves, d’hiver et de Golden Sea.

« Fuck you winter »

Une dernière chose : French Films est un nom chantant. C’est tout. Permettez-nous une assertion d’emblée puisque nombre d’entre vous se demande déjà quel aurait l’impact du cinéma français sur la production sonore finlandaise. Après Air France, groupe suédois fan de la Gaulle qui utilisait des bribes de nanars franchouillards dans ses morceaux, la question est cependant légitime. Réponse ? Que dalle. French Films, « ça sonne bien ». Avouons toutefois que, journalistiquement parlant, la question reste un excellent outil d’interview. On connaît forcément la réponse, mais il n’empêche qu’elle ouvre la discussion sur un côté sympathique, entre fainéantise et promotion du made-in-France. C’est donc par là que nous avons commencé.

Un groupe suédois a eu la bonne idée de s’appeler Air France, et vous, vous mettez en tête de créer un groupe nommé French Films, c’est quoi le deal avec la France chez les Scandinaves ?

Johannes Leppänen : Je ne sais pas. C’est juste un nom, mec.

Bon. D’après les interviews que vous avez données, c’est vrai que votre musique n’a pas grand-chose à voir avec la France, elle concerne plutôt les films sur le skate.

Johannes Leppänen : Je l’ai probablement dit mais hum. Tu sais, on n’est pas très connu en France donc.

Mais putain, qui est fan de films français ici ?

Joni Kähkönen : Well, je regarde pas mal de films il faut dire. Et j’ai vu quelques films français qui ne m’ont pas laissé indifférent mais, on le répète, French Films c’était juste un nom qui sonnait bien. Et le français, la langue, c’est super cool. Le son est carrément bon, genre « François, ça va ? » (il commence à mimer un geste théâtral qui procède plus d’un trouble orthophonique que d’une imitation - et s’emballe). C’est vraiment génial ! Et puis, et puis, j’adore la musique française aussi (toujours avec le même geste théâtral) «  like Jacques Dutronque », « Géauoorge Braousenz » and « Seuuuuurge… »

Johannes Leppänen : Même quand les Français chantent en anglais, ça sonne vraiment bien. Je pense notamment à un groupe qui s’appelle Les Dogs, un vieux groupe de garage. Le chanteur est extraordinaire.

Lentement, c’est presque devenu commercial de parler de la musique finlandaise aujourd’hui.

Pensez-vous que vous auriez un titre aux EBBA Awards si vous n’étiez pas finlandais ?

Johannes Leppänen (un peu bouleversé) : je ne pense pas que l’on soit si nationalistes. Je pense qu’il y a plein de groupes intéressants en Finlande. Mais sinon, je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas.

Ok, je reformule : c’est plus facile d’être connu à l’étranger quand on est finlandais ?

Johannes Leppänen : Naaaan. Tu sais, il n’y a pas beaucoup de groupes qui ont connu un grand succès en dehors de la Finlande.

Le festival justifie son choix de mettre en évidence la Finlande cette année par « une explosion » de la scène musicale dans le pays, vous êtes d’accord ?

Johannes Leppänen : Il y a toujours eu de bons groupes en Finlande. Mais quand la tendance cold-wave dans la pop indie a refait surface, je pense que pas mal de gens ont commencé à s’intéresser un peu plus à notre pays. Lentement, c’est presque devenu commercial de parler de la musique finlandaise aujourd’hui.

Mais pourquoi maintenant ?

Johannes Leppänen : Peut-être que parce qu’aujourd’hui, c’est devenu très simple d’exporter ta musique. Et si tu es assez bon, le public va aimer ce que tu fais. Tu as juste à poster ton taf sur Internet et le tour est joué.

Je me suis toujours posé la question de savoir s’il était plus facile de composer dans un hiver froid et noir qu’avec un été chaud et lumineux. En gros, je voulais savoir si la température extérieure ressentie avait un impact sur vos compositions ?

Johannes Leppänen : C’est clair que ça eu un effet sur nous.

Joni Kähkönen : Moi, je préfère composer en été, c’est clair.

Johannes : Dans un morceau de l’album, on en parle d’ailleurs. Et le mot d’ordre c’est un peu « fuck you winter ».

Le système mis en place pour supporter la musique en Finlande est pas mal mais tu ne peux pas organiser confortablement ta vie autour de ça.

Si l’on se réfère à une chanson comme « New Zealand », vous aimeriez bien être enterrés en Nouvelle-Zélande. Dans « The Great Wave of Light », vous dites en substance que vous voulez aller à San Francisco. Dites le clairement, vous voulez vous barrer de la Finlande non ?

Johannes : Parfois. Et c’est vrai que ce premier album contient beaucoup d’échappatoires. Ce n’est pas qu’on déteste la Finlande, nous aimons beaucoup notre pays. C’est juste que ces chansons aient été écrites durant des moments difficiles, quand tu as le sensation que tout ce qui t’entoure, donc le lieu où tu trouves, est merdique.

Quel est le sujet que vous abordez le plus quand vous êtes en tournée ?

Johannes : Un peu de tout la plupart du temps. C’est vrai qu’on a quand même une passion commune pour la bouffe. Tu peux voir la conséquence ici (et il me montre son bide qui, il est vrai, impose le respect pour un mec de 23 ans)

Dans une récente interview, Johannes, tu as dit qu’il était très difficile de gagner de l’argent avec sa musique en Finlande. J’aurais voulu savoir si c’était plus vrai en Finlande qu’ailleurs ?

Johannes : En réalité, je pense que ça va. C’est vrai que j’ai dit ça mais en Finlande nous avons un système qui supporte les groupes dans l’organisation de leur tournée, mais il faut dire que ce n’est pas beaucoup. C’est pas mal, mais tu ne peux pas organiser confortablement ta vie autour de ça.

Vous êtes signés chez Gaia Records, ça se passe bien ?

Johannes : Oui et c’est très cool. C’est comme une famille en fait. Mais tu sais, c’est souvent le cas des labels indépendants et je pense que sur ce point, il n’y a pas trop de différences avec les autres pays : ils nous laissent faire ce que l’on a envie de faire.

Photos : @courtoisie de la page Facebook officielle de French Films : Une © Kessus, Texte : scène © Kyösti Karila