[fre]Le jour où l'Europe et le Royaume-Uni ont fait face au brexit

Article publié le 26 juin 2016
Article publié le 26 juin 2016

Le 23 juin 2016 ne sera plus jamais une date quelconque dans le calendrier. Ce jour a changé l'Europe, a changé le Royaume-Uni et la classe politique aussi bien Britannique que continentale a été dans l'obligation de prendre des décisions inattendues. 17 millions d'électeurs ont mis en marche un processus très complexe avant d'avoir d'une feuille de route définie. Un chemin plein d’interrogations.

Vendredi 24 juin à 5h40, la BBC a annoncé être sûre de la victoire du brexit dans le référendum britannique. Cinquante minutes plus tard, sur le plateau du programme Good Morning Britain de la chaîne ITV, Nigel Farage (leader de l'UKIP et la visage connu de l'euroscepticisme) a été interrogé en direct pour savoir s'il était capable de garantir que le pays économiserait 350 millions de livres par semaine en se détachant de l'Union Européenne.

Il s'agissait de l'un des arguments récurrents que la campagne pour la sortie de l'UE a présenté jour après jour dans les semaines précédent le vote. Cette somme d'argent public pourrait être reversée sans grand problème dans le Service National de Santé (NHS). Plus de 17 millions de Britanniques comptaient, entre autres, sur cet argument clair et direct.

Il était 6h31, le jour se levait sur Londres et Farage a répondu à la question : « Non, je ne peux pas le garantir. C'est une des erreurs que nous avons commis lors de la campagne pour le Leave ».

Le grand promoteur de la rupture avec l'Union Européenne venait d'admettre qu'un des principaux atouts employé pour gagner le vote ne tenait pas debout. La nationalité britannique à ce moment-là était encore en train de se mettre en marche pour affronter vendredi historique.

Le Jour de l'Indépendance

Nigel Farage et sa formation, le Parti de l'Indépendance du Royaume-Uni, n'ont pas tardé à célébrer l'aboutissement de sa raison d'être avec les partisans du Leave.

17.410.742 Britanniques ont décidé de tourner le dos à l'Europe défendue par le premier ministre, par trois quarts des députés du Parlement et par les principaux partis de l'opposition. Malgré le fait que la journée semblait commune, peu de personnes imaginaient réellement se réveiller en lisant que le brexit serait une réalité.

Le Royaume-Uni, pays qui avait de l’aversion pour le risque, venait de donner l'approbation à une des aventures les plus imprédictibles de l'histoire moderne européenne. Les réactions politiques n'ont pas tardé à se faire savoir : le vieux continent était en état de choc.

L'effondrement

On dit que David Cameron avait préparé son discours de démission pour être lu le matin du 19 septembre 2014. Ce jour-là, les Ecossais semblaient décidés prendre leur indépendance et sa position n'aurait pas tenu une seconde après la décomposition du Royaume-Uni sous son mandat.

Toutefois, le statu quo l'a emporté et le premier ministre est sorti victorieux d'un conflit très risqué. Seulement un an et demi après, Cameron a accepté un nouveau vote. Et cette fois-ci les niveaux d'incertitude ont redoublés.

A peine était-il sorti par la porte noire du 10 de Downing Street, la livre sterling était passé de 1.50 à 1.37 au change avec le dollar. Avec l'électorat perdu pour sa cause, le Parti Conservateur divisé et le pays sur le point de quitter l'UE, David Cameron a affirmé qu'il n'était pas la personne adéquate « pour diriger le bateau jusqu'à sa prochaine destination ».

Malgré tout, l'annonce de sa démission n'a pas apaisé la situation de désaccord au nord du pays. L'Irlande du Nord et l'Ecosse ont été érigées en bastions de la permanence dans l'UE, ont clairement voté en ce sens et, en dernier ressort, ont vu s'accomplir le cauchemar : l'important nombre d'électorat anglais rendrait inutile la décision des Irlandais du Nord et des Ecossais. Ils ont eux aussi été conduit au brexit.

La rébellion dans le Nord

À Belfast, le vice premier ministre de la région, Martin McGuinness (Sinn Féin), n'a pas tardé à soutenir l'idéologie de son parti pour demander un référendum dans le but d'obtenir la réunification de l'Irlande et de réintroduire l'Ulster dans le club communautaire.

C'était une demande grandiloquente qui était tombée dans l'oreille d'un sourd, bien qu'elle vienne résumer la clameur éprouvée le matin-même. Quelque chose bougeait et nous y assistions en direct. Un éditeur du Financial Times, accablé, affirmait dans les réseaux sociaux peu après: "le premier ministre britannique vient de démissionner et cette nouvelle se place seulement en troisième position des plus importantes en ce moment".

La réaction du gouvernement écossais, de son côté, était des plus attendues. Nicola Sturgeon, ministre principal, a été à Edimbourg flanqué des drapeaux d'Ecosse et de l'Union Européenne. Les couleurs de l'Union Jack, le symbole du Royaume-Uni, n'étaient pas représentés.

Et au cours de cette scène étudiée, elle a réaffirmé son compromis envers l'UE. Le brexit était le prétexte dont les nationalistes avaient besoin pour relancer leur campagne indépendantiste, alors que certains se doutaient que la déclaration aurait lieu.

Selon les dire de Sturgeon, sortir l'Ecosse de l'Union Européenne après avoir voté en sens opposé serait « démocratiquement inacceptable », c'est pourquoi la tenue d'un nouveau référendum d'indépendance est « hautement probable » et est « à l'ordre du jour ».

Bruxelles passe à la vitesse supérieure

Tandis que les fondations du Royaume-Uni tremblaient, les présidents de l'Union Européenne ont mis en marche la stratégie communautaire : fermeté, agilité dans le processus et zéro concession.

Donald Tusk, Martin Schulz et Jean-Claude Juncker ont montré leur déception face au résultat, mais c'était avant tout sentimental. La feuille de route mise en place dans la capital de l'Europe a été jugée cristalline : le système de l'UE est en marche et prêt à entamer le processus de détachement dès que possible.

Il n'y aura pas de place ni pour les réflexions ni pour les renégociations. Et devant la possibilité d'une décomposition en chaîne de l'Union, un « non » froid et sec de Juncker en guise de réponse a résonné dans la salle de presse du bâtiment de la Commission Européenne.

Les institutions, concernant leur stratégie officielle, veulent tourner la page. Plus d'Europe des 28 ni de Royaume-Uni, état membre. Il faut voir les choses en face, le club compte désormais vingt-sept membres.

Les Britanniques, un jeudi du mois de juin, ont initié avec leur vote une nouvelle étape et les pièces ont commencé à se déplacer. Le Royaume-Uni restera-t-il uni ? L'UE parviendra-t-elle à se réinventer pour surmonter le départ britannique ? Qu'est-ce qu'il sera de l'Ecosse ? Comment l'histoire jugera David Cameron ?

L'Ere des Défis sur le continent européen est arrivé et compte rester. Et les très nombreuses questions tarderont à être posées. Pendant ce temps, et en même temps que la classe politique affrontait son D-Day, dans l'exploitation agricole idyllique où a lieu le festival de Glastonbury, des milliers de jeunes Britanniques commençaient à s’étirer après la seconde nuit de musique et d'art contemporain en live.

Leur pays venait de parler et ils ont découvert qu'ils étaient devenus différents de leurs voisins, de leurs oncles, de leurs grands-parents. Pleins de boue jusqu'aux genoux, ils ont mesuré l'ampleur de ce qui s'était passé le 23 juin : leur futur avait changé.