Frédérique Ries, la députée riestretto

Article publié le 9 février 2012
Article publié le 9 février 2012
Après 15 ans de journalisme, la députée de 52 ans a choisi de faire carrière au sein du Parlement européen. Et ça fait 10 ans que cela dure. Portrait du parcours d'une passionnée dont le passage à la politique ne s'est pas fait sans écueils.

« En juillet 1998, je me suis retrouvée sur le marché de l'emploi. Pour faire court, on m’a parlé d’une entrée en politique. J’ai longtemps hésité. On était à neuf mois des élections régionales, législatives et européennes. Je n’ai pas dit oui tout de suite. Je n’étais pas Belge, mais Luxembourgeoise. Je ne pouvais donc me présenter qu’à l’Europe. » On pourrait croire que c’est contrainte et forcée par sa nationalité que Frédérique Ries s’est tournée vers l’Europe. Il n’en est rien. Dans l’affaire, ce sont ces origines multiples qui ont pesé : « Avec un papa luxembourgeois et un une maman flamande élevée en Angleterre, je me sentais déjà très européenne. L’Europe est mon espace, mon biotope naturel. » En plus de se sentir à l’aise, la députée en charge de l’Environnement et de la Santé connaissait déjà bien son sujet. Sa carrière journalistique au Luxembourg lui a donné la substance idoine pour traiter le fond des problèmes. Mais, le passage du monde de l’analyse et du commentaire à celui de la décision est parfois frustrant. « Il arrive que l'on regrette. Pas son choix, mais la façon dont l'Europe est couverte, ou n'est pas couverte, par la presse »

« Je suis une question permanente »

« Je ne prends jamais les dires pour acquis.Une attitude qui n'est pas celle en politique »

Une critique que la députée pourrait également asséner à ses homologues parlementaires, souvent plein de certitudes. Frédérique Ries ne le cache pas, elle est parfois difficile à vivre. Parce que quand on a été journaliste pendant quinze ans, on en garde les réflexes, en remettant tout en question. « Je suis une Saint Thomas ambulante, une question permanente. Ce sont mes quinze années de journalisme qui veulent ça. Je ne prends jamais les dires pour acquis. J’écoute "a" et puis j’écoute "b". Et si ce qu’ils racontent ne correspond pas, c’est ennuyant, mais je vais aller trouver "c". » Une attitude qui n'est pas celle en politique : « Certains collègues, pas tous évidemment, ont souvent l’impression d’avoir les réponses et pas de question. Le monde politique est plus dans la réponse. Certains devraient sans doute être plus dans l’écoute. »

« Façonner le quotidien du citoyen »

Cela dit, être au Parlement européen ne veut pas dire s’éloigner du citoyen. Bien au contraire quand on sait que 70% des lois viennent de l’Europe. Frédérique Ries a bien compris ces deux aspects : « Être député, c’est faire des lois. Et être député européen, c’est faire des lois pour 500 millions de citoyens. On travaille pour ces citoyens, on façonne leur quotidien, même si on n’a pas les moyens de leur fournir directement quelque chose comme les permanences par exemple » C’est là où se situe, selon Frédérique Ries, tout la différence avec les Parlement nationaux, ou entre l’homme politique dit « classique » et le député européen. Elle détaille : « Il y a toute une série de différences, l'une d'elles étant le temps de parole. Quand des habitués du fédéral arrivent au Parlement européen, ils sont "sciés" par ce temps d’expression d’une minute, en général, ou 2 quand nous sommes peu nombreux à le demander. L’autre grand changement réside dans le fait de s’habituer à la traduction. Tout le monde porte des casques et la plupart s’expriment avec une feuille de papier pour essayer d’être concis et de respecter le temps de parole. Tout cela modifie le contenu du débat. Celui-ci est moins agressif que celui de l’homme politique "classique" parce que l’on n'a tout simplement pas le temps de répondre à toutes les critiques. »

« On paye tous les jours la notoriété »

En 1999, au moment de son baptême électoral, Frédérique Ries avait récolté 160 000 voix. Un score énorme, sans doute dû à sa notoriété de journaliste. « Il ne faut pas se mentir, ça m’a aidée d’être connue. Il ne faut pas oublier que pendant quinze ans, avec le journal télévisé, j'étais tous les jours dans le salon des gens, pendant une demi-heure. La notoriété a été un raccourci, un formidable accélérateur. » Mais si cela l’a aidée, elle a aussi fait pas mal de jaloux : « Même au sein de mon propre parti. Je connaissais pourtant bien le monde politique, mais en tant que journaliste. Après j’ai appris à connaître l’homme. Une partie de mes anciens collègues étaient sceptiques et se demandaient ce qu’un des leurs allait faire en politique. Donc cette notoriété, au début, on la paye tous les jours. Il faut prouver ses compétences et construire une nouvelle crédibilité. » Une crédibilité qui aujourd’hui est difficilement discutable. En effet, Frédérique Ries est actuellement membre de la Commission de l’Environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, membre de la Commission des droits de la femme et de l’égalité des genres.et suppléante dans le domaine de l’Industrie. Bref, à bientôt 53 ans, Frédérique turbine.

En décembre dernier, la députée européenne a déposé plainte contre la commune de Grimbergen. Elle y dénonçait la « résurgence des nationalismes » attisée par certains habitants qui entendaient éradiquer la langue française de l’espace publique. Aujourd’hui, la réponse à cette plainte ne lui est toujours pas parvenue. Si Frédérique Ries sait sourire, elle sait tout aussi bien mordre. Histoire de montrer que les petits papillons bleus qui tourbillonnent sur la page d’accueil de son site internet ne représentent qu’une partie angélique de la politique.

Lire aussi l'article original sur le babelblog de Bruxelles.

Photo : Une et Texte ©courtoisie de la page Facebook officielle de Frédérique Ries Vidéos (cc) Frederiqueries/YouTube