Fred Pellerin : la francophonie a de l’avenir

Article publié le 1 avril 2010
Article publié le 1 avril 2010
C’est de la Belle Province qu’arrive en ligne directe Fred Pellerin, conteur et jongleur de mots. Dans un combat du quotidien pour continuer à faire vivre sa langue dans une Amérique du Nord majoritairement anglophone, il la réinvente sans cesse.
Loin du français sclérosé l’Académie française et de l’anglicisme ambiant, il nous offre un pétillant mélange de québécois et de « pellerinais » pour rapporter au public du Sémaphore les échos mystérieux de Saint- Élie-de-Caxton.

Étrange endroit que Saint-Élie-de-Caxton… n’y est-on pas accueilli par un panneau signalant la traversée de lutins ? Selon les dires des anciens, biens des choses étranges se sont passées dans ce hameau d’apparence si tranquille. D’abord guide de sa ville, Fred Pellerin s’est peu à peu laissé aller à broder autour de la réalité ; au début pour les touristes… puis pour un public des quatre coins de la francophonie. Ses histoires ont toujours une base réelle mais brouillée par le voile de la mémoire et enjolivée par l’imaginaire palpitant du conteur.

Dès la première minute, on est captivé par l’accent et les expressions pittoresques venus de la Belle Province. Aux mots d’outre-Atlantique il rajoute ses créations : pour qu’une langue vive il faut la réinventer au quotidien. C’est semble-t-il un « sport national » à Saint-Élie. Quand la langue n’offre pas les nuances dont on a besoin, le plus simple est de créer son propre vocabulaire ! Le plus beau, c’est que tout le monde comprend et s’amuse ! Le public : des gosses éclatant de rire devant un nouveau mot aux sonorités inconnues. Ainsi la « bécosse », déclenche l’hilarité générale, ce terme québécois pur jus désigne les fameuses « cabanes au fond du jardins ».

À seulement 33 ans, L’arracheuse de temps est son quatrième spectacle, joué à travers la francophonie mondiale. Son premier spectacle, Dans mon village il y a Belle Lurette lui a valu la médaille de bronze des Jeux de la Francophonie 2001. Fred Pellerin, ou l’art de raconter des histoires, toujours vraies, en les habillant de mystère, d’humour et d’acrobaties oratoires. Le spectacle a une durée variable… et une forme tout aussi aléatoire. La trame est fixe mais le conteur enjolive, part dans des digressions hallucinantes chaque soir renouvelées, en fonction de l’humeur, de l’actualité et de ses rencontres ; faisant sienne l’anecdote de l’un ou l’expression pittoresque de l’autre. Un spectacle à chaque fois unique et merveilleux parce que totalement en phase avec celui qui le fait vivre.

Fred_Pellerin-Affiche.jpg Il nous replonge dans les délices des rêveries du grenier aux trésors de nos grands-mères. Sa grand-mère, une conteuse hors paire, l’emmenait dans sa caverne d’Ali Baba où s’entassaient toutes les merveilles de la famille. Pour chaque objet, elle pouvait raconter l’histoire, autant dire qu’elle « Proustait léger ».

À travers une histoire à la fois drôle et effrayante, Fred Pellerin propose un itinéraire sur les pas de la mémoire collective, sur les mémoires, chacun ayant sa vision des choses et sa manière de la raconter. Pour ses histoires, il mélange le vrai et le souvenir passé à la moulinette de la mémoire : entre les faits qu’il a pu retrouver lors de ses enquêtes et les récits des vieux du village, chacun ajoutant sa touche, son éclairage. Partant du constat que les grands héros des mythes populaires sont toujours morts, il en tire la conclusion qu’ « il faut s’attendre à être posthume avant d’être légendifié ».

En toute fin de spectacle, grâce à une invention quasi-magique qui ferait rêver de nombreux enseignants de l’hexagone, il réussit à créer l’un des plus beaux silences jamais entendu au Sémaphore de Cébazat. Dans la salle pourtant pleine on aurait pu entendre battre le cœur des mouches. Chacun savourant le silence pour mieux apprécier les dernières minutes du récit de la vie de Saint-Élie-de-Caxton et la dernière chanson. Et oui ! En plus des histoires, il joue de la guitare et chante. Le tout dans un décor simplissime et très intimiste : c’est le voyageur qui vient raconter son histoire à la veillée.

Un homme chaleureux et dynamique, un artiste a découvrir absolument !

Aude. D.

Photographies :

www.trident-scenenationale.com

http://www.editionbeauce.com/Photos/Fred%20Pellerin-Affiche.jpg