[fre] Voyager infini : là où habitent "Deux nomades enthousiastes"

Article publié le 5 janvier 2016
Article publié le 5 janvier 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Voyager infini : là où habitent "Deux nomades enthousiastes"

Ils ont quitté l’Italie le 12 juin 2014. Depuis ce moment-là, ils ne se sont plus arrêtés. En selle sur un tandem, « Nous nous sommes mis en voyage avec une destination à l’esprit : Wenzhou, » racontent Alessandro et Stefania, deux voyageurs « Par choix ». « Maintenant nous sommes en Thaïlande, après avoir traversé seize pays, parcouru environ vingt mille kilomètres » et habité dans des centaines de maisons différentes, sans en posséder aucune.

Nés tous les deux en 1984, L’Italie et Prato sont ce qu’ils peuvent considérer comme leurs lieux de provenance. « Mais en réalité, nous sommes originaires du sud de l’Italie, de naissance presque étrangère, et nous avons vécu longtemps loin de la ville… » disent-ils. 

Stefania est diplômée en anthropologie culturelle et écrit pour le Web. Alessandro se met à l’épreuve dans tous les types de travaux manuels. Ils se définissent comme des « Nomades enthousiastes et des voyageurs impénitents », depuis le temps où Stefania errait, sac à l’épaule, à travers l’Afrique orientale et qu’Alessandro traversait les Apennins à dos d’âne.

Leur dernière aventure a vu le jour il y a dix-huit mois : de Prato – Qui accueille un des quartiers chinois les plus peuplés d’Europe – jusqu’à Wenzhou, en Chine. « Un tandem pour deux, un bagage essentiel, voyager léger sur les routes du monde, notre objectif. »L’objectif le plus « Noble » est aussi celui de « Documenter les expériences liées à l’écologie sur notre propre chemin et d’en diffuser les styles de vie à travers notre choix d’existence et de voyage. » Après une première tranche le long de la péninsule italienne, Alessandro et Stefania n’ont plus remis les pieds en Italie, depuis exactement le 4 octobre 2014 : « Vingt-mille kilomètres : quel sentiment étrange que celui de penser à prendre un avion et d’annuler ainsi en quelques heures la distance parcourue durant plus d’une année, » dit Stefania. Mieux : ils ont décidé de ne pas s’arrêter et aujourd’hui, ils sont quelque part dans le Sud-est asiatique. Destination : la Nouvelle-Zélande.

Aucune maison ou beaucoup de « Maisons » différentes?

Durant la dernière année et demie, Stefania et Alessandro ont vécu dans des centaines de maisons différentes, sans en posséder aucune : « D’un côté, nous nous sentons          « sans domicile », parce que nous n’avons pas de loyer ou de factures à payer. Mais c’est autant vrai que nous nous sentons « à la maison » où que nous allions, et nous repensons avec nostalgie à tous ceux qui nous ont accueilli. »Pour ce couple, l’idée de « maison » n’est pas quelque chose de concret : « La tente est un simple objet où nous dormons. Au contraire, «La maison » c’est le parfum des draps ou la saveur de la nourriture de nos mamans, » mais en même temps c’est « Là où les gens nous accueillent; c’est le tissu d’étoffe de terre où l’on place notre tente le soir, et le ciel infini sous lequel on se réveille le matin. »

Et puis la maison constitue le coeur de l’hospitalité, elle reflète le comportement de chaque peuple envers l’étranger. Presque chaque famille turque ou iranienne prévoit un espace commun où accueillir les visiteurs, qui est souvent la même et unique pièce, où l’on étend le tapis pour manger et où l’on déroule les matelas pour dormir. En Iran « Ils appelaient les parents et les amis pour nous faire attendre chez eux, à notre arrivée dans la ville successive, » raconte Stefania. « Au Turkménistan et en Ouzbékistan, l’espace pour les invités est souvent situé à l’extérieur, sur une accueillante plateforme de bois. Dans les montagnes kirghizes, les yourtes des pasteurs sont ouvertes à tous, car elles sont synonymes de survie. Dans la Chine frénétique, il y a une profusion d’auberges de jeunesse, de cantines, de dortoirs et de bains publics, encastrés à l’intérieur d’habitations privées; il n’y a pas de séparation entre la rue et la maison, entre le marché et le bureau. » Au Laos et au Cambodge, enfin, les pilotis de bambou « semblent être des refuges improvisés à la merci du courant, où les gens ne nous ont jamais invités, préférant nous accueillir dans les salles de classe, sur les hamacs, à l’ombre d’arbres séculaires. » 

Il arrive ainsi que les cultures qu’on rencontre nous collent à la peau, jour après jour : lorsqu’on a quitté l’Iran, c’était désormais devenu une habitude pour nous aussi de remercier avec une main ouverte posée sur le coeur. En Thaïlande, les salutations avec les mains jointes deviennent toujours plus spontanées, » explique Stefania.

Un 2015 loin de…La maison

Pour Stefania et Alessandro, l’ « élastique »qui unit l’Europe et le reste du monde a continué à s’allonger et à tressauter durant toute l’année 2015. En traversant des pays à prédominance islamique, après Charlie Hebdo, ils ont connu l’autre visage du soi-disant choc culturel : « Juste parce qu’Européens, nous étions considérés comme des porte-parole de la peur islamophobe qu’ils attribuaient eux-mêmes à la société occidentale. Ils se préoccupaient de nous faire découvrir l’unique et authentique esprit de l’Islam ». En Chine, en revanche, l’Europe est devenue vraiment petite et lointaine : « Ici, on n’en sait rien, autant que nous ne savons rien de cette partie-ci du monde. S’il n’y avait pas eu l’effondrement de l’euro au change, nous ne nous serions même pas aperçus des derniers attentats à Paris ». 

Le couple italien a parcouru en partie et dans le sens inverse les routes migratoires vers l’Europe. « Nous avons été dépassés par la crise syrienne dans le Kurdistan iranien, où la télévision diffusait de manière continue des vidéos musicales de propagande captées par le voisin Irak, invitant tous les compatriotes kurdes à la guerre contre Daesh, » se rappelle Stefania. « Nous voyageons avec l’esprit ouvert parce que nous comptons sur l’hospitalité des gens, nous savons que où nous irons, notre maison nous attend, intacte : pour un réfugié, rien de tel n’est accordé, et nous en avons honte ».

Une distance abyssale sépare l’Espace Schengen – Auquel sont habitués tous les Européens – à ces terres – Littéralement – de frontières. « Les visas constituent certainement l’aspect le plus fastidieux, ils peuvent faire perdre du temps et de l’argent dans les ennuyeuses Capitales des Stan ». À une période où l’on discute du futur de la libre circulation, « En voyageant hors de l’Europe, on prend conscience à quel point la liberté de se déplacer et de traverser les frontières est un privilège détenu par une minorité, un signe de bien-être et de développement ». Une « immense ressource », comme disent les deux voyageurs, que l’Europe ferait bien de préserver. 

Prochain objectif : la Nouvelle-Zélande. Et ensuite? « Durant un an, nous nous arrêterons là-bas pour y travailler, puis nous continuerons notre voyage. Nous voudrions revenir en Asie pour rejoindre aussi l’Inde, le Népal, la Birmanie, avant de changer de continent. L’Amérique du Sud est un autre rêve encore à réaliser ».

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Cet article fait partie de la série d'histoires avec lesquelles nous avons choisi de saluer l'année 2015 et de donner la bienvenue à la nouvelle année. Le mot-clé choisi par la rédaction de cafébabel est: "Home", maison.