[fre] #Varoufake ou le coup de génie du petit homme pâle 

Article publié le 29 mars 2015
Article publié le 29 mars 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le comique Jan Böhmermann a complètement berné les médias allemands cette semaine avec une vidéo, dans laquelle il prétend avoir greffé un doigt d'honneur au ministre grec des finances. D'après notre commentateur greco-allemand, nous avons mieux à faire que de réduire de grands débats à quelques gestes.

Le petit homme maigrichon sourit à la caméra : "Nous sommes comme ça nous les allemands. Nous avons ravagé l'Europe deux fois en un siècle, mais si quelqu'un nous fait un doigt d'honneur on devient fou. On perd notre objectivité."

L'homme pâlichon est Jan Böhmermann et il est sans doute le plus européen des humoristes allemands. Le modérateur du Neo Magazin Royale vient juste d'avouer, qu'il aurait falsifié une photo de 2013 du ministre grec des finances, dans lequel celui-ci montre son majeur à l'Allemagne. Que cette photo ait été relayée par le premier Talkshow d'Allemagne Günther Jauch, et qu'elle ait été utilisée par le journal le plus lu du pays, le Bild, pour fustiger Giannis Varoufakis et provoquer sa démission, paraît à présent difficile à comprendre et incroyablement injuste.

Regardons maintenant les conséquences un jour plus tard : le Guardian a écrit un article : la prétendue "confidence" de Böhmermann a déjà été vue plus d'un million de fois, même le ministre grec l'a félicité sur Twitter et plus personne ne sait vraiment ce qui est vrai ou pas.  Et en fait peu importe.

#Varoufakefake

Le coup de génie de Böhmermann est de réussir à se moquer de chaque participant du débat. Dans son dernier clip déjà, chacun devenait une cible pour lui. C'est également le cas dans ce jeu trouble : D'un côté nous avons un ministre des finances vif d'esprit, qui confond trop souvent sa théorie des jeux avec la réalité et qui fait l'équilibriste entre des discours de changement refraichissants et une fierté bien futile.  De l'autre côté, il y a le cadrage de beaucoup de médias allemands, qui ne font pas du tout l'effort d'aborder les arguments du nouveau gouvernement de l'autre Etat.

Même les médias populaires paternalisants ne sont pas ménagés. Certes ils n'ont pas falsifié la vidéo, cependant ils l'ont, je cite : "(...) sortie de son contexte, et ont mené un politicien grec par le bout du majeur à travers le studio, pour que la classe moyenne puisse s'énerver un peu sur sa télé le soir après Tatort."

Blâme des médias Royale

Au final nous sommes tous embarrassés : pour un pays qui se vante de son objectivité, il y a quand même beaucoup d'émotivité dans le cas présent. Tout comme la politique d'Angela Merkel n'est pas, contrairement à ce qu'elle dit, la seule alternative, les contacts de l'Allemagne avec d'autres pays ne sont pas aussi impartiaux, qu'elle le souhaiterait. En outre, les médias grand public allemands se complaisent plus volontiers dans l'alimentation d'une république de l'indignation que dans le commencement de réflexions auto-critiques.

C'est bien dommage : le débat qui est dans l'air et devant lequel nous nous planquons, mérite d'être posé. Car il s'agit de beaucoup de questions importantes nous concernant tous, en tant qu'Européens : La Grèce peut-elle prétendre à des versements de réparation ? Comment peut-on épauler l'économie d'un pays qui a besoin d'aide ? Comment combattre le chômage des jeunes ? Combien d'action commune avons-nous besoin d'entreprendre et combien oserons-nous réaliser sous l'impulsion de la monnaie commune ?

Ces questions sont trop importantes pour être discutées comme un jeu à somme nulle dans cette atmosphère chargée. Le point fort de Böhmermann est de nous tendre le miroir, à nous ainsi qu'à tous les indignés, médias et politiciens, et de nous faire prendre conscience du comportement ridicule de cette situation. Nous valons mieux que cette vision tout noir ou tout blanc et que cette réduction des questions complexes à quelques gestes. Böhmerman nous a transmis cela  - crûment, comme seule la satire en est capable. Chapeau.