[fre] „United States of Love“: La Pologne connaissait un rythme endiablé.

Article publié le 26 février 2016
Article publié le 26 février 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

United States of Love, film du réalisateur polonais Tomasz Wasilewski, dans lequel quatre figures féminines des années 90 cherchent le bonheur entre des immeubles de préfabriqué gris et un capitalisme grandissant,a raflé l'ours d'argent pour le meilleur scénario lors de la dernière édition de la Berlinale.

La Pologne connaissait un rythme endiablé dans les années 90. C'était un mélange de socialisme gris du genre docile et de capitalisme en crise pré-pubère. Mais le capitalisme sentait la liberté se rapprocher et se sentait tout chose à cette idée. Pour chaque pas en avant qu'il essayait de faire, il devait reculer d'autant pour se cacher, là, derrière le béton des immeubles de préfabriqué, pour y faire des bêtises.

Le film de Tomasz Wasilewski, Zjednoczone Stany Miłości -  (United States of Love), se déroule dans une petite ville indéfinie, nouvelle, sortie de nulle part dans une banlieue, c'est-à-dire une reproduction à petite échelle et en préfabriqué de ce qui se faisait à l'époque. À l'image de beaucoup d'autres, conçue sous une forme d'utopie destinée aux hommes du socialisme. Cette ville, construite près d'une usine fabricant toutes sortes de choses, offre à ses habitants tout ce dont ils ont besoin. Une école, une église improvisée dans une cahute toujours pleine à craquer le dimanche, un hôpital, une piscine et un cimetière.

Cette ville n'est pas vraiment terminée quand Lech Wałęsa saute en 1980 par dessus la clôture du chantier naval de Dantzig (Gdansk) ou quand le mur de Berlin tombe. Beaucoup de choses changent et demeurent immuables - maintenant, il y a un club d'aérobic à cet endroit et une petite vidéothèque tenue par l'un des personnages principaux, Agatha (Julia Kijowska). À l'école, les cours de russe sont remplacés par des cours d'anglais et la professeur (Renata) également échangée. Tout parait très instable, les valeurs se transforment en l'espace d'une nuit. Et tout cela se passe incroyablement vite.

Ces failles génèrent aussi des absurdités, que le film rend avec quelques touches d'humour grotesque bien senties et rafraîchissantes - tout comme l'est le cinéma polonais. Mais avant tout, il y a ici de grands rêves, de la vodka et de l'amour - un trio intéressé par la politique mais réfractaire, et qui, comme la Vistule passant non loin de là et où beaucoup se sont noyés, reste dangereux en hiver, caché sous d'épaisses couches de glace.

Lorsque les ingrédients de l'amour sont réunis ici, et ce, même dans cette réalité, où on entend à travers les murs en papier des voisins, réalité qui ne laisse que peu d'alternatives. L'amour n'est pas seulement sans intérêt dans le film de Wasilewski, il est aussi incontournable, inconditionnel et dangereux. D'un certain point de vue, il est comme le capitalisme polonais des années 90 ou comme un dictateur puérile qui met parfois à genoux les  personnages féminins au caractère bien trempé  de cette histoire. Il les humilie, les censure, mais d'un autre côté leur donne une force irrésistible. La force de se venger. L'amour influence et exige tout ici, il ne se laisse pas raconter de manière linéaire ou même attraper, ce qui se reflète aussi dans la narration du film.

Un portrait émouvant de quatre femmes à la recherche du bonheur dans ce monde. Peu importe la manière. Dans cette inconditionnalité, on retrouve l'universalité de cette histoire, sa complexité et sa couleur. Celui qui demande pourquoi ici tout est toujours si gris, n'a pas compris de quoi il est vraiment question.

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Ich bin ein Berliner - cet article appartient à l'équipe cafébabel Berlin.