[fre] Sitting on the top of Politeama (et de Palerme)

Article publié le 19 février 2016
Article publié le 19 février 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Mont Cuccio surplombe Palerme, projetant son ombre sur le centre historique. Mais que font des sabots de cheval suspendus au-dessus de la montagne ? Voici le théâtre Politeama et toute la ville de Palerme vus sous un angle que peu ont eu le privilège de connaitre. Galerie photos.

Nous sommes Piazza Ruggero Settimo. Devant nous se dessine le théâtre Politeama Garibaldi avec ses colonnes, son entrée vitrée, son arc. Qui sait combien de fois nous y sommes entrés ? Peut-être jamais. Ce qui est sûr, c’est que nous l’avons toujours vu dominer sur la place d’en face, peut-être pendant les trois quarts d’heure à attendre le bus 104. Mais que se cache-t-il autour de la salle de ce théâtre ?Nous entrons par la grande baie vitrée sous l’arche de l’entrée : on entend de la musique venant de la salle et on arrive à entrevoir quelque chose. Nous évitons l’entrée centrale et nous nous dirigeons sur la droite.On passe à travers de très longs couloirs blancs avec un tapis bordeaux au sol. Sur l’un des deux côtés, on aperçoit les accès aux loges latérales de la salle, réservées au public ; un professeur de piano accompagne de ses notes chaque pas de notre exploration.Certaines salles portent simplement le nom de leur couleur : la Salle rouge, dans laquelle se trouve un piano devant un parterre avec un nombre assez important de places assises ; la Salle jaune, très élégante, dans laquelle sont temporairement remisés les panneaux d’une installation en phase de réalisation.L’histoire du théâtre Politeama Garibaldi est presque aussi fascinante que sa structure. Il faut savoir qu’à l’époque où sa construction a été commandée, dans la seconde moitié du 19e siècle, le tissu urbain de Palerme connaissait un bouleversement exceptionnel.Dans le chef-lieu sicilien, la bourgeoisie était en plein essor, les architectures civiles cherchaient à refléter l’esprit des citoyens et celui du temps en adoptant les formes et les fonctions fondamentales au développement de la ville que nous connaissons aujourd’hui.En 1864, la Ville de Palerme « voulant dignement palier à l’absence d’un théâtre qui irait de pair avec la civilisation toujours plus importante de la population et qui répondrait à ses besoins, ouvre un concours international. » Tout cela se passait dans un contexte dans lequel émergeait une urgence forte de restructuration urbaine.Le concours évoqué plus haut a été créé pour la construction de l’actuel Théâtre Massimo. Le Politeama Garibaldi aurait été une sorte d’ « extension » de ce dernier mais pour des spectacles de styles différents et ayant lieu pendant la journée.Alors que l’emplacement du Théâtre Massimo était prévu au cœur de la ville pour faciliter les occasions de rencontre de l’aristocratie, celui du Théâtre Politeama avait été étudié pour faire office de « charnière » entre la vieille ville et la nouvelle (à cette époque, la zone de la Via della Libertà était constituée de champs). « Le signe d’une volonté de bâtir une ville sans frontière à travers la construction de plusieurs édifices importants faisant figure de points d’ancrage. » (Anna Maria Fundarò)Le Théâtre Politeama Garibaldi avait déjà été inauguré une première fois en 1865, grâce à un travail magnifique de Giuseppe Damiani Almeyda, dont le projet initial prévoyait aussi les plans de toute la place alentour, jamais réalisés.Nous sommes maintenant arrivés devant une échelle aux barreaux en fer forgé qui ferait envie aux meilleurs trapézistes de cirque. En fait, non, nous y sommes déjà montés. Nous nous retournons…Et voici les sabots sur le Mont Cuccio : ce sont les sabots de l’une des deux Statues équestres réalisées par Benedetto Civiletti et posées au sommet de l’arc d’entrée, sur les côtés de la façade du théâtre.Au centre du groupe équestre (La Quadrige) se trouve le Triomphe d’Apollon et Euterpe, œuvre du célèbre sculpteur palermitain Mario Rutelli.La commande de ces statues remonte à 1891 à l’occasion d’une grande Exposition nationale. Elles couronnent noblement le bâtiment et rappellent ses multiples fonctions, telles que la danse, la musique et le cirque équestre : le projet initial du théâtre l’imaginait en effet comme une grande arène à ciel ouvert.La vue est unique.Mais on n’entend plus la musique qui vient de l’intérieur ; nous nous dirigeons vers la sortie du théâtre.Nous nous asseyons nous aussi pour attendre le 104 (ou le tram ?), en admirant de nouveau le théâtre Politeama Garibaldi, symbole d’intégration entre « ancien » et « nouveau »._

Un remerciement particulier à l’Orchestre Symphonique Sicilien pour nous avoir accordé cette visite exclusive.

Sources des textes Barbera P., Giuseppe Damiani Almeyda, artista architetto ingegnere, Palermo, PromoLibri, 2008

Fundarò A. M., Palermo 1860/1880, una analisi urbana attraverso progetti ed architetture di Giuseppe Damiani Almeyda, Palermo, Fundarò, 1974

Grasso F., Mario Rutelli, Palermo, Assessorato dei Beni Culturali, Ambientali e della Pubblica Istruzione, 1998

*Note de la traductrice : Palermitosaure est un terme ironique désignant un Palermitain (habitant de la ville de Palerme) incivil, mal élevé