[fre] Reporters en herbe à la COP21: Comment est le climat à Paris?

Article publié le 13 décembre 2015
Article publié le 13 décembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La conférence climatique des Nations Unies à Paris progresse, mais qu'ont réussi à faire jusqu'ici les participants aux négociations et que se passe t-il derrière les coulisses de cet événement international? Au coeur de la COP21, deux jeunes journalistes autrichiens nous livre leur point de vue du terrain sur les points noirs de l'accord et sur ces mystérieux casse-croûtes gratuits.

Chaque jour se tiennent de nombreuses réunions parallèles, des meetings internes et des centaines de drapeaux du monde entier sont à apercevoir: ça bouge à Paris-Le Bourget. Cela représente des journées difficiles pour deux étudiants originaires de Graz, qui suivent cette année les négociations sur place en tant que journalistes pour le climat et souhaitent en voir et en entendre un maximum. „Ce n'est vraiment pas facile, parce que l'enceinte est tellement gigantesque“, explique Katrin (24 ans). „C'est quasiment impossible de préserver la vue d'ensemble.“ C'est difficile aussi pour les nombreux débats, parce que l'on discute simultanément du texte des négociations dans de multiples sous-groupes, où l'on aborde par exemple le thème des "finances" ou de la "transparence".

A quoi bon la transparence? „Le matin, nous essayons d'être présents lors de la synthèse du groupe Climate Action Network “, répond Armin, âgé de 21 ans. „Il se compose de collaborateurs de plus de 900 ONG, qui sont présents lors de chaque négociation et peuvent de ce fait rapporter, ce qui s'est passé d'important la veille.“ Toute la journée, les deux font la navette entre différentes négociations et prennent des infos et des vidéos qu'ils publient sur leur page Facebook. Au début, le tournage du clip était encore difficile, parce qu'ils ont tout d'abord filmé énormément de choses et sont ensuite restés jusqu'à 3 heures du matin sur le montage. Entre-temps, ils se sont améliorés et prévoient un thème principal pour chaque vidéo, même lorsque quelque chose vient interférer ou de nouvelles opportunités s'offrent à eux.

Des possibilités illimitées

Pendant le voyage en bus qu'ils font chaque jour pour retourner à leur domicile, ils en profitent pour discuter avec la délégation des Bahamas. Celle-ci est certes sympathique, mais absolument pas enthousiaste, lorsque la neige a entre-temps fait son apparition. Ce qui peut se comprendre quand on a des températures dans son pays qui se situent autour de 26 degrés. En ce qui concerne les négociations, les opinions divergent: Certains se réjouissent du fait que pour l'instant, tout se déroule comme prévu et qu'ils feront bien face jusqu'au 11 décembre. D'autres restent convaincus que l'on va jouer les prolongations jusqu'à lundi prochain.

Est-ce que les négociations menées sont satisfaisantes? A ce sujet, on entend plusieurs sons de cloches, certains sont optimistes, d'autres déçus. Après un démarrage un peu lent, l'Arabie Saoudite semble être relativement moins encline au compromis dans les sous-négociations et empêche d'aller de l'avant. D'après certains visiteurs plus aguerris de la conférence, les représentants canadiens se montrent plus engagés et plus progressistes qu'auparavant, ce qui pourrait s'expliquer par le récent changement de politique gouvernementale. L'échange avec des délegués, qui sont là depuis un moment et qui peuvent établir de telles comparaisons, est essentiel pour les jeunes journalistes. Mais bien que les négociateurs soient spécialistes en la matière et endossent une grande responsabilité en tant que représentants de leur pays, ils donnent l'impression d'être très accessibles. Comme la jeune ministre de l'environnement du Luxembourg, agêe de 38 ans, qui mène entre-autres cette semaine les négociations pour l'UE et qui pourrait aisément passer pour une étudiante.

Ce qui s'est passé jusqu'à présent

Un bref résumé de ce qui s'est passé concrètement cette première semaine: Après les discours d'ouverture, le projet de traité des sous-groupes de l'ONU a fait l'objet d'un rééxamen plus approfondi et a été réduit à 12 pages. Vendredi soir, le document provisoire qui doit suivre le protocole de Kyoto comme la convention sur la protection du climat, a enfin été établi, et a été officiellement présenté au président de la COP. Celui-ci doit désormais trouver un consensus avec les ministres de l'environnement et des affaires étrangères de 196 états, sur la façon dont on peut réduire efficacement les émissions de C02 d'ici la fin du siècle et comment nous pouvons agir sur le réchauffement climatique, passant de 2 à 1,5 degrés Celsius. – juridiquement obligatoire pour tous les signataires.

Cela peut encore durer, car les points les plus importants sont toujours source de désaccord. Armin résume les trois plus gros problèmes: „Certains pays - dont les USA - ne veulent aucun accord qui ne soit obligatoire sur le plan juridique. On débat également beaucoup sur le fait de savoir si tous les états qui sont " de puissance égale" doivent contribuer à la protection du climat ou si ce sont surtout les pays industrialisés, que les pays en voie de développement et à faibles ressources désignent comme les premiers coupables . En outre, on ne parle toujours pas de l'aspect financier. "Et tant qu'ils n'ont pas la garantie de recevoir assez d'argent de la part des pays les plus riches, les pays africains ne peuvent pas projetter d'avoir autant d'énergies renouvellables qu'ils le souhaitent et en ont besoin."

Même pour nos journalistes,  la question financière se pose: Où est-ce que l'on peut trouver à manger pour vraiment pas cher dans les parcs d'exposition? La solution, c'est un petit magasin de viennoiseries. C'est rare de pouvoir manger gratuitement et il faut savoir où: Via de mystérieux groupes Facebook, auxquels on a seulement accès sur invitation, on peut savoir dans quels stands on nous sert des boissons et des casse-croûtes. C'est surtout tout ce chocolat gratuit que l'on distribue le matin, qui est néfaste: „ Vendredi, on nous a offert une grande boîte remplie bien comme il faut, c'était mortel“, raconte Katrin en souriant. „Jusqu'à maintenant, cela a été une des journées les plus stressantes et puis, il y a eu cette incroyable foire du chocolat, qui nous rend totalement accros.“

Rester debout toute la journée, écouter attentivement, se mettre face à la caméra, mener telle ou telle entrevue et ne pas pouvoir se coucher comme on voudrait, mais préparer le montage pour les spectateurs– pas étonnant, que ces deux étudiants manquent de sommeil. A cela vient s'ajouter qu'ils doivent également transposer pour eux les différentes idées. „C'est déjà agacant, lorsque le chancelier lui-même prononce son discours contre l'énergie atomique [Werner Faymann; A.d.R.] et que l'on passe devant des stands avec des bannières, sur lesquelles on peut lire " L'avenir est dans le nucléaire", trouve Armin. S'il s'agit d'un tournant énergétique international et sous quelle forme il se manifeste, on peut se poser la question. Il est toutefois question dans un premier temps, d'attendre la nouvelle convention de Paris. Et en attendant, il y a encore beaucoup de choses à dire.

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Armin et Katrin témoignent dans le cadre du projet  „Reporters sur le climat N-U“ de la plate-forme environnementale de la jeunesse Jump, où des étudiants participent à une simulation des négociations sur le climat et rendent compte pour les jeunes de ce qui se passe réellement au sein de la COP21. L'auteur, Julia, est elle-même une participante.