[fre] Pourquoi tout le monde veut partir pour Lisbonne?

Article publié le 13 décembre 2017
Article publié le 13 décembre 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Portugal est petit, mais grand également. L'Océan laisse entrevoir Vasco de Gama et les grandes conquêtes d'antan sur lesquelles se fonde l'actuelle société multiculturelle. 

Ruben parle beaucoup, parle fort, comme toujours. Elina est plus réaliste, plus terre à terre, dose les mots. Anglais, espagnol, portugais, un peu de russe, quelques mots en letton. Ils disent que je suis sur la bonne voie pour créer mon espéranto.

Il est de Lisbonne, heureux d'être de retour dans la capitale, après deux années passées à l'étranger. Elle est originaire d'une petite ville de Lettonie, la dernière porte européenne avant la Russie. Et puis, il y a Anna, moitié portugaise, moitié angolaise.

Nous sommes sur le Bairro de Graça, sur la colline qui domine le Tejo. Nous marchons sur des pavés blancs et brillants, typiques d'ici. Il verduriere, les azulejos dans les murs des immeubles, le tram qui fut de Pessoa avant d'être de Tabucchi. La caserne bleue avec ses palmiers.

L'air est froid, le vent rude, mais le soleil brille et la lumière est celle des pays chauds.

Des dessins de street art partout, pour la plupart à caractère politique. L'un n'a que trois mois, représente une femme avec une fleur dans une mitrailleuse. Certains renvoient au centenaire de la révolution et d'autres à la mémoire de la révolte contre Salazar. C'est précisément lui qui après les années les plus difficiles de la crise semble perdre de la popularité en faveur du libéralisme qui, même s'il offre tant au Portugal, provoque, d'autre part, l'augmentation des prix dans un pays dans lequel le salaire minimum ne dépasse pas les 560 euros. 

L'art urbain m'emmène également au fameux Bairro Alto, où l'on peut faire des sorties nocturnes. Des représentations à caractère politique et social, mais aussi des décors en carton, des hommes qui fument de grandes cigarettes, des têtes bicolores, les fameux chiens qui décorent les murs de toute la ville. Ici, avec un peu de chance, on peut rencontrer Fernando Pessoa. Je l'ai connu dans un bar pendant que je buvais un café. Le baron de Teive, l'ingénieur Alvaro de Campos, Ricardo Reis et le grand Bernardo Soares. Le Livro do Desassossego, les écrits ésotériques. Cet homme, simple employé des Postes, possède une imagination unique. 

 Il me demande ce que je voudrais tout de suite.

“Une histoire de deux hommes”

“Le scénario est déjà écrit, maintenant il faut le mettre en scène. C'est un texte, ou plutôt un opéra théâtral. C'est une comédie avec ses moments tragiques et comiques, comme dans la vie.”

“Et toi, en revanche, Fernando, qu'est-ce que tu souhaiterais maintenant?”

“Résoudre le rapport entre Álvaro de Campos et Ricardo Reis. Avec la seule force de l'imagination, je suis parvenu à créer de vraies vies, soumises aux passions humaines. Même si en réalité, je me contenterai aussi d'une cigarette.”

Je laisse Pessoa pour franchir le Tejo. Le pont du 25 avril est incroyable, magnifique. Le Cristo Rei domine la colline, soulignant l'importance du catholicisme dans la culture locale. Nous allons "de l'autre côté du fleuve" qui, comme le souligne Anna, est une veille ville. Ici, la cité domine la plage des surfeurs. Les prix continuent à grimper, même si avec 200 euros , on peut encore louer un studio dans le centre, c'est pourquoi tout le monde veut venir ici. Les habitants, simples et ouverts, dont la langue est facile à assimiler attirent les étrangers. Le climat y est doux, les dimensions réduites par rapport aux grandes métropoles mondiales, désormais devenues inhabitables.

Londres, Rome, Rio de Janeiro, Luanda, Lisbonne. L'histoire est la même partout, on monte beaucoup pour ensuite descendre en piqué. La bulle immobilière est dans l'air. Toute artificielle. Mais ici, dans un pays basé principalement sur le tourisme et l'agriculture, où la crise a été brutale et les termosiphons sont encore absents dans de nombreux cas, l'espoir d'une relance est fort. Beaucoup se plaignent de l'augmentation des prix, d'autres cherchent à faire fructifier le studiò de la grand-mère qui au début ne valait seulement que quelques dizaines de milliers d'euros.

Ce pays est petit, mais grand aussi. Seulement 10 millions d'habitants pour une surface limitée, mais l'Océan laisse entrevoir Vasco de Gama et les grandes conquêtes d'antan. Les grandes vagues semblent être là pour nous porter au-delà.

Parce que le Portugal est synonyme de Brésil, Macao, l'Angola, la Guinée et le Mozambique. Parce que le Portugal représente le monde. Ainsi Roben, lorsque nous vivions en Lettonie, me chariait:

“Tu crois que le monde francophone ou celui des hispanophones est immense, tu ne connais pas le Portugal!”

“Tu sens cette odeur?”

“L'Océan!”

“No, le Tejo! C'est différent. Ca m'a vraiment manqué.”

“Oui, mais qu'est-ce qui t'a manqué le plus?”

“Notre société multiethnique. Notre lien avec l'Afrique que je porte (son père habite à Luanda). Les pastéis de nata, l’océan, la famille, les gens avec qui on se lie d'amitié en un instant, la lumière”

“Ruben, la prochaine fois, on va en Angola, alors”

“Ca aussi, ça fait partie de ce qui me manque le plus:

la splendeur du Portugal"