[fre] Musée, lieu de pèlerinage ou encore supermarché : la maison qui a vu naître Hitler à Braunau am Inn.

Article publié le 19 juillet 2016
Article publié le 19 juillet 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

5000€ par mois, voilà ce que coûte cette maison jaunâtre inhabitée à Braunau am Inn, en Autriche. Pour éviter qu’elle ne devienne un lieu de pèlerinage pour les Néonazis et les militants d’extrême-droite, l’état s’était empressé de louer cette maison où est né Adolphe Hitler. Or, une expropriation est aujourd'hui en discussion. Quel est alors l’avenir de ce bâtiment un peu trop symbolique ?

Les querelles autour de cette maison au demeurant assez insignifiante durent depuis longtemps déjà : la peur est grande qu’elle ne devienne un lieu de pèlerinage pour les militants d’extrême droite. Mais les avis diffèrent quant à savoir qu’en faire. Pour l’instant, les plus gros problèmes semblent avoir été contournés, la propriétaire ayant longtemps refusé toutes les propositions qui lui ont été soumises, et rejeté toutes les offres d’achat. Aucun panneau d’aucune sorte n’a jamais été aperçu sur les murs de la maison. Et voilà que le conseil des ministres a finalement décidé mardi 12 juillet d’une expropriation. La loi en résultant doit encore passer devant le Parlement. C’est un premier pas, mais le chemin qui reste à parcourir semble difficile.

Le bâtiment a été érigé au XVIIème siècle dans cette petite ville de la Haute-Autriche. C’est un bâtiment classé, de là les difficultés actuelles. Le déclasser serait une démarche difficile mais possible au moyen de chemins détournés, mais même dans ce cas, on ne sait pas vraiment ce qui pourrait se passer. Il n’est pour l’instant pas question de démolir le bâtiment, aussi, les options demeurent assez restreintes. L’ÖVP (le parti populaire autrichien), tout comme la section autrichienne de l’ICOMOS (Organisation internationale non-gouvernementale de professionnels, qui oeuvre à la conservation des monuments et des sites historiques dans le monde), ont le même désir : une muséification, passant par une restauration. Une liquidation du bâtiment qui passerait par la destruction des supports matériels du souvenir, comme de l’Histoire aurait des « conséquences fatales », a déclaré Wilfried Lipp, le Président d’Iocomos, au Tageszeitung, après que le ministre de l’Intérieur ait avancé l’idée d’un démantèlement du lieu.

Le Dokumentationsarchiv des österreichischen Widerstands (les archives de la résistance autrichienne) voit cela d’un autre œil. Son directeur, Gerhard Baumgartner, explique, dans une interview avec Ö1, que « cette maison ne serait pas une grande perte pour la culture commémorative de l’Autriche », et que le DÖW encourage plutôt une dépolitisation du lieu. On a déjà accordé bien trop de valeur à cette maison, même si l’intérêt de la République pour le bâtiment est légitime. Baumgartner fait ainsi allusion aux partisans d’extrême-droite, qui, venus de toute l’Europe, se rendent régulièrement sur les lieux. Est-ce qu’un musée résoudrait ce problème ? Le directeur des archives n’en est pas convaincu : « si l’on veut éviter cela, il est essentiel de dépolitiser complètement l’endroit, et d’y ériger une chose devant laquelle personne n’aura envie de se photographier, qui n’aura rien avoir avec cette anecdote historique, le fait qu’Hitler soit né ici. »