[fre] Merci pour le gaz, M. Poutine

Article publié le 13 octobre 2016
Article publié le 13 octobre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’Europe va recevoir plus de gaz naturel de Moscou. Le projet de gazoduc Turkish Stream va accroître l’influence de la Russie sur le marché Européen et la Grèce va devenir le centre énergétique de l’Europe.

Le président russe Poutine et son homologue turc Erdoğan ont approfondi la coopération bilatérale après avoir signé un accord sur le pipeline sous-marin Turk Stream, lors du Congrès Mondial de l’Energie, à Istanbul. Avec cette décision, la Russie va renforcer sa position sur le marché européen du gaz. Le pipeline, d’un budget évalué à 12,7 milliards de dollars (environ 11,5 milliards d’euros) et traversera la Mer Noire, faisant de la Grèce le centre énergétique de l’Europe.

« Ce nouvel acheminement va pourvoir aux besoins en carburant de l’Europe, et permettrait à la Grèce de devenir l’un des principaux centres de distribution sur le continent, et pourrait contribuer à attirer des investissements significatifs dans l’économie grecque » a expliqué Poutine lors de la conférence de presse commune avec le parlementaire grec Alexis Tsipras.

L’énergie est un sujet hautement sensible pour la Russie et l’Europe. Alors que l’Union Européenne dépend du géant russe de l’énergie Gazprom pour environ un tiers de ses ressources, Moscou, de son côté, gagne un revenu significatif grâce à la vente de gaz au vieux continent.

Dépendance énergétique de l’Europe

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en mars 2014, l’UE a essayé de diversifier ses sources d’énergie et à terme de réduire sa dépendance envers Moscou. En fait, le projet South Stream – un pipeline similaire sensé transporter le gaz via la Bulgarie et en contournant l’Ukraine – fut annulé en 2014 après des divergences entre la Russie et l’Union.

D’après Eurostat, des données de 2015 révèlent que la Norvège est le principal exportateur de gaz (29,9%) vers l’Union Européenne. La Russie représente 16,7% des exportations tandis que l’Ukraine fournit 15% de gaz naturel et que 12,27% viennent de Biélorussie. Le Danemark et les Pays-Bas sont les seuls exportateurs nets. En ce qui concerne le niveau de dépendance énergétique, elle est de plus de 90% dans 18 Etats.

Néanmoins, la différence de dépendance envers le gaz Russe parmi les Etats membres est conséquente. Des pays comme l’Estonie, la Lettonie, la Lithuanie, la Finlande et la République Tchèque sont hautement exposés à des perturbations de l’approvisionnement en gaz. En revanche, le Portugal, la Suède, la Belgique et le Danemark ont les capacités de supporter des ruptures d’approvisionnement en gaz de la part de Moscou.

Concurrence Overseas

Cependant, la demande européenne de gaz naturel liquéfié (GNL) augmente tandis que la production de gaz naturel domestique chute. Les importations en GNL de l’Europe ont grimpées de 16% en 2015, par rapport à l’année précédente. En avril 2016, le Portugal était le premier pays Européen à recevoir une cargaison américaine contenant du GNL.

Toutefois, Jonathan Stern de l’Oxford Institute for Energy Studies pense que “l’approvisionnement de l’Europe en GNL par les USA peut avoir un fort symbolisme géopolitique, mais l’impact de son volume actuel sera négligeable, jusqu’à ce que les gros volumes soient mis en circulation en 2018-19, et les cargos iront probablement vers les marchés à plus haute valeur en Amérique Latine et ailleurs, » affirme Stern dans un e-mail à Bloomberg.

Relations diplomatiques

L’accord commercial autour du pipeline a soudainement amélioré les relations diplomatiques entre Moscou et Ankara. Presque un an plus tôt, en Novembre, la Turquie abattait un avion de guerre russe près de la frontière syrienne, déclenchant des tensions et même des spéculations quant à la réaction du Kremlin. Poutine répondait avec des sanctions économiques et des embargos, qui ont été partiellement levés avec l’accord.

Par ailleurs, la Turquie et la Russie diffèrent considérablement sur la géopolitique de la guerre syrienne. La Russie appuie les forces d’Assad tandis que la Turquie, redoutant la montée d’un état Kurde près de son territoire, soutient les rebelles.

La crise en Syrie a atteint des conséquences humanitaires radicales avec le siège de la ville d’Alep. Cependant, il existe un point de convergence entre les deux dirigeants : une aide humanitaire doit atteindre la ville assiégée. « Nous avons une position commune qui veut que tout doit être fait pour apporter une aide humanitaire à Alep. Le seul problème est… d’assurer la sécurité de l’apport de cette aide, » a déclaré Poutine.