[fre] Mapplethorpe : Oubliez le scandale, Look at the Pictures

Article publié le 29 février 2016
Article publié le 29 février 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le nom de Robert Mapplethorpe est souvent associé à Patti Smith, elle aussi, une spécialiste de la provocation en noir et blanc. « Mapplethorpe - Look at the Pictures » décrit ce qui s'est passé, en réalité, dans les coulisses, derrière Patti et les pénis. Interview pendant la Berlinale avec les producteurs Fenton Bailey et Randy Barbato.

Dans leur documentaire « Mapplethorpe : Look at the Pictures », Fenton Bailey et Randy Barbato donnent la parole à des célébrités, mais aussi à des amants, parents ou connaissances du célèbre photographe américain Robert Mapplethorpe.

 On y retrouve de vieux extraits de films et de bandes d'enregistrements de l'artiste, ainsi que bien sûr d'indispensables gros plans de ses photographies, en particulier celles qui ont troublé l'ordre public aux États-Unis. Beaucoup de ses œuvres touchent à la pornographie et l'appareil photo de Mapplethorpe étudie sans ménagement son objectif dans une démarche stylisée et perfectionniste. Ce documentaire met en avant les hauts et les bas de Mapplethorpe et de sa carrière jusqu'à sa mort tragique du sida à la fin des années 1980. Cette année, les producteurs étaient présents dans la section Panorama de la Berlinale, pour la troisième fois.

 

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cafébabel Berlin : quelle était votre motivation principale pour réaliser un documentaire sur Robert Mapplethorpe ?

F & R : nous avons vécu à New-York dans les années 80. Nous ne connaissions pas personnellement Robert, seulement de réputation. C'était déjà un nom, il était célèbre, c'était un artiste. Il était connu de tout le monde, Mapplethorpe. Les années 80 ont vu émerger des noms d'artistes célèbres évoluant comme de véritables marques. Mapplethorpe a toujours su qu'un artiste devait travailler dur pour connaître la réussite. Il avait compris que, pour que son travail soit reconnu, il fallait être exposé dans la bonne galerie, qui offrirait une couverture médiatique. Sortir et savoir se montrer. À cet égard, il était rude et honnête, à une époque où les gens ne l'étaient pas. Je veux dire que, comme maintenant, la plupart ne le sont pas.

cafébabel : qu'est-ce que votre documentaire « Look at the Pictures » propose de découvrir ?

F & R : un aperçu de la vie intime de l'homme qui était Mapplethorpe et de son travail. Une réelle connaissance de la personne et de son art. Il est encore toujours perçu comme un artiste à scandale. Avant tout, le film montre, bien entendu, le travail de Robert, ce qui correspond au titre « Look at the Pictures ». Mais il retrace aussi son histoire et en partie ses mots.

cafébabel : quels aspects vous ont semblé les plus importants ?

F & R : que Mapplethorpe soit considéré en tant qu'individu, que le spectateur puisse se faire une idée de qui il était vraiment. Son nom est connu, mais pas ce qu'il était ou ce qu'il a fait. Le scandale qui l'a rendu célèbre a éclipsé son oeuvre. Il est mort à 42 ans et a laissé derrière lui une oeuvre énorme : des milliers de photos.

cafébabel : vous a-t-il été facile de convaincre la Fondation Mapplethorpe ?

F & R : oui, bien sûr, ils étaient déjà convaincus, mais ils ont aussi pris soin d'examiner tout en détail. C'était évidemment un véritable défi que d'envisager un documentaire sur un artiste comme Mapplethorpe. Il était aussi clair que nous devions être honnêtes. C'est la vie qu'il a vécue. Ce sont les œuvres d'art qu'il a créées. C'est le film que nous avons fait.

cafébabel : comment s'est passée la coopération avec HBO ?

F & R : nous avions déjà travaillé ensemble dans le passé, et HBO est probablement le seul groupe américain de télévision, qui pouvait être d'accord pour diffuser un tel document. Cependant, même avec une compagnie comme HBO, nous ne savions pas si nous pourrions tout montrer. Nous avons donc produit le film, et l'avons présenté à HBO et ils ont répondu « wonderful ». Il faut voir le film pour mieux comprendre le dilemme. Je pense qu'une ouverture s'est faite. Je crois que jamais encore un film aussi explicite n'a été diffusé à la télévision américaine.

cafébabel : possédez-vous vous -même une photographie de Mapplethorpe ?

F & R : oh, non ! Nous aimerions en avoir une. Les prix continuent de grimper de plus en plus. Dernièrement, il y en a une qui est partie à 379 000 dollars. Pour nous, c'est beaucoup trop cher.

cafébabel : constatez-vous une différence entre les festivals de films européens et américains ?

F & R : oui, nous avons déjà été représentés à la Berlinale avec Party Monster et avec Deep Throat. De notre point de vue, il existe une différence entre le public européen et le public américain.

 Le public européen est davantage engagé. Ici, il semble que le film peut être perçu comme une certaine approche artistique du beau. Il y a plus de curiosité envers les idées des artistes et davantage d'intérêt pour la psychologie d'une oeuvre et d'un artiste. On est davantage intéressé par la question de juger si ce qui est représenté est aujourd'hui obscène ou non. A la première de la Berlinale, les gens étaient silencieux, fascinés. C'est quelque chose que nous voyons moins aux USA. Je pense que quelqu'un a employé un mot allemand pour cela, je ne me souviens pas duquel. Quand vos sens sont comme « envahis ».

cafébabel : pris par surprise ?

F & R : Oui, c'était cela.

cafébabel : vous êtes souvent dans la capitale. Comment Berlin a changé, selon votre point de vue ?

F & R: Oh, elle a vraiment beaucoup changé. Ce qui est intéressant, c'est que je peux m'imaginer venir ici et y vivre. Si je vivais en Europe, ce serait probablement à Berlin. La ville reste toujours moins chère que d'autres métropoles. Et on y sent encore un engagement dans le domaine artistique. Nous vivons à Los Angeles, qui est certainement aujourd'hui l'endroit des États-Unis où les artistes doivent vivre. Je pense que si Mapplethorpe vivait toujours, il habiterait soit à Berlin soit à L.A.

Biographie succincte

Robert Mapplethorpe est né en 1946 dans une famille laborieuse catholique, quelque part dans une banlieue des États-Unis. Le jeune Mapplethorpe réussit à étudier l'art après l'école, à partir à New York, où il entre en contact avec le mouvement de 68, et une poétesse et musicienne alors tout à fait inconnue appelée Patti Smith.

Celle que l'on a surnommée plus tard la « Godmother of Punk » (la marraine des punks) sera la première et unique amie de Mapplethorpe. Les deux se lient et étudient quelque temps ensemble, ils vivent ensemble dans l'infâme Chelsea Hôtel et Patti a consacré Robert en 2010 en publiant une biographie « Just Kids ». Lorsque Robert choisit finalement une relation avec un homme, en 1974, ils cessent plus ou moins de se voir.

A l'opposé des relations qu'il a entretenues avec ses partenaires, Robert Mapplethorpe, tout au long de sa vie,ne sera fidèle qu'à une seule chose : la photographie. A partir du début des années 80, son travail est reconnu par un large public. Il était au bon moment et au bon endroit : à New York, le lieu idéal pour quelqu'un comme Mapplethorpe, avec l'Atelier Factory de Warhol et le Studio 54. Il photographia, entre autres, Warhol, Paloma Picasso, Richard Gere et bien d'autres.

En 1990, un an après la mort de Mapplethorpe, son exposition The Perfect Moment donna lieu à une controverse. On a essayé, sans succès, de traîner en justice le musée et le directeur pour exposition de matériel obscène. En 2008, une décision est intervenue : les photos érotiques de Mapplethorpe ne sont pas contraires à la loi sur la pornographie. Le documentaire « Mapplethorpe - Look at the Pictures » sera bientôt présenté au Sundance Film Festival, et diffusé le 4 juillet  pour la première fois aux États-Unis. Fenton Bailey et Randy Barbato attendent avec curiosité les réactions et redoutent encore des réactions violentes contre Mapplethorpe et son œuvre. Mais ils espèrent également que leur film contribuera à éclaircir les choses.

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Ich bin ein Berliner - dieser Artikel stammt von unserem cafébabel Berlin-Team.