[fre] L’Europe face à un carrefour 

Article publié le 12 avril 2017
Article publié le 12 avril 2017

L'Europe est en train de connaitre une des périodes les plus complexe de la construction du projet européen, qui avance petit à petit depuis la CECA de 1950, et qui aujourd'hui en 2017 connait ses premières pertes avec le Royaume-Uni. Et maintenant que va-t-il se passer ? Est-ce une opportunité ou le début de la fin ? Que reste-t-il du traité de Rome qui fête cette année son 60ème anniversaire ? 

Nous avons assisté aux journées sur le thème de « L’Europe face à un carrefour : Brexit, populisme et nationalisme » organisées par L’université de Séville pour capter les débuts de réponses des experts en la matière.

L’EGALITE DES GENRES, UNE CHIMERE

Ruth Rubio Marín, professeur de droit constitutionnel à l’université de Séville et professeur de l’école de droit de New-York a abordé durant sa présentation les politiques d’égalité mises en place au sein de l’Union Européenne et a exposé l’état actuel des choses.

Elle débute son exposé sur un ton critique, en donnant quelques chiffres qui ne laissent aucun doute sur l’inégalité qui existe toujours entre les hommes et les femmes, comme, par exemple, le fait qu’un tiers des femmes de l’union européenne ont souffert de violences physiques et sexuelles, et que pour 1/5ème d’entre elles, ces violences provenait de leur compagnon ou mari qui les maltraitait ou les humiliait.

Rubio Marín a répété à plusieurs reprises au cours de son intervention que « plus de la moitié de la population continu à subir l’oppression ». Mais la disparité et le machisme ne sont pas seulement visible par la violence, bien que ce soit la peut-être la partie la plus visible et abominable d’un iceberg, qui commence par la désautonomisation des femmes. On peut noter par exemple que la présence des femmes à des postes à hautes responsabilité dans les entreprises cotées en bourse de l’UE est quasi inexistante.

Quant aux actes mis en place par l’union Européenne pour atteindre l’objectif de l’égalité, Rubio Marín a analysé les résultats de ces dernières années, et note que la crise a provoqué un recul dans ce secteur, et a provoqué une baisse de la préoccupation pour l’égalité par rapport aux décennies précédentes puisque ces dernières années ce sont les préoccupations économique qui ont pris le dessus.

Elle fait remarquer que cette crise permet de faire naitre l’opportunité d’aller vers un modèle de développement plus social qui renverse la tendance des politiques d’austérité et aide à aller vers une Europe paritaire. En finissant son exposé avec une précision millimétrique (les intervenants avaient une demi-heure chacun pour leur présentation) Ruth Rubio a voulu conclure son discours comme elle l’avait commencé en se référant à l’oppression de la femme « la nouvelle Europe sociale ne peux pas se permettre le luxe qu’en son sein, plus de la moitié de la population continue d’être oppressée », affirmait Rubio de manière catégorique.

A la suite de l’intervention de Ruth Rubio, le public a pu poser ses questions, dialoguer et exprimer ses inquiétudes quant à la situation actuelle de l’union Européenne aux intervenants de l’évènement. Parmi les principales préoccupations, bien sûr, le Brexit. Les intervenants apportaient peu ou prou les mêmes réponses, soulignant que s’ouvre un complexe processus de négociations avec le Royaume-Uni qu’il faut affronter avec prudence et précaution, en priorisant les citoyens Européens.

Une réaction institutionnelle insuffisante ?

Le journaliste Xavier Vidal a défendu une position idéologique particulièrement dure, tant pendant son intervention que durant le colloque, concernant le sujet du Brexit et la position à tenir dans les négociations avec le Royaume-Uni. Il a affirmé que l’UE devait se montrer intraitable et répondre de manière forte au défi lancé par les Britanniques. 

Une autre préoccupation qui est apparu dans le discours du public est la situation de la défense Européenne, en ces temps où le nouveau président des Etats-Unis Donald Trump, menace la viabilité de l’OTAN. Pour ce sujet, les experts ont rappelé que c’était là une bonne opportunité pour mettre en route une véritable politique de défense commune de l’Union Européenne même si ils ont soulignés que la priorité n’était peut-être pas à l’investissement dans la défense mais plutôt vers un poste plus efficient.

ZAPATERO ENCADRE LA CRISE INTRA-EUROPEENNE DANS UN MONDE GLOBALISE

Cette journée d’échange a été conclue par l’intervention de l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, qui a suscité une attention médiatique importante lors de son arrivée, et s’est chargé d’aborder le défi que représente pour l’UE un futur post-Brexit, de même que les conséquences de la globalisation.

Rodríguez Zapatero a démarré son intervention sur un ton plutôt pessimiste en abordant la sortie du Royaume-Uni. « C’est une décision néfaste pour la Grande Bretagne. C’est la pire décision vécue depuis la seconde guerre mondiale pour l’Europe et c’est un moment triste pour l’UE » a déclaré l’ex-président du gouvernement. Néanmoins, il a affirmé observer le Brexit avec un certain scepticisme, car c’est déjà « très difficile de le mettre en place » en raison de la quantité de relations sociales qui existent entre l’UE et le Royaume Uni, tant au niveau économique que social et juridique.

Zapatero a rappelé que l’Union Européenne ne laissera jamais les Etats choisir à la carte entre les quatre libertés qui impliquent l’entrée dans le marché commun (capitaux, personnes, biens et services). Concernant les conséquences du divorce entre l’UE et le Royaume Uni, l’ex président a répondu de manière laconique et concise : « Celui qui divorce, s’effondre », a-t-il affirmé en reprenant la métaphore de la collision de train d’où c’est toujours le plus petit qui sort le plus abimé.

Malgré le pessimisme de la première partie de son intervention, Rodríguez Zapatero nous rappelle qu’il est clair que la civilisation ne va pas répéter les erreurs du passé et que les variations que connait l’Union Européenne vont entrainer un ralentissement certain mais qu’en aucun cas elles ne signifient la fin d’un cycle ou d’un système.

Sans aucun doute, c’est ce ralentissement, accompagné de la crise financière et son appétit vorace, qui font resurgir et sortir des bords du spectre politique des partis comme ceux de Le Pen ou Wilders, qui sur une scène politique où les votants sont désenchantés, ont réussi à devenir les protagonistes principaux, à tel point que l’UE se meurt d’inquiétude à chaque scrutin d’un pays membre.    

Autour de cette idée, Zapatero a résumé ce que supposent ces alternatives politiques qui naissent du mal-être, en affirmant qu’elles « sont les plus conservatrices de l’histoire ». L’ex président insiste pour affirmer son rejet total des discours politiques comme ceux de Le Pen et pour les combattre via des reformes Européennes.

L’INDE ET LA CHINE, LE REEQUILIBRAGE

Par rapport aux défis qui se présentent concernant le processus de globalisation dans lequel nous nous trouvons immergés, l’ancien président du gouvernement a soutenu que nous nous trouvions dans un moment de rééquilibrage au travers duquel des pays comme l’Inde ou la Chine émerge avec une force imparable : En l’an 2000, les Etats-Unis et la Canada concentraient les 32% du PIB mondial et aujourd’hui la chine en représente 29,4%.

Ainsi, en tenant compte des deux géants asiatiques qui entrent dans la compétition sans vraiment tenir compte des conditions de travail, Zapatero a planté le décor, le débat de fond étant : comment entrer en compétition avec ces puissances ? Il s’est montré en faveur d’une lutte pour une Europe plus unie et qui réussit à avoir une relation plus étroite avec les deux puissances asiatique mais aussi avec l’Amérique Latine et l’Afrique. 

Pour conclure son argumentaire Rodríguez Zapatero a employé un ton plus encourageant qu’au départ et a souligné que nous allions au-devant d’une Europe du talent et que nous devions avoir confiance dans le futur qui nous attend. Il a continué sur cette lancée en faisant un bilan positif des 60ans du traité de Rome[ESP]. « Nous avons été un continent barbare » a-t-il affirmé, faisant référence aux atrocités commises durant la seconde guerre mondiale, ce sur quoi il a ajouté « Nous avons été le pire qu’ai connu l’histoire, mais nous avons aussi réussi à être le meilleur avec le projet Européen ».  

Malgré la situation complexe que connait l’Union Européenne, l’ancien président du gouvernement entrevoit aussi un point positif dans ce climat de protectionnisme que connait l’Europe. Selon Zapatero, des évènements comme le Brexit, représentent une opportunité pour l’Espagne d’améliorer son identité au niveau international.

« Au moment où le Royaume-Uni mise sur un repli sur soi, en tournant le dos à ses partenaires Européens par le Brexit, l’Espagne démontre qu’elle est un pays ouvert, au contraire de ce que tout le monde pense, qu’elle ouvre le dialogue et est tolérante ».