[fre] L'Espagne traverse le miroir: vers le plan de sauvetage final ou #Merkelgohome

Article publié le 2 février 2017
Article publié le 2 février 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

“D'Allemagne, tu arrives en Espagne plantureuse et vigoureuse, sur le trône de cette banque puissante, vive Draghi et la troïka et la Deutsch Bank  qui se porte bien. Nous t'accueillons, Angela Merkel, avec joie. Vive tes risques et vive ta prime!", déclare la lettre rédigée par le mouvement 15M qui reprend la chanson de l'une des scènes mytiques du film Bienvenu, Mr. Marshall (Berlanga, 1953).

C'est ainsi, avec le ton sarcastique de l'original, et même un peu plus, que la phrase devient un "MAlvenue (avec le A de Anarchie), Ms. Merkel”. De même que, en, on a inventé le "non-anniversaire", l'Espagne a inventé la "malvenue".

Lewis Caroll De l'autre côté du miroir

Depuis plusieurs jours, éparpillés sur les trottoirs de Madrid, sont apparus des tracts où l'on peut lire: Merkel, go home. Quelqu'un a eu la brillante idée, le temps et la motivation de les distribuer dans tout le centre-ville, en se concentrant tout particulièrement sur le quartier du Rastro, et jusqu'à la rue Génova, où se trouve le siège du Partido Popular, actuellement au pouvoir. Cependant, cette contestation anonyme, qui se sert de pamphlets analogiques, n'est pas l'unique réaction à la visite de Merkel —également dénommée sommet hispano-allemand  des chefs d'entreprise—, qui s'est tenu jeudi au Palais de la Moncloa et au cours duquel ont sûrement été abordées les conditions du probable plan de sauvetage de l'Espagne. Il est curieux de noter que ce sommet réunit en premier lieu les chefs d'entreprise et ensuite seulement les chefs de gouvernement espagnol et allemand. Curieux, symptomatique, et d'assez mauvais augure.

“Sentimos simpatía por los alemanes, pero a ella la despreciamos”, rezaba una de los carteles de la concentración.Etaient invités cent chefs d'entreprise espagnols et allemands, de hauts responsables du Gouvernement, des représentants syndicaux et le ministre de l'Economie et de la Compétitivité: Luis de Guindos, qui a eu le privilège d'inaugurer un "sommet des affaires" offrant aux dieux les deux uniques atouts que possède l'Espagne (selon un communiqué de l'exécutif actuel) pour parvenir à un plan de sauvetage sans mesures trop draconiennes: en premier lieu, la contribution en forme de sacrifice votif que l'Espagne est en train de faire pour résoudre la crise actuelle de la monnaie unique "au travers d'initiatives telles que la politique de consolidation et d'ajustement fiscal à tous niveaux du secteur public, ainsi que la mise en place de réformes structurelles et l'élimination des obstacles à l'activité entreprenariale" et, en second lieu, l'attrait touristique du pays pour les Teutons. 

De leur côté, les mouvements citoyens comme ¡Democracia real ya! Madrid et le 15M on appelé hier à manifester devant le siège de la Représentation de la Commission Européenne en Espagne pour “accueillir symboliquement Madame Merkel comme elle le mérite: avec notre rejet bruyant et catégorique des mesures que sa politique et son idéologie néo-libérales veulent nous imposer, fondées sur la restriction des droits les plus fondamentaux, nous condamnant à la misère bien que nous ne soyons pas coupables de l'escroquerie perpétrée  par les entités financières, les institutions européennes telles que la Banque Centrale Européenne et autres organismes gouvernementaux complices et acteurs du génocide social". En bref: #Merkelgohome et “ce n'est pas une crise, mais une escroquerie!” (Es ist keine Krise, es ist ein Betrug!) ou “Ce n'est pas une crise, mais un vol!" (Es ist keine Krise, es ist ein Schwindel!). En somme, dans le pur style du film de Berlanga, Bienvenue, Mr. Marshall.

Et au cas où cela ne suffirait pas, tandis que Rajoy et Merkel se sont rencontrés une énième fois, en territoire espagnol, il est prévu que Draghi propose lors d'une réunion majeure de la Banque Centrale Européenne à Francfort, un plan d'aquisition illimitée des bons souverains sans toutefois injecter plus de liquidités dans le système. De fait,  il semble que l'entité bancaire ne cesse de recevoir des avis: l'OCDE a déclaré qu'elle devrait racheter les dettes souveraines des pays en difficulté, tels que l'Espagne, et Rajoy lui a demandé de "lever l'incertitude au plus vite", comme s'il s'agissait d'une broutille. Le constat est plutôt amer, et il faudrait des tonnes de sucrerie à la Mary Poppins pour avaler les conditions attachées à chaque plan de sauvetage. Les chefs d'entreprise, main dans la main avec Merkel, sont déjà là.

Fotos: (cc) Popicinio_01/Flickr. Vídeo: TOMALATELE/YouTube.