[fre] Les étudiants macédoniens réagissent aux nouvelles propositions de réformes éducatives

Article publié le 2 avril 2015
Article publié le 2 avril 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

De nouvelles réformes éducatives, concernant les examens supervisés par l'Etat devant être effectués par tous les étudiants avant qu'ils achèvent leurs études, ont secoué la communauté universitaire macédonienne fin 2014. Alors que la loi était présentée au public et qu'elle devait être introduite en 2015, une organisation d'étudiants informelle, le plénum étudiant (Studentski Plenum), fut lancée.

Article de : Stefan Alijevikj / équipe internationale Mladiinfo

Edited par : Ana Alibegova / équipe internationale Mladiinfo

De nouvelles réformes éducatives, concernant les examens externes supervisés par l'Etat qui doivent être effectués par tous les étudiants avant qu'ils achèvent leurs études, ont secoué la communauté universitaire macédonienne fin 2014. Alors que la loi était présentée au public et qu'elle devait être introduite en 2015, une nouvelle organisation d'étudiants informelle, le plénum étudiant (Studentski Plenum), fut lancée. En très peu de temps, le corps d'étudiant était parvenu à mobiliser un grand nombre d’étudiants et de jeunes, tous prêts à soutenir le mouvement contre l'introduction de la nouvelle loi et contre l'interférence supposée du gouvernement dans le système universitaire.

D'après le gouvernement, l'introduction d'une nouvelle loi améliorera la qualité de l'enseignement supérieur. Bien que le plénum étudiant reconnaisse la nécessité de prendre des mesures pour améliorer la qualité de l'enseignement, il ne pense pas que les examens supervisés par l'Etat soient une solution bénéfique. Le corps étudiant appelle au retrait complet de la loi et à l'ouverture d'une nouvelle où leurs suggestions seraient considérées.

plenumci Macedonian Students React on Newly Proposed Educational Reforms photo credits: Archive of Students’ Plenum 

"En observant la nouvelle loi en tant qu'organisation étudiante, nous pouvons voir une série d'aberrations. Le projet en lui-même n'est pas assez clair. Aucunes analyses préliminaires n'ont été conduites avant son introduction et nous ne pensons pas qu'elle soit une solution aux problèmes concrets du système d'enseignement supérieur," affirme Zorica Dimitrova, porte-parole du plénum étudiant.

Depuis sa création en novembre 2014, le plénum est à l'origine de plusieurs protestations et actions. Des milliers de jeunes, accompagnés de beaucoup de leurs professeurs, ont rejoint leurs initiatives et ont envahi les rues de la capitale macédonienne, Skopje, en réclamant l'autonomie des universités et le retrait de la nouvelle loi. Depuis le 11 février 2015, les étudiants ont également commencé à 'occuper' officiellement les facultés de Skopje, les proclamant 'territoires autonomes étudiants' et offrant des activités et des programmes quotidiens aux étudiants.

march international human rights day 20141 Macedonian Students React on Newly Proposed Educational Reforms photo credits: Robert Atanasovski 

Mais quelle est la racine de l'engagement du plénum étudiant ? Zorica répond :

"Le ministère de l'éducation a proposé des changements de lois qui influencent le système d'enseignement supérieur du pays.  Les changements de loi prévoient, entre autres, les tests externes obligatoires, une sorte d'examens étudiants supervisés par l'Etat pour évaluer leurs connaissances, dans le but de renforcer la qualité des institutions de l'enseignement universitaire. Nous, le plénum étudiant, nous pensons qu'une réflexion sur ces changements doit être menée afin de ne pas violer l'autonomie des universités ainsi que le droit des étudiants à choisir leur formation. Nous pouvons conclure cela :

Tout d'abord, que le droit constitutionnel à l'éducation est menacé. Des déboursements suivent chaque nouveau test si vous avez échoué à l'examen pour la deuxième fois. Cela affecte le budget de l'étudiant. Deuxièmement, les déboursements pourraient créer de l'élitisme dans l'enseignement supérieur car les étudiants faisant face à des problèmes économiques ne pourront plus étudier. Troisièmement, le changement du ministère, créant les évaluations de connaissances des étudiants, discrédite la capacité des facultés et des administrations à établir leur propre méthodologie de notation.

Et pour finir, les changements proposés ne sont pas dans la ligne du processus de Bologne. Le livre de règles de Bologne indique que chaque université choisit elle-même la méthodologie d'évaluation, et la note finale de l'étudiant est constituée d'un large spectre de critères tels que la présence en cours, la participation, les essais et travaux de conférences, ainsi que les colloques et examens. Au contraire, l'examen d'Etat est un test unique qui doit évaluer l'ensemble des connaissance."

Zorica620 Macedonian Students React on Newly Proposed Educational Reforms Zorica Dimitrova, photo credits: Archive of Students’ Plenum  

Le plénum étudiant convient que l'étudiant macédonien fait face à de nombreux problèmes. Ceux-ci incluent principalement des conditions de vie déplorables dans les résidences universitaires, des dépenses élevées pour s'inscrire aux examens ainsi que d'autres frais, aucune gratuité des transports en commun pour les étudiants, aucune aide disponible pour la participation aux séminaires ainsi qu'aux événements culturels et sportifs. En plus cela, les étudiants souffrent d'un manque d'aide technique qui devrait soulager leurs études et le travail pratique, et des fonds inexistants pour le travail de recherche scientifique. Pour eux, ce sont tous les problèmes qui taclent réellement la qualité de l'enseignement supérieur. La révolte des étudiants se développait depuis un certain temps et la suggestion des examens d'Etat a été la goutte de trop, indiquent-ils.

"Une des mobilisations les plus massives a eu lieu le 10 décembre, quand plus de 12 000 étudiants ont participé à une 'marche contre les mauvaises réformes éducatives'. Toutes les activités ont eu lieu calmement, exprimant le désaccord des étudiants de façon démocratique. Grâce les manifestations, les étudiants se sont élevés contre les changements proposés," analyse Zorica durant l'un des événements principaux du plénum.

"Nous avons des témoignages de soutien de beaucoup de professeurs, auteurs, philosophes, écrivains et intellectuels en général de partout dans le monde. Une partie des gens qui nous ont donné leur soutien sont des professeurs tels que Judith Butler, Slavoj Žižek, Jacques Rancière, Alain Badiou. Dans leurs lettres ils ont exprimé leurs inquiétudes concernant la rupture de l'autonomie des universités et la tentative du gouvernement de contrôler les établissements de l'enseignement supérieur, ainsi que la crainte des conséquences catastrophiques que ces changements de loi pourraient avoir sur la réalité universitaire en Macédoine," ajoute Gracija Atanasovska, également porte-parole du plénum étudiant.

Gracija Macedonian Students React on Newly Proposed Educational Reforms Gracija Atanasovksa, photo credits: Archive of Students’ Plenum 

Répondant à la question sur comment elle revoit l'ensemble des événements récents au sein de la communauté universitaire macédonienne, Gracija indique :

"Je pense que la chose la plus importante concernant le succès des évènements récents est précisément le fait que c’était et c'est toujours un effort collectif, une énergie qui s'est accumulée pendant très longtemps en Macédoine. Ce qu'il faut comprendre, c'est que quand quelque chose ne va pas, il faut le réparer - il ne faut surtout pas tomber dans l'indifférence comme cela a été le cas auparavant, surtout en ce qui concerne les problèmes des étudiants, mais plutôt passer à l'action, être acteur du changement que vous voulez voir apparaitre. Les gens doivent comprendre qu'il est possible d'induire un changement, d'y contribuer et de le voir se réaliser vraiment. Quand ils commencent à voir le changement dans leur esprit et qu'ils se mettent à y croire, c'est à ce moment qu'ils réalisent à quel point ils sont libres, à quel point nous sommes tous libres et prêts à agir."

Le plénum étudiant a expliqué que la jeunesse, partout dans le monde, devrait avoir un esprit critique qui doit être une correction non seulement des gouvernements, mais des systèmes tout entiers. A travers de tels mouvements, les étudiants envoient le message qu'ils ne devraient pas être un groupe isolé dans la société, mais aussi des acteurs de changements et les avocats des améliorations de leurs propres communautés.

Mise à jour récente : Puisque les autorités ont annoncé qu'elles retiraient les réformes proposées de l'éducation et qu'une nouvelle loi sera présentée à l'avenir qui consultera également les étudiants lors de sa création, le plénum étudiant a arrêté l'occupation des universités. Néanmoins, les étudiants maintiennent toujours les zones autonomes actives, offrant un programme quotidien avec des activités, des conférences ou d'autres activités complémentaires au programme d'études traditionnel existant à l'université. Le programme a lieu habituellement après les cours magistraux.