[fre] L'échec de l'Eurodistrict

Article publié le 9 septembre 2015
Article publié le 9 septembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau, un projet expérimental à la frontière entre la France et l'Allemagne, permet l'organisation de doubles formations professionnelles et offre aux étudiants la possibilité d'effectuer des stages interculturels. Alors comment se fait-il qu'aucun habitant de la région ne soit au fait de ce projet ?

Peu de personnes savent ce que recouvre le terme d'Eurodistrict. C'est du moins ce qui ressortait d'un sondage réalisé en 2010, selon lequel seuls 10% de la population connaissaient l'existence de l'Eurodistrict. Aujourd'hui, cinq ans plus tard, la situation ne semble pas avoir changé.

L'une des raisons de cette ignorance repose, notamment, sur le fait que la notion d'Eurodistrict n'a pas été clairement définie par les institutions européennes. Son origine provient, en effet, de l'association allemande Iniative Eurodistrict 1989, qui s'est engagée en faveur de méthodes de travail communes pour les villes, situées à la frontière entre l'Allemagne et la France, qui souhaitaient résoudre de manière collective leurs problèmes communaux.

Le premier Eurodistrict a vu le jour en 2005 sous le nom de "Strasbourg-Ortenau". Cet Eurodistrci est composé du côté allemand de l'arrondissement d'Ortenau, comprenant les villes d'Offenbourg, circonscription électorale du ministre Wolfgang Schäuble, ainsi que des cinq autres plus grandes communes (Achern, Kehl, Lahr, Oberkirch, Ernstein, Benfeld) et leurs environs. Du côté français, seule la ville de Strasbourg participe au projet. Dans toute l'Europe, il existe désormais six Eurodistrict.

Un projet "marathon"

L'Eurodistrict de Strasbourg-Ortenau est évoqué de manière épisodique dans les médias, par exemple lors du marathon annuel au mois d'octobre dont le parcours traverse la frontière. Cependant, c'est à peu près l'unique exemple pour lequel l'Eurodistrict attire l'attention des médias. Le public se préoccupe plutôt rarement des défis que représentent la mise en oeuvre de programmes de coopération pour les institutions et les individus.

Ce groupement européen de coopération territoriale en est un exemple. Il a notamment pour objectif, en tant que projet expérimental, de faire en sorte que les jeunes générations jouent un rôle et prennent part à l'achèvement de réels espaces de coopération. Mais parviendra t'il réellement à ses fins ?

Le bilinguisme et le chemin cahoteux vers une double formation

Les jeunes originaires de l'Eurodistrict peuvent, en tant que stagiaires ou apprentis, prendre part au projet pilote. L'objectif d'une double formation est d'être mieux préparer, grâce à la bonne connaissance de la langue et du monde du travail du voisin, pour oser traverser la frontière au moment de l'entrée sur le monde du travail.

Ce qui pourrait apparaitre comme une occasion internationale unique,  peut cependant être trop lourd à porter pour les jeunes participants. A la lecture de certains forums et compte-rendus d'expérience, une tendance semble se dessiner dans l'Eurodistrict : les apprentis souffrent souvent des différences culturelles et de la barrière de la langue.

Selon l'Agence pour l'emploi d'Offenbourg, le concept est plus apprécié des jeunes apprentis allemands que de leurs voisins français, qui le plus souvent ne parlent pas allemand. Il ressort du 3ème Forum de l'Eurodistrict en 2013 que les apprentis originaires d'Alsace échouent dès la candidature pour une double formation professionnelle à la frontière en raison de leur niveau de langue. Ce manque en langue étrangère entrave les opportunités profesionnelles de l'autre côté de la frontière.

Le représentant de la Chambre de Commerce et d'Industrie de la Région Alsace, Frank Rotter, faisait remarqué lors du Forum que sur les 1400 apprentis alsaciens, seuls 12 jeunes s'étaient interessés aux cours d'allemands et que seuls 6 avait suivi ces cours. Plusieurs problèmes ont été évoqués, tels que l'absence de matériel éducatif innovant ainsi qu'une image en général plutôt négative des voisins allemands. Par ailleurs, selon Frank Rotter, les apprentis alsaciens ne disposent pas assez d'informations sur le marché du travail allemand.

D'autre part, il serait difficile, selon l'Agence pour l'emploi d'Offenbourg, de trouver en France des entreprises qui participent au projet, raison pour laquelle malgré un intérêt certain, peu d'allemands parvenaient à apprendre un métier en France.

Eurodistrict-Bashing

L'Eurodistrict a dû faire face dans les dernières années à de nombreuses critiques. Il a notamment été reproché à l'association d'avoir pour but de servir uniquement à son propre fonctionnement. Elle ne serait pas à l'écoute des citoyens, comme l'expliquait Kai Littman en mai dernier dans un article publié par le webzine franco-allemand eurojournalist.

Pour quelles raisons, alors même que la population n'en profite pas, les dépenses d'Eurodistrict s'élèvent-elles à 850 000 €/an ? L'avenir nous dira bientôt si les campagnes de promotion auront été suffisantes. Il est évident que les parents des apprentis originaires d'Alsace devront également être impliqués afin de combattre dans les familles les préjugés de toute sorte.

Le projet expérimental de l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau est encore loin d'atteindre son objectif, malgré les efforts actuellement fournis.

Page Facebook de l'Eurodistrict Strasbourg-Ortenau