[fre] Le Mariage Homosexuel : l’Irlande et l’importance des mamans

Article publié le 8 juin 2015
Article publié le 8 juin 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Réflexion post-référendum sur le mariage homosexuel en Irlande. Comment sortir l’Italie du Moyen-Âge, et le rôle important des mères dans ce combat.

Nous sommes juste après le référendum en Irlande et j’ai la gueule de bois. C'est ce que je devrais faire - vous savez, faire la fête jusqu'au point d'oublier que l'Italie est absente de la carte des pays qui reconnaissent des droits civils aux personnes homosexuelles. Même l’Irlande. Oui, l'Irlande "ultra-Catholique" ! Où jusqu’en 1993, le fait d’être homosexuel était non seulement un péché mais aussi un crime. Où l'avortement n'a toujours pas été légalisé. , ce pays-même. Ce n'est ni une blague, ni un article sur The Onion ("L'Onion", journal satirique américain de fausses informations, ndt). Tout est vrai. Sauf que les Irlandais sont tellement cruels qu'ils ont procédé par référendum. Sommes-nous, les Italiens, derniers de la classe en droits civils ? Eh bien, on obtient clairement un 0 pointé.

C'est un exploit qui ne s'est pas produit avec une toute petite majorité au travers d'un vote de non-confiance en un Gouvernement. Mais non, un plébiscite. Peuple d’Irlande, souhaitez-vous que les homosexuels puissent dire 'je le veux' et tombent également dans le piège du mariage ? Souhaitez-vous qu'ils bénéficient de l'égalité des droits et de l'égalité du cassage de burnes ? Et les Irlandais ont tranquillement ratifié leur 'oui'. Comme si la communauté hétérosexuelle avait épousé la communauté homosexuelle. En quoi cela peut-il leur porter préjudice d'être dans le même bateau ?

En regardant cette carte quelques jours avant le référendum : la France. Oui ! L'Espagne. Oui ! Le Portugal. Oui ! Certainement pas le Portugal aussi ? Et pourtant oui, le Portugal aussi. Et l'Italie ? Nada. D'accord, alors pourquoi pas une reconnaissance des unions civiles. Quelque chose un peu comme les Allemands, qui ne porte pas le nom de mariage à proprement parler, mais qui y ressemble beaucoup ? Rien. Je m'interroge : qu'est-il advenu des DICO, PACS et toutes ces tentatives fades de la période Prodi de rendre leur dignité à tous les citoyens italiens ? (DICO : Diritti e doveri delle persone stabilmente conviventi : Droits et Devoirs des Personnes en Concubinage de manière Stable, ndt) Sur la Piazza San Giovanni de Florence, un divorcé, par la suite mêlé à un cercle de prostitution impliquant des mineurs, s'est exprimé pour défendre la "famille traditionnelle". [L’auteur parle de Berlusconi, ndt] Le gouvernement Prodi ont été anéantis,  merci et bonne nuit.

Et en attendant, comment font les personnes homosexuelles qui se sont mariées à l'étranger ? Eh bien, ils se débrouillent. Il y a quelques mois à Rome, le Maire Marino a dit que ces mariages étaient valides même en Italie, et qu'en faisant une jolie cérémonie à Campidoglio, tout le monde serait content. Puis, un préfet est arrivé et l’a réprimandé: "Est-ce que c'était une blague ?! C'est illégal ! Il serait annulé." Déjà, en 2012 la Cour de Cassation avait dit : "Messieurs les Parlementaires, adoptez la motion. Ces personnes existent, se mettent ensemble, vivent ensemble, et ont des enfants. Voulez-vous sortir du Moyen-Âge, oui ou non ? Voulez-vous adopter un arrêté facile et raisonnable, ou nous mettre dans une position difficile, dans laquelle non seulement  nous ne pouvons pas légiférer, mais dans laquelle nous mettons également 20 ans à parvenir à un jugement ?"

Alors, est-il temps ? La Cour de Cassation l'a dit, et les Irlandais l'ont fait, alors qu'attendons-nous ? Cela ne demande pas un gros effort. Nous pourrions simplement importer quelques millions de litres de Guinness et surmonter notre peur. A la place, depuis internet arrive un énième coup. Meloni, une jeune activiste de droite en a appelé sur Facebook au coût que cela impliquerait pour l'Etat. Une personne hétérosexuelle se marie, peut-être en endettant sa famille imiter le style de Signorini pour faire bonne impression, et il s'agit automatiquement d'un excellent exemple de famille 'traditionnelle'. Même s'ils divorcent parce qu'il a trompé sa femme avec la secrétaire ou le premier étranger trouvé sur Facebook. Ce sera banal, mais ce sera ainsi, après un mois comme après 30 ans et 4 enfants. A la place, imaginons qu'un homosexuel se marie, n’invite que quelques personnes, reste fidèle, paie ses impôts, et il s’entend dire qu’il représente un coût. Mais quel genre de coût ? Cela coûte-t-il si cher d'ôter toute la poussière qui s'accumule dans le cortex cérébral du cerveau ?

'Non au mariage de même sexe : cela représenterait un coût énorme pour l'Etat et une ouverture inacceptable vers l'adoption homoparentale. Frères d'Italie, luttez au Parlement contre le 'DDL Cirinna' qui introduit  "l'adoption des beaux-enfants" et est en fait une porte ouverte aux utérus à louer. Nous avons d'autres priorités : soutenir la famille et la naissance traditionnelles, et défendre le droit sacrosaint des enfants à avoir un père et une mère.'

Pendant ce temps à Lecce, deux filles étaient chassées d'un parc à la demande de deux policiers, encouragés par une mère attentionnée inquiète pour le bien-être et la sensibilité de ses propres enfants. Oublions les deux policiers. Faisons comme s'ils n'avaient rien de mieux à faire dans un pays aux taux de corruption, d'affaires louches et de crime organisé élevés.  Mais la mère ? C'est ce dont nous devons parler.

Ma mère et moi ne nous sommes pas parlées depuis tellement longtemps. Nous ne nous comprenons pas. Elle était là, à attendre que sa première née ramène à la maison son Prince Charmant, et le Prince Charmant n'est pas arrivé. Il n'a même pas frappé à la porte. Nada. Tellement de déception, tellement de rancœur inutile. Et pendant ce temps, je faisais mon choix. La question n'était pas de faire mon coming out. Et de toute façon, être out par rapport à quoi ? Je voulais rester inside. Être avec des amis qui me voyaient moi, et non mes choix sexuels. Le seul moyen que j'aie trouvé pour que cela fonctionne a été de mettre les choses au clair dès le départ, peu importe avec qui j’étais, supprimant l'aura de mystère ou de suspicion qui entourent souvent l'homosexualité. M'enfermer dans des bars homo ? Jamais de la vie. N’essayer qu'avec des femmes qui sont lesbiennes de façon manifeste ? Mais non, je raterais le meilleur.

'Cela me tient beaucoup à cœur, le sujet du mariage homosexuel. Ou bien, comme je l’appelle : « le mariage ». Vous savez, parce que j’ai pris un déjeuner cet après-midi, pas un déjeuner homosexuel. J’ai mis ma voiture au parking ; je ne l’ai pas mise au parking homosexuel.'

Les années ont passé. Pendant ce temps ma mère est devenue plus courageuse. Plus courageuse que moi, qui à un moment donné ai perdu tout espoir de me faire comprendre. Elle s'est affranchie de ses peurs et m'a acceptée pour celle que je suis : une femme qui aime les femmes. Il y a quelques mois, parce que le monde est petit et que les gens parlent, un de mes oncles a été informé des goûts de sa nièce indigne. Mon dieu, j'ai pensé. Et désormais comment allait-elle faire face à la honte devant la famille (et la famille est vraiment grande) ? Et alors que je tentais de me justifier en disant "ce que les gens pensent m'importe peu." Elle a calmement répondu, "Ne t'inquiète surtout pas pour moi." Comme la  Mère de Baltimore. Un mythe. Point.

Seule une mère sait à quel point les mères sont essentielles en Italie. Je pense aux mères courageuses de Taranto, de la Terre de Feu, de Lampedusa, aux mères volcaniques du mouvement NO MUOS, sans parler de celles du mouvement NO TAV. Mettez les mères sur le front et le combat prend toujours une saveur différente. Les activistes peuvent être accusés d'être des enfants gâtés, des communistes nostalgiques, des fainéants, des féministes non mariées ou hystériques, et ainsi de suite. Mais lorsque leurs mères descendent dans la rue, c'est une toute autre histoire. Il y a du respect, de l'empathie. D'accord mais s'il y a des mères, alors je proteste. Par exemple : si la Mère de Baltimore étais candidate aux élections régionales, elle aurait remporté le premier tour. Mais c'est une personne noire. Ah, mais elle reste une mère. Si elle met ensuite une claque à son fils, c'est la cerise sur le gâteau. La mère qui se bat est bien meilleure que le prêtre courageux. Car avec le prêtre, il y a toujours le risque qu'il soit homosexuel.

Ainsi chères mères et chers enfants, homo ou hétéro, ne vous en souciez pas non plus. Et lorsque vous vous demandez pourquoi l’Irlande a dit oui et pourquoi l'Italie a dit non, demandez-vous ceci : A quel point ai-je été honnête et courageux aujourd'hui? Est-ce que je l'ai exigé des personnes autour de moi ? Plutôt que de critiquer avec rancœur sur internet cette Italie stupide, ai-je réussi à expliquer à quelqu'un en quoi les choses pourraient être différentes, à démonter poliment les certitudes et peurs ridicules qui circulent parmi nous ? Dans vos mots, dans vos maisons, parmi vos amis, vos cousins et cousines, vos collègues de travail et vos  tantes et vos oncles. Certains jours vous devrez crier, d'autres jours il faudra tourner leurs préjugés en ridicule, répondre avec une bonne dose de sarcasme à une remarque déplacée. Les maisons sont pleines de cocus et de fornicateurs, de gens qui n'ont pas de rapports sexuels avec leur propre partenaire, de couples malheureux qui restent ensemble par simple intérêt.

Aimer (ou même n'avoir que des relations sexuelles avec) une personne du même sexe ne peut pas être une honte. Ni pour nous ni pour les personnes qui nous aiment. Combattez cette idiotie quotidienne, per favore. Si, en attendant une amélioration, quelqu'un pouvait arrêter de déverser cette horrible musique de boîte de nuit, peut-être que cela accélèrerait tout. Et rappelez-vous : une mère à vos côtés est plus persuasive qu'une pinte de Guinness.