[fre] Le leader du mouvement hollandais Pegida en croisade contre les kebabs

Article publié le 19 novembre 2015
Article publié le 19 novembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Mon ami turc m'a poussée à écrire un article sur les récentes manifestations du mouvement Pegida aux Pays-Bas. Les informations sur la manière dont Edwin Utrecht, le leader du groupe, encourage ses partisans à cesser de consommer des kebabs et de voyager en Turquie pour les vacances ont traversé toute l'Europe. Qui est Pegida et quelles sont ses intentions? 

Pegida combat l'islamisation en Europe

Demander à ses compatriotes d'arrêter de manger des kebabs et de ne plus aller en Turquie pour les vacances relève de l'absurde. Malheureusement, je ne suis plus surprise de rien. 'Les hollandais ne sont-ils pas censés avoir une grande ouverture d'esprit?', m'a demandé mon ami. Il y a peu de temps encore, je le pensais, mais les choses ont changé. La crise économique d'il y a quelques années et l'actuelle ‘crise des réfugiés’ (comme les politiciens occidentaux aiment l'appeler) ont installé la peur et l'insécurité en occident. Il semble que les membres du mouvement hollandais Pegida soient en colère et aient peur de tout et de rien, mais par dessus tout, ils redoutent l'extrémisme et l'islamisation en Europe. Le groupe ‘Patriotic Europeans Against the Islamisation of the West’, créé à l'origine en Allemagne sous le nom de ‘Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes’, ou Pegida, est un mouvement anti-islamique. Ils organisent des manifestations hebdomadaires contre ce qu'ils considèrent ‘l'islamistion en Europe’, appelant à des lois sur l'immigration plus strictes, particulièrement pour les musulmans. Leur nombre de followers a explosé au cours de l'année dernière.

Le Pegida hollandais gagne en popularité

Leur première réunion, qui a eu lieu le 14 octobre l'année dernière à Dresden, n'avait attiré qu'une poignée de personnes. Le second rassemblement comptait déjà des centaines de partisans et désormais ce sont des milliers d'entre eux qui se regroupent durant les manifestations hebdomadaires de Pegida en Allemagne. Il y a deux mois, le mouvement s'est étendu jusqu'aux Pays-Bas. Même là-bas, le groupe a vu sa côte de popularité grimper très rapidement. Leur page Facebook a plus de 11 300 Likes et le chiffre grossit à chaque minute. Sur la page,  on peut lire des commentaires désagréables à l'égard du gouvernement. ‘Les Pays-Bas ne sont plus une démocratie, nous avons une dictature d'extrême gauche’, déclare un des internautes. Ce commentaire s'explique notamment par le fait que le gouvernement hollandais laisse rentrer des réfugiés sans tenir compte de l'avis des citoyens. Les réfugiés sont tous vus comme des islamistes radicaux qui viennent sans nul doute pour nous attaquer. Un des internautes s'exprime vis à vis des islamistes: ‘Ces gens ont eu leur chance en Europe. Ils ne savent pas s'adapter, ils volent, tuent et violent. Il nous imposent leur volonté. Tu dois faire ce qu'ILS te disent, c'est ancré dans leurs gènes. Je n'ai jamais eu de paroles aussi fortes, mais je vois l'avenir en noir si nous continuons à faire rentrer davantage ces rats.’ C'est sans surprise si je vous dis que la plupart des followers de Pegida ne veut plus de migrants aux Pays-Bas et souhaite que les frontières soient fermées. Pour exprimer leur colère et leur inquiétude, les membres de Pegida ont organisé leur première réunion, il y a un peu plus d'un mois. Environ 150 personnes ont manifesté, dont la majorité étaient des hommes. Sur leurs pancartes, on pouvait lire des slogans tels que  ‘Islamisation = EU-thanasie’ et ‘le Coran est toxique’. Durant un discours, Edwin Utrecht, le leader de Pegida, dénonce la consommation de kebabs et souhaite que la Turquie ne soit plus une destination de vacances.

L'afflux de réfugiés en Europe de l'Ouest est un terreau pour les manifestations

Jusqu'à présent, Pegida s'est essentiellement développé en Allemagne, mais cela pourrait bientôt changer étant donné que l'islamophobie s'étend aussi jusqu'aux frontières des Pays-Bas. Le problème majeur réside dans le fait que les partis établis et les médias présentent l'Islam comme le centre de nombreux problèmes au sein de la société. D'après Peyman Jafari, scientifique politique et historien hollandais, l'immigration n'est pas responsable de la misère dans la civilisation. Dans de nombreuses régions européennes appauvries, des quartiers se dégradent tandis que le nombre d'immigrants augmente. Toutefois, le déclin n'est pas dû à l'arrivée de nouvelles cultures, mais par le fait que les budgets pour les services sociaux et les centres communautaires ont été réduits par des politiques néolibérales, affirme t-il. De plus, le taux de chômage parmi les moins scolarisés a augmenté. Les politiciens et les journalistes ont contribué à la montée de l'islamophobie en énoncant les problèmes dans un cadre culturel tout en faisant l'impasse sur  les manquements socioéconomiques au sein du débat politique.

Pegida prétend être contre l'Islam en tant que religion et combattre l'extrémisme. Mais lorsque vous accusez un musulman d'être un extrémiste radical, cela prouve assurément que la xénophobie est présente au sein du mouvement. Cependant, il y a eu de nombreuses manifestations importantes contre Pegida. Comme l'a déclaré Peyman Jafari, cela montre que la politique de l'espoir existe aussi, contrairement à la politique de la haine et de la peur. Nous avons la responsabilité de nous dresser face à toutes les formes d'intolérance et de discrimination.