[fre] Le Jubilé de la libération

Article publié le 30 décembre 2015
Article publié le 30 décembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

(Opinion) Ce Jubilé s'ouvre dans un climat de tension exceptionnel, où la composante sainte et sacrée apparaît éclipsée par le contexte environnant. 

Ce matin, c'est avec l'ouverture des portes de la Basilique Saint-Pierre qu'a débuté l'année sainte du Jubilé 2015-2016. Les romains se sont éveillés avec le bourdonnement de l'hélicoptère au-dessus de leurs têtes, parce que bien qu'ici, ce ne soit pas Paris, le niveau d'alerte est également toujours élevé. 

Ce Jubilé s'ouvre dans un climat de tension exceptionnel, où la composante sainte et sacrée apparaît totalement obscurcie par le contexte ambiant. Et si vous êtes en train de penser que j'exagère, regardez les derniers résultats électoraux en Pologne et en France. Si cela n'est pas suffisant, comptez les murs qui ont été récemment érigés "Chez nous". Les guerres qui ont été déclarées par les piliers de notre continent, l'atmosphère de crise et d'incertitude qui conditionne nos vies. Le recours – de plus en plus fréquent – à la force, le terrorisme, l'état d'urgence, le racisme, la xénophobie. Les slogans des partis populistes, les violences contre les citoyens, le fossé entre riches et pauvres, l'état social qui est envoyé au diable. 

L'instrumentalisation d'une situation objectivement sombre, lâchement exploitée par des partis ayant un passé fasciste, en collusion avec la criminalité et collaborationniste. L'envie, typique de toutes les civilisations décadentes, de croire que ce sont encore elles à diriger le monde. La reprise du concept d' "Occident", désuet pour tous les anthropologues et sociologues, le Christianisme mis à part, entendu comme "notre" patrimoine commun. 

Aujourd'hui, c'est justement cela qu'on célèbre : la récupération du catholicisme comme facteur d'unification. L'idée d'union pour affirmer qui nous sommes, ce que nous sommes et ce dont nous n'avons pas peur. Nous fêtons notre tradition, notre culture, notre "style de vie", comme on a pris l'habitude de dire depuis quelques temps. 

Et pendant qu'à Rome, le Pape ouvre les portes de Saint-Pierre, à Paris, les manifestants pacifiques sont frappés par les forces de l'ordre dans le cadre de la COP21. Ils voudraient exprimer leur désaccord concernant le choix des multinationales en matière de climat, mais cela ne leur est pas permis parce qu'on ne peut pas manifester. Dans le Pays des Lumières, on ne peut défiler dans les rues sous aucun prétexte, car il y a des "Problèmes plus importants". En même temps, en Italie, 75% des ressources attribuées au développement économique ont été destinées à la défense. D'autre part, cela est de notoriété publique qu'en temps de crise, la meilleure solution est d'adopter la course à l'armement; culture, santé et prévention sociale constituent des bibelots pour ceux qui ont du temps à perdre. 

Pourtant, ce Jubilé est beau. Il rappelle le monde décadent de l'Antiquité tardive, dans lequel on se référait au mos maiorum, à la religion traditionnelle et aux idéaux de la civilitas romaine. Quelques années plus tard, le Barbare Théodoric allait conquérir la ville, en imposant la tolérance même aux plus belligérants. 

Le Pape s'inscrit dans le mouvement de la "Théologie du peuple", avec les pauvres et pour les pauvres. Malgré cela, il a toujours pris ses distances par rapport à ce mouvement religieux, qui affirme la suprématie du message social chrétien, au détriment du message évangélique. Il s'est toujours battu pour affirmer la valeur absolue de l'Evangile, en précisant l'importance de ne pas mélanger les revendications politiques avec celles de la foi. En faisant ainsi, l'Eglise deviendrait une ONG, une sorte d'entreprise caritative universelle. 

Il existe un mouvement qui affirme que le Règne des cieux doit s'accomplir sur Terre. Il existe un mouvement qui élimine le dualisme traditionnel terrestro-eschatologique de la tradition catholique. Il existe un mouvement qui prend ses distances des luxes de l'Eglise et qui se range en première ligne pour la lutte contre la pauvreté et la marginalisation. Ce mouvement se nomme "Théologie de la libération". Ceci est la raison pour laquelle le Pape sera un théologien de la libération. Ceci est le motif pour lequel le prochain Jubilé sera celui de la Libération.