[fre] Le chiffre qui parle: stagiaires non payés

Article publié le 15 août 2016
Article publié le 15 août 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Travailler gratos est devenu la nouvelle mode. Le plus préoccupant, c'est que cela se produit au sein de certaines institutions européennes qui affirment que la jeunesse est leur première priorité. Quelques chiffres.

-Non, j'ai toujours rien trouvé. Et toi, tu bosses?

-Oui, oui, tous les jours, je fais mes 7 heures...Enfin bon, en réalité je suis stagiaire, mais je fais la même chose que tous les autres.

- Et t'es payé?

-Non, j'ai essayé de me faire rembourser les frais de transport, mais y a pas eu moyen. 

-Bah, le principal, c'est d'avoir un truc à mettre sur son CV, non?

Ce type de conversations n'a pas de frontières. Que ce soit à Madrid, à Londres, à Rome , et même aussi à Bruxelles, rien de plus et rien de moins que dans les institutions européennes. C'est ici que se retrouvent chaque année des centaines de jeunes du monde entier qui arrivent avec l'espoir d'acquérir de l'expérience, de s'enrichir personnellement, et, pourquoi pas, se construire un avenir. Soyons honnêtes, les contes de de fées n'existent pas ici. Selon l'ONG Brussels Interns, il y a deux types de stagiaires à Bruxelles. D'un côté, il y a ceux qui rentrent dans le programme de bourse, dont la rémunération tourne autour de 1300 euros, et de l'autre, ceux à qui on ferme les portes. Beaucoup d'entre eux décident d'accepter des stages non rémunérés, ou en d'autres termes, de travailler gratuitement. Concrètement, et selon l'ONG, en juin de cette année, dans la Commission européenne, il y avait 200 stagiaires non payés. Une pratique très critiquée dont a fait l'objet le Service Externe Européen, du fait de ne proposer aucune rémunération, une info déjà indiquée sur son site. Au Parlement, pour sa part, une étude réalisée en 2013 a montré que dans les cabinets de députés, 20% n'étaient pas payés, et 25% ne touchaient que 600 euros. 

Cette 'habitude' soulève deux problèmes: tout d'abord, un appauvrissement de la jeunesse pour laquelle il est difficile de quitter le cocon familial. Ensuite, un élitisme de certains secteurs d'emploi auquel ont seulement accès ceux qui ont de forts revenus familiaux ou une situation financière confortable."Non seulement cela fragilise le marché du travail mais affecte également le projet européen et la vision qu'en ont les jeunes", explique Bryn Watkins, de l'ONG Brussels Interns. Qui peut partir à Bruxelles sans être rémunéré? Qui peut se permettre de faire des stages non payés à New York?

Aujour'hui, 12 aôut, l' ONU fête le jour international de la jeunesse, et le mot d'ordre de cette année est: "Objectif 2030, supprimer la pauvreté et atteindre une consommation et et une production durable". Quels moyens pour y parvenir? Interdire les stages non rémunérés pourrait être le début d'une grande histoire.

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Cet article fait partie de notre série Le chiffre qui parle.