[fre] Le Bonheur de la nation... malgré sa chute perpétuelle

Article publié le 2 février 2017
Article publié le 2 février 2017

Photo: Conseil Général du Pouvoir Judiciaire Ce n'est pas moi qui m'indignerai contre l'affluence d'argent et d'investissements en terre de Cadix, cruellement frappée par le fléau du chômage. A Cadix, la crise économique mondiale et nationale n'est qu'un nouvel épisode de la pénurie endémique que semble vivre la Baie depuis des décennies. Pour Cadix, à l'ouest, rien de nouveau.

Je joins ici ma voix au cri de ¡Viva la Pepa! (surnom de la Constitution de Cadix, ndlt), qui semble à la mode ces derniers temps et je me joins à la célébration du Bicentenaire, au Cadix constitutionnel et libéral, aux Assemblées Constituantes, à la Paix dans le Monde et à toutes les idioties et tours de passe-passe commémoratifs avec feux d'artifice qu'utilisent les politiques de services pour nous éblouir. Parfois je me sens, en ma qualité de citoyen, comme l'un de ces indiens d'Amérique que mes lointains cousins les conquistadors escroquaient en beauté en échange de trois babioles. 

puente_la_pepa.jpg Le fait est que, oui, d'accord: pourvu que l'on mentionne Cadix pendant deux semaines au journal télévisé, je suis prêt à accepter n'importe quel compromis. Et au diable les règles.

Foto: Puente La Pepa sin terminar. Pedro Lozano// Flickr

A Cadix on m'a dit qu'au-delà de l'agitation médiatique autour de l'événement, de la rénovation de l'Oratoire de San Felipe, de quelques autres animations autour du Bicentenaire et de deux douzaines de pilliers du Pont de la Pepa qui ont été construits, l'impact sur la ville est quasi inexistant. L'économie stagne. Le tourisme, sans tenir compte des chiffres présentés par le secteur hôtelier, est quasiment au même niveau que pour n'importe quel mois de mars. Cependant, j'insiste, chaque nouveau touriste, chaque nouvel emploi, est reçu à Cadix comme un don du ciel.

Mais le citoyen, en dépit des avancées réelles, ressent une curieuse sensation d'escroquerie, de feu de paille, de publicité mensongère. Aux habitants de Cadix on a promis le Paradis, l'Exposition Universelle, les Jeux Olympiques... et on a finalement donné quatre choses inutiles, la visite du Roi, et une leçon de publicité goebbelienne d'une immense portée:  un mensonge répété mille fois devient une vérité. Un pont inachevé, un rempart de San Sebastián qui n'a jamais été commencé et trois idioties mises en route pour donner une impulsion décisive à l'avenir de la région et à des infrastructures durables.

Ils laissent se répéter l'Histoire

Article 13 de la Constitution de Cadix: “L'objectif du Gouvernement est le bonheur de la Nation, car le but ultime de toute société politique n'est autre que le bien-être des individus qui la compose."

Il ne s'agit pas d'une blague. Il s'agit bien du treizième article de la constitution de Cadix.

cortes.jpg Et savez-vous ce que je leur réponds? Que les personnes qui nous gouvernent suivent ce précepte constitutionnel au pied de la lettre. Ils nous rendent heureux en dépit du chômage, de la corruption, des expulsions, de la jeunesse sans avenir, du désastre de l'éducation et enfin, heureux malgré qu'ils nous gouvernent. De véritables artistes.

Heureux par la désinformation, le foot et la presse à scandale, à coups de Mondiaux et de Bicentenaires.

Vive Les Chaînes! criaient à l'époque de la Constitution de Cadix les partisans de Fernando VII, ce monarque anti-libéral et absolutiste, surnommé ironiquement mais de façon très symbolique "Le Désiré".

“Messieurs, laissez tomber ces petits articles critiques et mettez-nous le Madrid- Ponferradina” crieraient-ils aujourd'hui...

Foto: Monumento a las Cortes de Cádiz. La Convento// Flickr

Et, bien que j'aime énormément cette terre de Cadix, et que je me réjouisse de tout ce qui peut la faire aller de l'avant, ne serait-ce que d'un petit pas, je ne peux m'empêcher de penser que bien que la Pepa soit en vie, la Pepa se meurt, et avec elle l'avenir des citoyens de Cadix, de l'Andalousie et de l'Espagne toute entière.

Mais nous sommes heureux, madame.

Heureux et dociles.

Joaquín Saravia