[fre] La victoire de la Syriza : dégeler l’UE?

Article publié le 3 février 2015
Article publié le 3 février 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

[Opinion] Le parti gauchiste a gagné les élections générales en Grèce. Comment le parti Syriza a-t-il gagné et qu’est-ce que ça signifie pour l’Union européenne?

Durant les cinq dernières années, pour l’Union européenne (UE), la Grèce était souvent synonyme d’affreux mal de tête. La victoire du parti gauchiste Syriza ce samedi dernier (25 janvier) donnera du fil à retordre à plusieurs dans les jours ou semaines à venir. Après la nomination officielle d’Alexis Tsipras comme premier ministre de la Grèce, on devrait mettre à nu ce qu’est la politique grecque. Eh oui, on s’y perd tellement parfois qu’on en a envie de crier de frustration.

Depuis 2010, le pays est sous haute surveillance. C’était le désordre en Grèce, l’un des plus sournois.  Environ dix-huit mois après le début de la crise financière, l’implosion de la Grèce a révélé à tous comment les dettes privées sont problématiques. Chaque gouvernement, même en Grèce en 2008-2009, a acheté des dettes en urgence au secteur privé (banques, compagnies d’assurances, caisses de retraite, etc.) afin d’éviter un cataclysme massif du monde économique (tout de même arrivé). Mais acheter des dettes n’est pas les effacer, et pour la Grèce, la dette publique était tellement énorme et instable qu’elle est vite devenue un problème.

Une machine à voyager dans le temps s’il vous plait?

Pour comprendre pleinement la crise grecque, on doit retourner dans les années 2000-2002. L’UE finalisait la création de l’euro (devise commune partagée par les pays de l’UE qui voulaient y participer). À cette époque, la Grèce, dont l’économie était l’une des plus faibles de l’Europe (avant l’élargissement de l’Europe orientale), n’était pas censée adopter l’euro. Son économie était jugée trop fragile pour entrer dans la zone euro.

Mais, aidés par des banques américaines comme Goldman Sachs, les dirigeants grecs ont falsifié les statistiques et adopté l’euro in extrémis.

En 2002, la Grèce a adopté l’euro tout comme la France, l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne. Les économies stables supportaient la crédibilité de l’euro tandis que la capacité de la Grèce à emprunter de l’argent aux marchés financiers a augmenté. Par exemple, l’Italie et la Grèce, même si leurs actifs financiers sont totalement différents, ont emprunté au même rythme et au même taux d’intérêt. Manifestement, l’économie de la Grèce a été surestimée et surévaluée. La faute n’est pas celle de son peuple, ils n’étaient simplement pas encore prêts.

Ensuite est survenue la crise financière de 2008 (principalement causée par les anciens emprunteurs et complices d’Athènes). Alors que faire de l’argent n’était plus chose facile, les marchés financiers (principalement banques, investisseurs financiers, caisses de retraite) sont devenus avides avec la Grèce et ont vendu toutes les actions qu’ils avaient en poche.

Les intérêts à long terme de la Grèce ont éclaté et se sont répandus sur les autres économies surévaluées comme l’Espagne, l’Irlande, le Portugal et même l’Italie. La Troïka, une force opérationnelle formée d’experts de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fond monétaire international, a été mise en place dans le but d’« aider » la Grèce à se réformer en échange de plans de sauvetage pour introduire de l’argent frais à son économie pour alléger le fardeau de sa dette.

Dissoudre la Troïka?

Quatre ans et demi après l’arrivée de la Troïka à Athènes, la situation grecque n’a pas changé d’un poil. Sa piètre gestion et son manque critique de responsabilités politiques représentent toute la faiblesse de l’UE. La gouvernance figée, les faibles aptitudes de communication et l’incapacité de l’UE à prendre une décision ont révélé à tous la prétendue solidarité entre les pays partageant une devise commune. Le remède a fait pire que la maladie.

Le taux de chômage et de pauvreté, tout comme des dettes, ont grimpé en flèche. Désormais, 25 % des Grecs sont au chômage (officiellement); les pensions et les salaires ont diminué; près de la moitié de la population y repense à deux fois avant de consulter un docteur; les besoins élémentaires en électricité et en eau sont inaccessibles aux plus démunis et la dette nationale a doublé en six ans, atteignant 180 % du PIB à la fin de 2014.

Après une enquête parlementaire, Liem Hoang Ngoc, ancien membre socialiste du Parlement européen, a rapporté que les décisions de la Troïka manquaient de responsabilités politiques et transparentes. En conséquence à la précipitation de la Grèce, le pays est confronté à de graves crises sociales et politiques.

Depuis 2010, les étudiants et les syndicats manifestent dans les rues; plusieurs protestations nationales ont été organisées sur la télévision publique et les émissions radios étaient presque soudainement coupées. Symboliquement, pendant l’hiver, les arbres du parc où Platon et Socrate se promenaient, selon les livres d’histoire, étaient brûlés par les voisins pour chauffer leur maison.

Prix de consolation? En 2014, le budget public de la Grèce s’est équilibré, mais à quel prix? Soyons francs, les conseils de Troïka et les derniers gouvernements grecs n’ont pas amélioré la situation. Le groupe d’analyse Macropolis estime que, au cours des quatre dernières années, seulement 11 millions d’euros servaient à financer l’économie, alors que plus de 40 millions remboursaient les investisseurs.

Améliorer les conditions sociales et économiques

Le peuple grec est en colère et demande désormais de meilleures conditions de vie. L’austérité, très sévère, est allée trop loin. Syriza, parti radical de gauche, est né en tant que principal parti de l’opposition à la fin de 2011. Il est arrivé deuxième aux élections générales de 2012 ce qui a ainsi forcé les deux partis de la constitution, le Pasok (centre gauche) et le Nouveau parti démocratique (conservateur, centre droit) à former une coalition. Celle-ci n’a pas réussi à calmer le climat politique (la corruption de masse, la fraude fiscale et les manières aristocratiques de l’élite n’ont pas du tout aidé).

Syriza, ne voyant pas le fait de quitter la zone euro comme un tabou, a adouci ses aspérités. Ils ont recentré leur programme sur l’amélioration des conditions de vie au quotidien en permettant un meilleur accès aux services publics et de santé tout en corrigeant les énormités de l’économie grecque. Encore aujourd’hui, les armateurs et l’Église orthodoxe ne sont pas dans le système économico-budgétaire. L’impôt sur le revenu est toujours inéquitable et favorise certains établissements; de plus, le budget de la défense est extraordinairement élevé comparé à celui des autres pays de l’UE. (Les rumeurs prétendent que les industries militaires de la France et de l’Allemagne ont encore des contrats avec le gouvernement grec).

Prétendre que Syriza veut retourner à la normale comme avant la crise est faux. Son programme semble seulement viser l’équilibre et veut, en gros, renégocier la dette publique, définitivement insoutenable à traîner pour le pays.

Effet boule de neige sur l’Europe du Sud?

En ce moment même, le combat de la Syriza contre l’austérité ressemble au mythe de David devant Goliath. La Grèce ne représente même pas 4 % des votes au Conseil de l’Union européenne, corps législatif formé des États membres. Au parlement, le parti (radical) gauchiste (GUE/NGL), allié au parti vert et aux sociaux-démocrates (centre gauche), est assez puissant pour créer une majorité gauchiste. La Commission européenne, fraîchement élue, a tenu bon sa volonté de diminuer l’austérité au cours des derniers mois, mais ne reconnais toujours pas le retour des politiques économiques conseillées par la gauche. Par exemple, Valdis Dombrovskis, vice-président chargé de l’euro et du débat social, est le premier ministre de la Lettonie où ont été implantées des mesures d’austérité pire qu’en Grèce. Même si la Lettonie fait mieux, trois ans après ce remède drastique, le chômage est toujours au-dessus de 10 %, alors que la population du pays baisse à une vitesse incroyable.

Néanmoins, l’espoir d’une UE équitable et favorable sur le plan social est toujours présent. Cette année, le Portugal, l’Espagne et possiblement le Royaume-Uni sont portés (selon les sondages) à élire des gouvernements gauchistes, ce qui créerait un effet boule de neige et surchargerait la majorité libérale et conservatrice entre les États membres. Enfin, une majorité gauchiste à l’UE accepterait de réduire le problème de la dette en Grèce, dont 70 % est possédé par les institutions publiques.

Pour cela, la Syriza doit être subtile et convaincante. Mais choisir l’ANEP, parti droitiste presque nationaliste, comme partenaire de coalition était-il une bonne chose? Oui, on comprend le besoin de faire équipe pour être fort contre l’austérité, mais cela va demander des efforts de trouver des terrains communs pour l’immigration, les services publics accessibles à tous et la justice sociale.

Révisé par Sarah Batterton