[fre] La russification de la Lettonie

Article publié le 17 octobre 2017
Article publié le 17 octobre 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un voyage à travers un pays divisé entre les Russes, les russophones, les pro-européens, les "non-citoyens" administrativement  apatrides depuis 1991.

Le monde Balte est mystérieux, coincé entre l’Europe et la Russie, tortueux, complexe, difficile à comprendre. Divisé entre les minorités russophone, les nationalistes durs à cuire et les impétueux pro-Européens. Il est tourmenté de l’intérieur, entre ceux qui regrettent l’Union soviétique et ceux qui veulent croire que cela n’a jamais existé, ceux qui considèrent la langue et la religion comme un enjeux national et ceux que cela indiffèrent. L’incessante guerre interne ronge ceux qui se tournent vers Moscou et ceux qui se tournent vers Bruxelles. Les Baltes sont rongés par une situation socio-économique difficile, mais ici l’alcool et la pauvreté ne peut affaiblir la puissance du monde magique qui anime ces forêts.

Aujourd’hui Cafébabel à l’occasion d’interviewer une femme concernant la russification de la Lettonie.

Pouvez-vous me parler de la Lettonie avant et après l’Union Soviétique ?

Le pays est toujours le même, habité par la même population, les Lettons. Le présence russe a massivement changée ces régions bien sûr. Il y eût beaucoup d'importation durant la période stalinienne. Des centaines de milliers de Russes arrivèrent en quelques années. De même qu’avec Khrouchtchev, la vague d’étrangers ne s’arrêta pas. Ils venaient de partout : L’Oural, le Caucase, la Sibérie. La planification soviétique ne fonctionnais pas, même à cette époque. De plus, à Riga et Latgale, il n’est pas toujours évident de savoir si l'on est en Lettonie ou en Russie. Durant les années 50 et 60, la Lettonie développa sa capacité industriel. La production augmenta jusqu’à dix fois plus qu’entre 1940 et 1961. Cependant, l’agriculture et le bétail diminua, le plan avait pour but de diviser les terres, ce qui provoqua l’exile des Lettons expropriés. Ça ne marchait pas. On produisait moins de lait, moins de viande et de légumes qu’avant la guerre. Mes compatriotes vivant à la campagne, venait dans la capitale pour se ravitailler en denrées alimentaires. L’auto-suffisance mourût pour laisser le plan agricole stalinien se développer.

Le pays ne s’est jamais remis de la souffrance causée par le Goulag ou la pauvreté forcée que nous avons subit. Le problème est toujours apparent même encore aujourd’hui. Nous sommes l’un des pays le moins développé de l’Union européenne. Nous avons trois cent mille Lettons et russophones « non-citoyens ». Ceux qui ont le « passeport violet » et non pas vert. Nous les appelons ainsi pour les distingués des autres. Certains disent qu’ils ne méritent pas la citoyenneté parce que l’Union soviétique leur manque et qu’ils sympathisent avec Poutine et qu’ils sont contre les valeurs d’une Lettonie démocratique et progressive. D’autres disent que nous vivons une grande injustice, sans pareil en Europe. Techniquement, nous parlons de gens sans État, exclu de certaines professions et du droit de vote, interdit de voyager comme leurs « compatriotes » dans la zone de Schengen. Ce sont des «ex-citoyens soviétiques, nepilson ou « non-citoyens » depuis 1991. Maintenant, Il y a ceux qui veulent les naturaliser et ceux qui pensent que cela pourrait être la plus grosse erreur pour le projet d’intégration de la Lettonie dans l’Union européenne. Les choses sont rendues plus compliquées par la faible différence entre ceux qui sont ethniquement Russes et ceux qui sont russophone, car il est bien trivial de croire que tout ceux qui parlent russe sont contre les valeurs démocratiques de notre république.

En 2012, Il y a eut un référendum pour faire du russe, la langue officiel. Ces promoteurs le perdirent et le Letton resta la seule langue officielle de notre petit pays. La culture balte relève la tête à nouveau, retrouve ses traditions et ses valeurs. Parce que nous ne sommes ni Russes ni Européens, nous sommes Lettons.

Qu’est-ce que le journal Briviba ?

C’est l’un des principaux journaux de propagande anti-soviétique des années 60 et 70. Si vous le vouliez, vous deviez connaître quelqu’un qui avait un exemplaire et le rencontrer secrètement. La diffusion à Riga, qui était le cœur des mouvements lettons pour l’indépendance, était plutôt large. C’était plus faible dans les campagnes de Latgale et plus fréquent dans la région de Cesis et de Sigulda. D’un autre côté, et ce encore aujourd’hui, il y a presque 90% de Lettons à comparer avec les 60% de Riga, les 44% de Rezekne et le bien maigre 20% de Daugavpils; ce qui à valu à la Lettonie le surnom de Petite Russie. Le but principal de ce journal était la protection de la langue, de la nation et de la culture lettone. En 1959, l’obligation de la langue lettone à l’école a été supprimée. Par la suite, le simple fait de parler la langue représentait un acte de protestation contre le régime. Cependant, il serait historiquement faux d’affirmer que le russe remplaça le letton totalement. Une langue maternelle est difficile a tuer.

Étiez-vous dans le parti communiste ?

Nous étions tous dans le Parti jusqu’au milieu des années 80. Les étudiants, les professeurs, les employés des administrations publiques. C’était difficile de s’échapper. Ensuite, avec le comité Helsinki, Solidarnosc et Atmoda, les choses ont changées.

Qu’est-ce que Atmoda ?

La forme complète en letton est Latviesu Tautas Atmoda. On appelle ça en français la révolution chantante à cause d’une manifestation anti-soviétique spontanée qui se forma lors d’un concert à Tallinn en 1988. C’était un important mouvement de libération nationale, très actif pendant les années 80. Il s’avéra crucial pour la réussite de l'indépendance en 1991. Il s’est battu, comme beaucoup d’entre nous, contre toutes les interdictions imposées par Moscou. Il a aussi reconnu l'importance de l’héritage suédois, allemand et polonais dans la culture lettone. De nos jours, cet héritage a été oublié à cause de la russification imposée. Ce mouvement apparaît en Estonie mais était très actif dans chaque état Balte.

Le 14 juin 1987, jour de l’anniversaire des déportations commises en 1941, le monument de Riga dédiée à la liberté de la Lettonie fut remplie de fleurs en association avec le comité Helsinki. Cet événement interdit représente le début du soulèvement contre l’U.R.S.S., qui avait été déjà affaiblie par la Perestroïka voulue par Gorbatchev. Le cinéma, l’art, la littérature : tout était considéré comme un acte de désaccord et de rejet contre le régime. Le cas du « groupe de poètes Riga » était célèbre. Ils furent déportés parce qu’ils avaient de la « documentation interdite » ; des poèmes, des romans, qui plus est écrit en Français. Si vous vous intéressez à ces histoires, allez au musée du KGB de Riga. Il s’est ouvert récemment et il contient de nombreuses histoires et souvenirs.

Le 23 août 1989, c’était le cinquantième anniversaire du pacte Molotov-Ribbentrop, une chaîne humaine de 600 km reliant les trois capitales baltes. Cette manifestation symbolique était grandiose. Vous pouviez voir que nous étions tous ensemble contre l’Union soviétique de Tallinn à Vilnius.

Comment avez-vous vécu le mouvement 68 en Lettonie ?

Nous aimions l’anglais et la station de radio interdite Voice of America, créée a Washington en 1942 et active dans les pays soviétiques depuis 1947. Durant les années 60, c’était très populaire parmi les dissidents lettons. On se retrouvait dans les sous-sols pour l’écouter, quelques fois en langue originale, quelques fois traduites. Malgré cela, on ne s'occupait même pas de savoir ce qu’ils disaient. On ne savait pas exactement ce qui se passait à Londres, Rome, Paris mais on sentait que le monde était là, dans les grandes capitales de l’Occident. Nous aussi, on voulait du rock et des mini-jupes. En revanche, nous voulions quelque chose, à cette époque, qui nous semblait impossible à avoir : la liberté.