[fre] La Méditerranée: berceau du (men)songe

Article publié le 5 novembre 2015
Article publié le 5 novembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La Méditerranée est le berceau de la civilisation. D'innombrables poètes et penseurs ont tenté de capturer ses paysages de rêve. Mais aujourd'hui, des enfants noyés sont retrouvés sur ces plages idylliques. 

 Goethe déjà rêvait de la Méditerranée comme le „pays où fleurissent les citronniers". Son poème "Mignon" de 1795/96 traite de ces nombreux voyageurs d'Europe centrale désireux de retourner là-bas. Son poème se termine ainsi: "C'est là que je voudrais vivre, c'est là! Oui, c'est là".

Le poète Eichendorff a lui aussi exprimé sa "mélancolie" vis à vis de la Méditerranée dans son poème du même nom datant de 1825. Outre son doux climat, sa faune et sa flore luxuriantes, la Méditerranée rayonne par sa diversité culturelle: Cela vaut tout autant pour sa richesse linguistique que pour sa merveilleuse cuisine. Un des textes les plus anciens sur la Méditerranée est certainement l'Odyssée d'Homer qui, malgré les lacunes géographiques, montre dans son oeuvre les aspects les plus importants de la Méditerranée: un lieu mythique, où l'humanité se perd mais en fin de compte se retrouve.

Toutefois, au regard de la crise migratoire actuelle, le symbole de ce bassin intercontinental semble être mis sens dessus dessous. La Méditerranée n'est plus ce qu'elle était autrefois, ou encore mieux, ce dont on rêvait qu'elle soit: un paysage estival rempli de senteurs matinales du pays, où l'âme apaisée semble suspendue dans le bleu azur.

Tandis que les habitants des contrées nordiques de l'Europe se représentaient la Méditerranée comme un espace romantique, il y a toujours eu dans des régions plus proches l'idée d'une union politique. Paul Valéry, le poète français décédé en 1945, rêvait par exemple d'une civilisation méditérranéenne, à laquelle non seulement l'Espagne, la France et l'Italie devraient appartenir, mais aussi les pays du Maghreb et du Proche-Orient.

"J'ai aimé avec passion la Méditerranée". Ainsi commence La Méditerranée et le monde méditérranéen à l'époque de Philippe II de Fernand Braudel. Il est marquant de voir que Braudel ait mis pour la première fois un lieu géographique au coeur de la toile historique.  

Il se pourrait que  les dirigeants politiques de l'UE aient été inspirés par Braudel en 1995, lorsqu'ils ont affirmé la volonté de créer dans la Méditerranée avec la déclaration de Barcelone une "Zone de liberté et de stabilité". Nicolas Sarkozy s'est quoiqu'il en soit réclamé directement de Braudel, lorsqu'il a fondé en 2008 l"Union pour l'espace méditérranéen" qui, en raison des drames humains actuels, semble totalement marquer le pas.

L'espace méditerranéen: Un bassin aux aspirations romantiques et politiques

La Méditerranée est un espace de contradiction à double visage. C'est ce dont est convaincu l'auteur et spécialiste français de la Méditérranée, Thierry Fabre. Elle est perçue soit comme un espace dentelé de contradictions ou alors comme une unité rêvée, dans laquelle nombre de peuples s'unissent dans l'espoir d'un avenir commun. Une chose est sûre, selon Fabre, l'espace méditérannéen possède une vaste mémoire culturelle, constituée d'une pluralité de conflits et de rencontres.

Réfléchir à ce que représente la Méditerannée, souligne le spécialiste, exige de la comprendre dans sa complexité. Il faut cesser de se réfugier dans une logique de tout ou rien. Le fossé entre les riches et les pauvres, entre le nord et le sud est énorme. Le PIB des pays méditerranéens est faible: ils ne produisent que 5% comparé à celui des autres pays européens. Du point de vue démographique, c'est tout le contraire: le Sud se développe, le Nord est en déclin .

En 2009, l'écrivain Blaise Hofmann a livré dans son livre Notre Mer une analyse un peu plus colorée de l'espace méditerranéen, dans lequel il raconte son épopée autour de la Méditerranée: de Marseille à Marseille. Celle-ci, d'après l'auteur, mérite que l'on s'y attarde un peu. Au lieu de fantasmer sur cet espace, nous devrions commencer par nous consacrer à cet endroit bel et bien existant.

Au cours des dernières décennies, des milliers d'hommes ont péri dans cet endroit tangible. Aujourd'hui, les vers philantropiques de Goethe ne retentissent que très peu:

Qui se connaît et connaît l'autre fidèlement,

aussi saisira cette vérité:

Orient et Occident

ne sont plus à séparer.