[fre] La Lettonie des réfugiés

Article publié le 9 août 2017
Article publié le 9 août 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les lettons ont peur des réfugiés, les réfugiés ont peur de la Lettonie.

Il y a peu de temps je suis allé à Riga avec une collègue. À peine arrivée elle a commencé à dire qu'elle ne supportait pas le trafique et le vacarme. Vraiment je ne comprenais pas ce qu'elle entendait par là, je n'ai jamais vue une capitale plus tranquille que celle là.

La Lettonie est dépeuplée. Les données officielles parlent de plus de deux millions d'habitants, en réalité il y'en a beaucoup moins. Rien que l'an dernier le déclin démographique a atteint -14%. Ce pays est une forêt. Belle, verte, désolante.

Les jeunes sont presque tous au Royaume-Uni, en Hollande, en Irlande ou en Belgique. Ils cherchent des opportunités qu'ils savent ne pas pouvoir trouver ici. Après des années d'études et d'engagement ils ne se résignent pas à trvailler pour quelques euros de l'heure, sans mettre à profit leurs propres compétences. Le salaire minimumvtourne autour de 2,50 euros de l'heure. Un grand kebab en coûte 4,30. Les comptes ne tombent pas juste.

Malgré la grande baisse démographique, la majorité des lettons ne veulent pas des réfugiés. Quand le gouvernement a signé le contrat avec l'Union européenne pour accueillir quelques centaines de migrants, les protestations ont éclaté. Dire que rien qu'aujourd'hui en Italie il en est arrivés plus de mille.

Ils ont peur des étrangers, pas par méchanceté mais plutôt par ignorance. La xenophobie et la peur de possibles "invasions" à travers la frontière russe, où récemment a été construit un mur, ça ne s'explique pas. Rencontrer des personnes d'autres ethnies est plutôt rare, faire une comparaison avec les pays de l'Europe occidentale n'aurait aucun sens. L'unique ville du pays est Riga et, malgré le fait que beaucoup de lettons s'obstinent à la définir comme grande et internationale, elle l'est moins que Turin, Marseille ou Manchester. La seconde ville d'un point de vue de la superficie et de l'importance est Daugavpils, avec 80.000 habitants elle est plus petite qu'Udine.

Le même discours vaut pour les petits centres lettons. Ma petite ville, Rēzekne, sans l'afflux de jeunes participants au projet Eramsus+, d'étudiants ou de volontaires, n'accueillerait pas d'étrangers. Parce qu'il n'y a pas de travail, parce que ce ne sont pas les conditions sociales et culturelles pour permettre un accueil adéquat.

Et ici nous arrivons au point crucial, le rapport entre les lettons et les immigrés.

A Riga, précisément au Cinnamon Hostel, j'ai rencontré Mohammed (nom fictif), un des rares réfugiés afghans présents en Lettonie. A peine a-t-il su que je suis italien qu'il a commencé à me questionner sur tout et n'importe quoi. A tel point que je ne savais plus si c'était moi qui l'interviewais ou lui qui m'interviewait.

“J'habite à Rome depuis des années, mais je suis originaire de Turin” je dis.

Et lui “Belle Turin. J'aime l'Italie, surtout le nord. Il y a du travail, la santé est publique, les réfugiés provenants du monde arabo-musulman sont si nombreux. Pas comme ici. Nous somme seulement huit afghans, sans possibilités concrètes de trouver un emploi descent. Nous vivons avec les subventions de l'Union européenne. Mais je veux m'en aller de la Lettonie. Je suis dans cet auberge depuis des mois, j'attends seulement les documents pour prendre mon vol. Tant que nous sommes dans l'espace Schengen, je suis libre de voyager.”

“En dehors du travail, qu'est-ce qui ne te plais pas en Lettonie?”

Il rit “Le climat est terrible. Trop froid. Les gens te regardent comme un étranger dans la rue, ils ne sont pas habitués à voir beaucoup d'étrangers. La langue est incompréhensible et inutile. Je voudrais étudier l'anglais, le français ou l'italien, pas le letton. Mais je n'ai pas eut de chance et ils m'ons assigné ici. Un pays qui ne réussi pas à maintenir ses propres ressortissants, alors figures-toi les réfugiés”

“Si tu devais partir aujourd'hui où irais-tu?”

“J'ai un ami à Brescia, une ville magnifique. Lui aussi était en Lettonie mais à peine tombé malade il a quitté le pays. D'autres gars lui avaient conseillé l'Italie. Là-bas il s'est fait opérer gratuitement alors qu'ici il avait dû dépenser beaucoup d'argent (qu'il n'avait pas). Puis il a trouvé un travail et il n'est plus jamais revenu. Il parle l'afghan et l'arabe tous les jours et durant les vacances estivales il va en Ligurie. C'est un vrai italien maintenant, parce qu'avec vous l'intégration est possible, pas comme en Lettonie.”

“Avant de partir qu'est-ce que tu ferais?”

“Les documents n'arrivent pas immédiatement, je le sais déjà. Je suis en train de suivre un cours de langue letonne organisé par l'Union européenne pour nous migrants, mais en même temps j'étudie le russe en autodidacte. A Riga ils sont nombreux à le parler et c'est utile pour travailler. Si je trouve un job dans un bar ou dans un restaurant c'est bien, autrement je survivrai avec les subventions jusqu'au jour de mon départ.”

Cette discussion m'a laissé une saveur aigre-douce dans la bouche.

D'une part toucher de la main la réalité des migrants n'est pas une chose facile, d'autre part le voir faire comme ça la louange de mon pays duquel nous sommes si nombreux à fuir m'a fait un certains effet. Peut-être qu'il m'a donné un peu confiance, il a réveillé en moins l'envie de chercher des solutions positives pour arrêter l'exode de mes compatriotes.

Puis je suis sortie avec des amis du coin pour prendre une bière et quand il m'ont demandé à quoi je pensais j'ai répondu tout simplement:

“Les lettons ont peur des régugiés, les réfugiés ont peur de la Lettonie.”