[fre] Joy, l'histoire d'une invention et de son inventrice

Article publié le 6 février 2016
Article publié le 6 février 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le réalisateur David Owen Russell nous offre une petite perle biographique en racontant l'histoire de Joy Mangano, inventrice et self-made woman. Joy est un film doux-amer sur une vie incroyable, qui nous présente une morale impérissable: suivez vos rêves, contre vents et marées, envers et contre tous.

Prenons-nous un moment en tant que femmes au foyer désespérées et réfléchissons: qui parmi nous, au moins une fois dans sa vie, ne s'est jamais retrouvée aux prises avec une serpillère, le balai pour laver les sols qui s'essort tout seul? Et combien de fatigue cette serpillère nous épargne-t-elle? Tout cela, nous le devons à Joy Mangano, businesswoman américaine connue pour avoir inventé et projeté, durant les années 90, le Miracle Mop, la serpillère pour nettoyer les sols. L'objet était en soi innovant: il était doté d'un corps en plastique qui permettait d'essorer le linge de coton lavable fixé à l'extrémité, sans avoir besoin de se mouiller les mains. L'objet connut un énorme succès aux Etats-Unis18 000 exemplaires furent vendus durant la première demie-heure du spot publicitaire, présenté par l'inventrice elle-même.

Joy (Dans le film interprétée par l'actrice Jennifer Lawrence)est née avec un «Talent dans la création de choses manuelles», comme nous raconte la voix narrative de Mimi, sa grand-mère. Mais le destin, du moins au début, semble avoir en réserve quelque chose d'autre pour elle: elle est piégée dans un travail qui ne la satisfait pas et vit dans une maison partagée par quatre générations, avec ses deux enfants, son ex-mari et ses deux parents qui sont séparés. Joy se demande que sont devenus sa vie et ses rêves. 

Une vraie révélation se manifestera seulement quand elle aura touché le fond, mais cela lui permettra de faire tout ce qu'elle a toujours désiré : inventer. La route pour réaliser son rêve n'est pas exempte de difficultés et souvent, Joy se surprend à se comparer, dans ses rêves les plus agités, à un personnage d'une soap opera, l'une de celles que sa mère – malade imaginaire et dépressive chronique – regarde toute la journée pour fuir la réalité. 

One woman show

Tout le film est "absorbé" par le personnage de Joy: Owen Russell se concentre sur sa transformation et son évolution, sur sa prise de conscience: c'est sur cela que se jouent son choix de mise en scène et ses plans, qui ne perdent quasiment jamais de vue la jeune femme. 

La collaboration entre David Owen Russell, Jennifer Lawrence, Robert De Niro et Bradley Cooper – qui avait déjà porté ses fruits en 2012 avec Happiness Therapy et en 2013 avec American Bluff –  se révèle encore une fois gagnante: sollicitée pour interpréter le rôle d'une femme forte et indépendante, Jennifer Lawrence se révèle très adaptée pour ce rôle. Elle crève l'écran avec son allure assurée; sa beauté imparfaite la rend ordinaire et crédible, tandis que son naturel domine dans l'interprétation, autant dans les moments d'angoisse que dans ceux de grande détermination que vit la protagoniste.  

Le même metteur en scène, dans une interview de l'Independent, déclare que ce film biographique a représenté une nouveauté dans son style, autant pour lui que pour Jennifer Lawrence, étant donné qu'aucun des deux ne s'était encore risqué dans un biopic. Il se dit surpris d'avoir remarqué le nombre de ressemblances présentes entre le caractère de Jennifer Lawrence et celui de la "vraie" Joy Mangano. 

Les trois hommes de Joy

Pour sa part, Robert De Niro (Dans le film Rudy Mangano, le père de Joy) interprète un rôle qui est pour lui peu habituel: un homme-enfant, candide et puéril, un esprit bon mais brouillon, dont Joy doit souvent s'occuper, à l'image d'une mère. C'est lui qui gère – avec sa compagne Trudy (Rosella Izzo) – le business de Joy, non sans causer des dégâts auxquels sa fille devra remédier. 

Bradley Cooper, en revanche, se met dans la peau de Neil Walker, dirigeant de la QVC, la chaîne télévisée où est retransmise la télévente du Miracle Mop. C'est un homme fascinant et entreprenant, une source d'inspiration pour Joy et son "mentor" dans le monde de la télévision. Cooper et Lawrence rendent vraisemblable la relation d'estime réciproque entre Neil et Joy: une interprétation magistrale à travers laquelle on perçoit l'entente entre les deux acteurs, une tension légère et impalpable. 

Une autre figure masculine bien construite et très intéressante est celle de l'ex-mari de Joy, Tony Miranne (Édgar Ramírez): perçu au début comme un personnage négatif, un artiste raté vivant aux crochets de son ex-femme, il se révèlera par la suite important dans le succès de celle-ci. 

Tomber et se relever

Le pathos ne manque pas, les émotions non plus. La première chose qui frappe est certainement le comportement que Joy adopte face à ses défaites: elle reste impassible, souvent elle ne parle pas, elle agit, et elle le fait bien. Parfois elle se trompe et cela révèle tout son côté fragile, celui qui la fait s'écrouler au point à en arriver à dire que la vie n'est rien d'autre qu'un ensemble d'échecs et de mensonges.  Elle montre son visage humain, un peu naïf de femme déterminée, mais pas habituée à un environnement de travail aussi compétitif et mauvais. 

Joy est un film doux et élégant, mesuré dans ses tonalités; une petite perle racontant la vie d'une femme résolue, laquelle – malgré toutes les difficultés qu'elle rencontre dans sa carrière – ne se laisse pas décourager. Et qui – une fois après avoir connu le succès – n'oubliera jamais d'où elle est venue et toutes les montagnes qu'elle a dû gravir. 

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Publié par la rédaction locale de cafébabel Torino.