[fre] "Je voulais faire partie de ce monde, ne pas n'y être qu'un invité."

Article publié le 5 novembre 2013
Article publié le 5 novembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un  microcosme créatif, de la musique absconse, l'énergie communicative des Berlinois, la joie de vivre  et la réalité dont l'on est parfois éloigné.  Un entretien, pendant l'été, avec le producteur polonais de musique électronique Gathaspar, qui vit et travaille à Berlin.

Je rencontre Gathaspar dans le quartier de Berlin-Mitte par un jour d'été ensoleillé.  Assis à l'extérieur, nous nous entretenons au sujet de la musique, de Berlin, de Varsovie ainsi que sur la décision d'aller vivre et travailler ailleurs. Depuis 2011, ce producteur polonais de musique électronique travaille pour le label allemand Freude am Tanzen (http://www.freude-am-tanzen.com/gathaspar/). Son dernier EP, National Costumes, est sorti en septembre 2012.

Il existe une version plus  détaillée de cette interview dans la série Second Home (http://www.cafebabel.de/berlin/artikel/ich-wollte-teil-dieser-welt-sein-nicht-immer-nur-gast.html)  de Cafébabel Berlin.

Cafebabel Berlin: Qu'est-ce qui te fascine autant dans la musique électronique ? Jouer du violon serait certainement tout aussi agréable…

Gathaspar: Justement, j'aimerais bien savoir jouer du violon: c'est un de mes instruments préférés ! Au sujet de  la musique électronique, cela s'est développé assez naturellement. J'ai beaucoup écouté la musique électronique, cela m'a fasciné et j'ai voulu essayer d'en faire par moi-même. D'abord, je voulais être DJ, mais j'en ai perdu l'envie assez vite. J'ai décidé de me concentrer sur ma propre musique, au lieu de mixer ou bien d'arranger celle des autres. Ce fut une sorte d'expérience ou de mise à l'épreuve, une quête de moi-même. Puis, j'ai préparé une démo que j'ai envoyée à quelques labels. Le label allemand Resopal Schallware est le premier à s'être manifesté. Ce fut une grande surprise, car ils sont très célèbres !  En 2010, mon premier disque sortait.

Cafebabel Berlin: Depuis le début, tu produis exclusivement pour des labels étrangers. Où en est la musique électronique en Pologne ?

Gathaspar: Je suis de manière générale un peu sceptique et pessimiste au sujet du développement de la musique électronique en Pologne et je ne crois pas que, là-dessus, beaucoup de choses changeront dans un avenir proche. Récemment, je jouais lors d'un festival à Breslau - il y avait un public de 40 à 50 personnes. C'est peu. Une fréquentation si faible est bien sûr un problème pour l'organisateur, mais aussi pour les artistes. La scène électronique en elle-même existe certes en Pologne depuis assez longtemps, mais ne connaît pas d'évolution.

Cafebabel Berlin: A quoi cela est-il dû ?

Gathaspar: L'intérêt pour la musique électronique est plutôt faible en Pologne. Seules quelques personnes se rendent dans les clubs, et les soirées ne font pas recette. En août, je joue lors du festival  Plötzlich am Meer (http://ploetzlich.net/nagle)  qui a lieu sur la côte est de la Pologne mais est organisé par des Allemands. Je trouve intéressant le fait que seule une partie d'un contingent de plusieurs milliers de tickets ait été vendue en Pologne. Je pense que cela traduit remarquablement la situation de la scène électronique là-bas.

Cafebabel Berlin: C'était donc l'absence de la scène musicale qui a influencé ta décision de venir t'installer à Berlin.

Gathaspar: Oui, tout à fait ! Bien sûr, ma collaboration avec le  Freude am Tanzen (http://www.freude-am-tanzen.com/) y a également joué un grand rôle. La scène musicale de Berlin m'a fasciné, toutefois plus au début que  maintenant. Lorsque j'ai commencé à me produire en live, j'ai fait mes premiers pas principalement ici, en Allemagne, et non pas en Pologne. Je voulais faire partie de ce monde, ne pas n'y être qu'un invité. Au début, cette ville m'a beaucoup fasciné.  Mais plus j'y habite, moins je m'y plais.

Cafebabel Berlin: En quoi Berlin t'énerve, exactement?

Gathaspar: Le fait qu'ici, ce soit si sale. Je traverse beaucoup Berlin en voiture et quelquefois, l'anarchie régnant dans la rue m'énerve aussi, surtout dans le quartier de Neukölln, qui est très hostile. Chacun fait ce qu'il veut, sans se soucier des autres. A Berlin, je trouve, on retrouve également un peu d'ambiance  polonaise – un héritage du communisme, en quelque sorte. Souvent, j'ai le sentiment que beaucoup de personnes ne font rien pour mettre la ville en valeur: son apparence, les graffitis, la saleté... cela leur est égal.

Cafebabel Berlin: Quel est l'endroit où tu préfères jouer à Berlin?

Gathaspar: J'ai trouvé que, pour jouer, le „Panorama Bar“ de Berghain (http://www.berghain.de/) était le meilleur endroit. Mais à Ritter Butzke (http://www.ritterbutzke.de/)  aussi, l'ambiance est super, bien que le club en lui-même ne m'ait pas trop plu.

Cafebabel Berlin: Comment peut-on au mieux définir ta musique? Comment est-elle créée?

Gathaspar: Je la qualifie moi-même de musique électro, puisque j'associe  divers motifs et influences. Ma musique devient ainsi absconse, difficile à définir. On y retrouve des éléments House et Techno, quelquefois du Dub mais aussi de fortes influences de la musique classique et des rythmes balkans.  Pour moi, le sens et l'essence de la musique électronique ont la possibilité de rapprocher différentes impulsions en les arrangeant différemment.

Je travaille exclusivement chez moi, je n'ai pas de studio à l'extérieur. Je suis venu à Berlin pour y vivre – sans vouloir  changer diamétralement mon style de vie.

Cafebabel Berlin: Cela veut dire que tu emmènes ton microcosme musical dans un autre endroit –  et que cela te donne la possibilité de te sentir bien en ce nouvel endroit ?

Gathaspar: C'est exactement ça. Je m'installe ailleurs, en continuant mon chemin.

Cafebabel Berlin: Dans ta musique, il y  a beaucoup de voix et de sons métissés. Lors de moments inattendus, tu y ajoutes une ligne de contrebasse ou bien d'autres instruments. D'où viennent tes idées et que se passe-t-il en premier lieu ?

Gathaspar: Cela dépend. Des fois, j'ai d'abord la ligne de basse, et d'autres fois, le rythme.  Les voix et les instruments dont tu parles me font ressentir beaucoup d'émotions  – ce qui est très important pour moi, car dans ma compréhension, celles-ci forment une part entière de musique. Au sujet du contexte vocal et mélodique, quelqu'un a écrit, il n'y a pas longtemps, qu'il y avait des influences musicales "polonaises". Ce n'est pas tout à fait exact, ces voix et mélodies viennent principalement des Balkans et quelquefois d'Ukraine.

Cafebabel Berlin: Où pourra-t-on venir t'écouter prochainement?

Gathaspar: Le  23 aoûtje serai à l'affiche du Mózg Festival (http://www.mozg.art.pl/) à Bydgoszcz, en Pologne. Le 25 août je me produirai au festival Plötzlich am Meer (http://ploetzlich.net/nagle). Puis, je reviendrai jouer à Berlin en octobre.

Cafebabel Berlin: Merci beaucoup pour cet entretien.

Musik zum Reinhören (http://www.freude-am-tanzen.com/en/fat-zig-003/)