[fre] Il aurait dirigé les Femen: un homme "menacé de prison à chaque instant"

Article publié le 12 novembre 2013
Article publié le 12 novembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

D'après le documentaire réalisé par l'Australienne Kitty Green ("Ukraine is Not a Brothel", en français: "L'Ukraine n'est pas un bordel"), l'Ukrainien Viktor Sviatski, 34 ans, aurait dirigé les Femen d'une main de fer pendant des années. Entretien avec  l'avocat Jaroslaw Yatsenko, 26 ans, qui représente à Kiev ce groupe féministe et Viktor Sviatski.

Monsieur Yatsenko, pour quelles raisons Viktor Sviatski, votre client, ne se montre-t-il pas en public ?

Jaroslaw Yatsenko: Il s'inquiète pour sa propre sécurité. Viktor avait accès au bureau des Femen. Il y a deux semaines, la police y a trouvé un pistolet ainsi qu'une grenade. Maintenant, les juges veulent entendre Viktor, qui peut se retrouver accusé de possession illégale d'armes.

Que risque-t-il en cas d'arrestation ?

JY: D'être placé en détention provisoire. Et en Ukraine, cela peut durer plusieurs  années.

Est-il exact que Victor Sviatski était le dirigeant secret des Femen ?

JY: Je n'ai pas le droit d'en parler. J'ai conseillé à mon client de ne s'exprimer en aucun cas sur son rôle dans le groupe Femen.  Tout ce qu'il dirait pourrait en effet se retourner contre lui, dans le cadre des investigations menées sur ces armes.

Sviatski est-il donc recherché par la police? 

JY: Non, pas jusqu'à présent. Mais cela intéresse beaucoup la police de savoir à quel endroit se trouve actuellement Sviatski.  Il pourrait être cité comme témoin pour se faire arrêter tout de suite après son audition.  Les Femen disent que ces armes ont été déposées dans leurs locaux.

Qui peut avoir intérêt, en Ukraine, à faire interdire le groupe Femen ?

JY: Il existe probablement des pouvoirs publics qui essaient de réprimer les activités des Femen. Toute cette perquisition était une farce. Une inconnue a appelé la police pour affirmer qu'il y avait des matières explosives dans le bureau des Femen. Poutant, la police n'a perquisitionné que les locaux des Femen, sans évacuer toute la maison comme cela se serait passé habituellement. Les activistes Anna, Jana et Alexandra ont été détenues par la police pendant cinq minutes. Je crois que les armes ont été déposées dans les locaux à ce moment précis.

Se débarrasser de témoins gênants, est-ce une procédure judiciaire habituelle?  

JY: Une procédure judiciaire similaire a été engagée début 2004 contre Pora, mouvement pour les droits civiques.  A l'époque, on avait également retrouvé des armes dans les locaux de cette organisation. Après cet épisode, celle-ci a complètement perdu de son importance en Ukraine.

Les activistes des Femen Anna Hutsol et Viktor Sviatski ont été tabassés à plusieurs reprises.  Qui sont les auteurs de ces actes?

JY: La police ne les a pas encore retrouvés. En juillet dernier, Viktor a été frappé avec brutalité devant le bureau des Femen.  Anna Hutsol a même été tabassée deux fois en une seule journée. Je crois que ces agressions avaient un lien avec la visite à Kiev du patriarche russe Cyrille, fin juin.

Les Femen soupçonnent les services secrets russes ou ukrainiens d'être impliqués dans ces agressions.

JY: En tous cas, ce groupe a été surveillé. En Ukraine, les services secrets recueillent des informations concernant tous les mouvements pour les droits civiques.

Il y a deux semaines, les activistes Anna Hutsol, Jana Schdanowa et Alexandra Schewtschenko ont fui l'Ukraine. Y voyez-vous des parallèles avec Ioulia Tymochenko, qui a été incarcérée ou encore avec  l'ancien ministre de l'Intérieur  Youri Lutsenko, qui a passé à peine trois années en prison ?

JY: Oui, tout à fait. Ces trois femmes ont fui au dernier moment. Elles risquaient le même sort que Mme Tymochenko. Lorsqu'elles ont été interrogées au commissariat, il y a deux semaines, elles étaient sûr le point d'être arrêtées.  Maintenant, la milice dit qu'elles peuvent rentrer chez elles et qu'il ne leur arrivera rien. C'est de l'hypocrisie. Anna, Jana et Alexandra demanderont l'asile dans un pays de l'Union européenne. Le juge d'instruction en est indigné, bien sûr.

Viktor Sviatski va-t-il quitter le pays, lui aussi ?

JY: Viktor n'est actuellement pas recherché par la police. Il n'a donc aucune raison de le faire. Je lui ai recommandé d'utiliser son droit de ne pas témoigner. Car en Ukraine, un simple témoin peut rapidement devenir un accusé, menacé de prison à chaque instant.

André Eichhofer - l'auteur de cet article -  est un correspondant de  n-ost (http://www.n-ost.org/) pour le magazine ostpol (http://www.ostpol.de/).