[fre] Iden­tity and other mi­gra­tion is­sues

Article publié le 22 janvier 2014
Article publié le 22 janvier 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Je trouve ça difficile à expliquer, mais je n'ai jamais ressenti d'attachement exceptionnel vis-à-vis de ma terre natale. Je fais partie de ces gens qui ne ressentent pas le besoin de se légitimer par le fait d'avoir sa place au sein d'un groupe ou d'un espace physique. L'espace linguistique, par contre, c'est un enjeu complètement différent. Je me souviens avec précision de la première fois que j'ai réalisé qu'il y avait peut-être quelque chose de différent chez moi. Je venais de revenir en Roumanie après une longue période passée à l'étranger, et mon ami riait avec enthousiasme à l'une de mes blagues. A cette période, j'avais déjà l'habitude d'être la seule personne à trouver mes propres blagues drôles. Ce fut sans doute à ce moment-là que j'ai découvert quelque chose de très solide au fond de moi, quelque chose qu'il est compliqué de contextualiser en termes d'identité migrante. Quelque chose d'intraduisible. 

Mais cette altérité ne me dérangeait pas le moins du monde. Dans l'un de ses romans, Milan Kundera compare la façon dont deux personnages envisagent leur affiliation au groupe. L'un de ces personnages, au cours d'une manifestation, marche au milieu de la foule, plein d'enthousiasme, chante des slogans. L'autre reste sur le côté, suffocant à cause du sentiment que le fait de partager ses idéaux avec tant de gens projette ces mêmes idéaux dans la mondanité, en les invalidant complètement. Je suppose que je fais partie de cette seconde catégorie. La position marginale du migrant me va comme un gant. Je ne nie pas l'importance de l'identité nationale, mais je crois que c'est une période que j'ai dépassée depuis longtemps. Après avoir passé près de dix ans au Royaume-Uni, je ne dirais pas que je suis une citoyenne anglaise née roumaine, ni une citoyenne roumaine vivant en Angleterre, mais plutôt quelqu'un qui s'est retrouvé à vivre un certain temps dans les deux cultures.

Dans ces circonstances, la formation d'une identité fluide, hétérogène tant à la mode ces jours-ci semble être parfaitement adaptée à mon cas. Mais les choses sont un peu plus compliquées.

Le 1er janvier 2014, les Roumains et les Bulgares se verront offrir un accès libre au marché du travail du Royaume-Uni. L'impact qu'une nouvelle vague de migrants pourrait avoir sur la société britannique a été débattu à maintes reprises dans les médias au cours de l'année 2013. Malgré les efforts faits pour maintenir l'image d'un envirnnement ouvert et tolérant, la migration, perçue en Grande-Bretagne comme excessive, génère des emportements xénophobes. C'est un cercle vicieux. Et ce n'est pas forcément lié aux Roumains et aux Bulgares ; ils sont le prétexte le plus récent. Ces attitudes ne se manifestent pas non plus aux seules marges de la société, au sein du BNP ou de l'UKIP, dont le leader, Nigel Farage, compare l'arrivée des migrants économiques à une "épidémie de crime roumain". Ces attitudes sont quelque peu généralisées. L'un des exemples les plus visibles et les plus commentés de cette tendance fut très clair, dans les fourgons de Theresa May tristement célèbres "rentrez chez vous ou vous serez arrêtés" destinés aux immigrés illégaux. David Cameron a déclaré dans une interview à la BBC diffusée le 27 novembre 2013, au sujet de sa volonté de limiter l'accès des migrants à la sécurité sociale : "J'ai vu d'autres pays européens prendre une approche plus rude que la nôtre, qui ont repoussé les limites légales plus que nous, et j'ai insisté en tant que Premier ministre afin que nous fassions comme eux ici, en Grande-Bretagne." Le commissaire européen à l'emploi, Laszlo Andor, a décrit les propositions de M. Cameron comme "une sur-réaction inforturnée" produite "en état d'hystérie". 

Cet état de surexcitation a atteint un niveau intéressant ces dernières semaines, si l'on regarde seulement les reportages de la BBC sur le sujet. Il y a eu un peu d'informations et d'analyses au cours de l'année 2013 - en particulier en février et en avril - mais entre le 26 novembre et le 3 décembre 2013, au moins une douzaine de nouveaux supports (de l'actualité, des histoires de Roumanie, des interviews, des débats politiques) ont été diffusés. La majorité d'entre eux transmet, de façon plus ou moins visible, un sentiment d'anxiété vis-à-vis de la nouvelle vague de familles pauvres prenant la route vers la Grande-Bretagne, prêtes à envahir notre salon avec leurs bottes pleines de boue, prêtes à camper sous Marble Arch et uriner sur les murs de Westminster. Peu d'avis présentés dans les médias reflètent le point de vue de l'ancien ministre des affaires étrangères roumain, Dr. Andrei Marga, qui déclarait à la BBC le 10 février 2013 : "nous sommes une famille désormais, au sens large du terme."

Cependant, il ne faut pas transformer cette discussion en débat politique. C'est une discussion au sujet de la légitimation, de l'identité propre de ceux qui quittent leur groupe d'origine.

Un autre événement qui exploita le même thème conceptuel, c'est le Festival du Film Roumain de Londres, organisé par Curzon Soho entre le 28 novembre et le 2 décembre. Une grande partie des films présentés cette année évoquent l'enjeu de l'immigration, discutent de la confrontation à l'altérité radical produite par la rencontre avec l'étranger, le mari ou la femme de l'immigré, dans l'environnement clos et spécifique du village roumain ou dans la communauté à l'ancienne de l'immeuble. Le Chien Japonais (The Japanese Dog), dirigé par Tudor Cristian Jurgiu, comprend Victor Rebengiuc, l'acteur roumain le plus connu de sa génération, qui joue le rôle d'un père digne qui renégocie la relation qu'il a avec son fils, qui revient du Japon pour une brève période, avec sa femme japonaise et son enfant. Je suis une vieille peau communiste (I am an old communist hag), dirigé par Stere Gulea, place le conjoint de la fille, un étranger, dans l'environnement suffocant des barres d'immeubles.

D'autres films problématisent la position duale de l'immigré. Dans Quand la nuit tombe sur Bucharest ou le Métabolisme (When evening fallsefallfffn evening falls onooonon Bucharest  on Bucharest or Metabolismor Met), Corneliu Porumboiu insère un bout de dialogue entre les deux personnages principaux - l'actrice et le directeur - qui se penche sur les espaces accessibles à l'immigré dans une société adoptive. Elle déclare que son rêve était de jouer en France. Il lui demande pourquoi elle n'a pas quitté le pays. Elle répond qu'elle aurait obtenu des rôles dans un registre limité selon le genre de femmes, à cause du fait qu'elle n'appartient pas à cette culture. L'altérité, l'exotisme aurait été trop visible dans son jeu. Il insiste : cette autre, ce personnage bloqué dans l'exotique et le marginal n'aurait pas été elle-même. Prendre de la distance vis-à-vis de ses origines revient à prendre de la distance vis-à-vis de son propre soi ; un processus de doublement qui transforme l'identité et en fait un faux, une copie. Mais l'actrice, avec une compréhension plus sophistiquée de la façon dont la dissimulation, la performance et l'appartenance sont voisines, esquive la rupture. Elle insiste sur le fait que l'espace où l'on vit crée subrepticement des racines en soi. Elle le formule simplement : tôt ou tard, on se laisse aller avec le flux ; nager à contre-courant est chaotique et ne veut rien dire. La communication, l'appréciation de son propre reflet dans les autres offre un sentiment de légitimité. En fin de compte, cette identité interprétée avec et par les autres génère un sentiment de cohérence, d'appartenance à un certain environnement.Returning to the marginal lucidity of the migrant, we ask: what destabilizes the coherence of this heterogeneous identity? It might be the moment when positive, affirmative identity politics (I am both Romanian and English) replace a negative formula (I am neither Romanian nor English).  And what else is this but a moment of over-investment in this concept of belonging? In other words, of love. Therefore, we shall all repeat out loud: I am Nigel Farage; I am the Romanian who washed his socks in the fountains of Marble Arch.

Returning to the marginal lucidity of the migrant, we ask: what destabilizes the coherence of this heterogeneous identity? It might be the moment when positive, affirmative identity politics (I am both Romanian and English) replace a negative formula (I am neither Romanian nor English).  And what else is this but a moment of over-investment in this concept of belonging? In other words, of love. Therefore, we shall all repeat out loud: I am Nigel Farage; I am the Romanian who washed his socks in the fountains of Marble Arch.Returning to the marginal lucidity of the migrant, we ask: what destabilizes the coherence of this heterogeneous identity? It might be the moment when positive, affirmative identity politics (I am both Romanian and English) replace a negative formula (I am neither Romanian nor English).  And what else is this but a moment of over-investment in this concept of belonging? In other words, of love. Therefore, we shall all repeat out loud: I am Nigel Farage; I am the Romanian who washed his socks in the fountains of Marble ArchReturning to the marginal lucidity of the migrant, we ask: what destabilizes the coherence of this heterogeneous identity? It might be the moment when positive, affirmative identity politics (I am both Romanian and English) replace a negative formula (I am neither Romanian nor English).  And what else is this but a moment of over-investment in this concept of belonging? In other words, of love. Therefore, we shall all repeat out loud: I am Nigel Farage; I am the Romanian who washed his socks in t fountains of Marble ArchPdddPouPour en revenir à la lucidité marginale de l'immigré, nous posons la question : qu'est-ce qui déstabilise la cohérence de cette identité hétérogène ? Ca peut être l'instant où des politiques positives et affirmatives (je suis à la fois Roumaine et Anglaise) remplacent une formule négative (je ne suis ni Roumaine ni Anglaise). Et qu'est-ce donc, sinon un surinvestissement dans la notion d'appartenance ? Dans d'autres termes, d'amour. C'est pourquoi il nous faut tous répéter à voix haute : je suis Nigel Farage ; je suis le Roumain qui lavait ses chaussettes dans les fontaines de Marble Arch.