[fre] Food waste: comment (ne pas) gaspiller la nourriture et les ressources

Article publié le 20 janvier 2016
Article publié le 20 janvier 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Nous produisons de la nourriture pour la transformer en déchets. Comment réduire ce gâchis?

Gaspillage alimentaire, food losses et food waste: ce sont des produits alimentaires qui vont être éliminés, perdus, dégradés durant n'importe quelle phase de la chaîne d'approvisionnement, du champ jusqu'à nos maisons. Des pertes plus ou moins évitables qui se déterminent au sommet de la chaîne, de véritables gaspillages qui arrivent durant la transformation, la distribution et la consommation finale. Il ne s'agit pas seulement de nourriture inadaptée ou périmée, mais aussi d'aliments frais, que l'on peut manger. C'est difficile d'avoir une idée uniforme et précise du phénomène. En 2011, la FAO (Food and Agriculture Organization) a estimé le gaspillage alimentaire à 1,3 millards de tonnes, ce qui correspond à environ un tiers de la production totale de nourriture destinée à la consommation humaine. 

Un gaspillage de nourriture. Un gaspillage de ressources

Le gaspillage n'est pas seulement une question éthique ou économique. Il s'agit d'un réel problème environnemental. Cela signifie : utiliser des ressources, comme utiliser de l'eau, exploiter du terrain, contribuer à la désertification ou à la déforestation, produire de grandes quantités de CO2 (Pour la production et l'élimination); polluer et exiger des ressources, pour ensuite jeter une partie de la production. Assurément, ce n'est pas là une utilisation efficace des ressources de la planète, qui sont fondamentales pour notre subsistance. Pour prendre en compte l'impact environnemental du gaspillage alimentaire, il faut tenir compte de tout le cycle de vie de l'aliment, de la production à l'élimination...Car effectivement, ce gâchis pèse beaucoup dans l'impact écologique.

Où et pourquoi gâchons-nous cette nourriture?

Nous“perdons” de la nourriture tout au long de la chaîne d'approvisionnement: de la première phase de production dans les champs en passant par celles de la transformation et de la distribution, jusqu'à la consommation finale. Les causes sont multiples: limitations des techniques agricoles et de stockage, raisons économiques, intérêt majeur ou mineur dans la récolte d'un produit, standards esthétiques, prévisions faussées de la demande… Mais certains de nos goûts, choix de consommation et habitudes peuvent également amener à des gaspillages. Une bonne partie du gâchis se déroule au sein de nos maisons : une mauvaise conservation ou interprétation des dates de péremption, sans parler des achats en excès... 

Réduire les gaspillages, réutiliser et recycler

L'étape la plus importante est bien sûr celle de réduire les gaspillages, et à cela peut suivre une récupération et une réutilisation efficace de ces derniers, par exemple en les redistribuant. En dernier lieu, on devrait gérer les déchets alimentaires de manière à ce qu'ils puissent produire de l'énergie verte. Cela veut dire une révision de la filière de production ainsi que du système de distribution et de ses règles. Chaque acteur de la filière a un rôle dans la prévention du gaspillage, mais aussi dans la restitution de sa valeur à la nourriture. 

Mais ce n'est pas toujours la faute des technologies de stockage, du type d'agriculture, ou encore des choix politiques qui se cachent derrière la production agro-alimentaire : nous trouvons une partie du gâchis des aliments dans les poubelles des supermarchés, dans celles commerçants, ou encore dans les bennes à ordures des restaurants et, sans aller très loin, dans nos poubelles de cuisine. En laissant de côté tout ce qui serait nécessaire pour réformer la filière agro-alimentaire, il reste toutefois quelques possibilités pour réduire les gaspillages, dans le cadre d'actions qui peuvent chaque jour nous concerner directement.

En partant du bas – ou sous l'impulsion venant d'institutions – de nombreuses  pratiques, plus différentes les unes que les autres, sont en train de se diffuser: la vente de produits dont la date de péremption est proche à prix réduit, ramener à la maison ce que l'on n'a pas fini de manger au restaurant, distribuer les excédents, diffuser une manière de consommer plus équilibrée, lire avec attention les dates de péremption et ne pas choisir les aliments en se basant uniquement sur leur aspect esthétique. Dans ce domaine, l'exemple des freegans – des collecteurs de nourriture ayant été généralement écartée des marchés et jetée dans les bennes des supermarchés – est significatif :  il nous oblige à regarder comment notre société produit plus pour gaspiller plus. Les pratiques du partage se diffusent toujours davantage, comme par exemple celles des frigos sociaux ou la communauté du foodsharing (À Turin également, comme dans de nombreuses villes européennes), avec l'objectif de créer un réseau de personnes collaborant pour récupérer de la nourriture et mettre celle-ci à la disposition de la communauté. Des fruits et des légumes mis à l'écart lors du marché, cueillis et partagés. 

Parmi les diverses initiatives mises en place à Turin concernant le gaspillage alimentaire, il y en a une qui a connu un grand succès et qui se diffuse actuellement à vitesse grand V. En observant le problème du gâchis du point de vue du commerce local et de la rencontre de l'offre avec celle de la demande, on a développé  LastMinuteSottoCasa (LMSC): c'est une application, imaginée par Francesco Ardito, qui met en contact des commerçants – ayant un surplus d'aliments à la fin de la journée – avec des consommateurs résidant dans la même zone. L'initiative est née dans un quartier de Turin, mais est déjà en train de s'étendre dans toute l'Italie, et dépassera certainement les frontières nationales. Il s'agit d'un "mégaphone digital" pour les commerçants, permettant également de réorganiser l'économie locale et de "sauver" jusqu'à 2 tonnes de nourriture chaque mois. De manière parallèle, c'est aussi un instrument intuitif. Les clients indiquent lors de leur inscription quel type de magasin les intéresse et la longueur du parcours qu'ils sont prêts à effectuer. En échange, ils reçoivent les offres des commerçants.  C'est un système win win (Gagnant-gagnant) : le marchand – qui vend et amplifie sa clientèle – gagne autant que le consommateur, qui achète à un prix réduit. Nous ne sommes pas perdants à tous tirer "Profit" pour avoir évité un gaspillage supplémentaire. Les initiatives comme LMSC ouvrent la voie à une idée de consommation différente.