[fre] Festival Fringe d'Edimbourg 2013: l'absurde jovialité de titus andronicus

Article publié le 18 septembre 2013
Article publié le 18 septembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Alors que je jetais un oeil au synopsis de la tragédie Shakespearienne que je m'appretais à aller voir, mon coeur se serra . Note pour moi même : se rensiegner sur les pièces avant de prendre des billets. Réfléchir à deux fois avant d'aller voir des spectacles où la majorité des personnages finissent violés, mutilé ou mort – voir les trois à la fois. Heureusement pour moi, j'avais déjà

 La version de Titus de la compagnie exclusivement féminine Smooth Faced Gentlemen, présentée au  festival d' Edimburg  fringe est une des tragédies les plus stupéfiantes que j'ai jamais vues– et certainement la plus drôle. La compagnie se délecte de la joyeuse absurdité qui règne dans la pièce. Les nombreux sous-entendus que Shakespeare y a semé sont mis à jour avec de grands effets - l' interprétation de maître de Vivienne Acheampong de la toute première blague avec ‘ta mère" remporte des applaudissements bien mérités.  Ce n'est donc pas une surprise d'apprendre que le metteur en scène Yaz Al-Shaater   a un passé d'acteur comique. ‘Si vous faites rire le public, vous le rendez actif,’ me dit-il avec un enthousiasme de vainqueur.

En effet, avec un équilibrisme si réussi qu'on le remarque à peine , le spectacle évite le piège de tomber dans la farce pure ou de mettre en retrait les éléments tragiques de Titus. L'hilarante scène dans laquelle  Tamora, reine des Goths (jouée par une des trois (seulement) actrices de la pièce), se déguise en la ‘Revanche’ trouve son contrepoint dans son amer chagrin à la mort de son fils aîné. De même, l'extase initiale des scènes de combat se change en une horreur grandissante lorsque la mort survient , accompagnée par un chant atonal à cappella chanté par la compagnie.

Etant donné que seulement trois comédiennes sont sur scène, les scènes de combat représentent un pivot du spectacle. ‘J'ai réfléchit à beaucoup de solutions pour le problème du sang’ fait remarquer Yaz. ‘Cela revient toujours à la question du naturalisme ou du symbolisme. Je ne voulais pas avoir à prendre cette décision’ La solution? Des pinceaux et beaucoup de peinture rouge à l'eau. (Une des premières proposition a été d'utiliser du ketchup, mais cette idée a été abandonnée à cause de l'odeur...) Cela fonctionne remarquablement bien–  cela évite la tentation naturaliste du sang et des épées qui se croisent, qui ne sonne généralement pas juste. En même temps, les grandes giclées de rouge représentent bien la brutalité de la pièce, en particulier dans le cas de  Lavinia, dont les mains et la langue sont coupées pour qu'elle ne donne pas le nom de son violeur , ses bras et sa bouche ensanglantées semblent horriblement réels.

Etonnamment, le fait que les boulversants personnages masculins soient tous joués par des femmes s'impose naturellement dans la performance. De l'adolescent fanfaron, frère de Chiron et Demetrius au réservé Titus, le jeu corporel des actrices  est tout à fait crédible tout au long de la piècet. ‘C'est incroyable ce que de simples chaussettes par dessus un pantalon peuvent faire,’ rit la comédienne et directrice artistique Ashlea Kaye.

En effet, alors que certaines remarques sur les genres sont faites au cours de la pièce, cela ne devient jamais le point central du spectacle. ‘Il s'agit juste de donner à des femmes de vrais grands rôles,’ explique Vivienne. ‘En tant que femme, et en tant que femme noire je n'aurais jamais eu la chance de jouer d'aussi grands rôles classiques dans une compagnie normale. Il ne s'agit pas de clamer "Je suis une femme". Mais ‘Je suis une actrice.’' Après avoir vu la performance de Smoothed Face Gentlemen , personne ne peut émettre de doutes sur ces jeunes femmes.