[fre] Exposition photographique à Berlin: instants éternels

Article publié le 9 février 2016
Article publié le 9 février 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Eclat, glamour et rébellion: à la Willy-Brandt-Haus (Berlin) se tient l'exposition Der ewige Augenblick / Papas Kino ist tot. Des oeuvres de Digne M. Marcovicz, photographe portraitiste et réalisatrice de documentaires, ainsi que des morceaux choisis de l'oeuvre du réalisateur avant-gardiste Hansjürgen Pohland. Une bonne occasion pour explorer le cinéma allemand, même en dehors de la Berlinale.

Un instant est avant tout éphémère. A peine a-t-on conscience de soi-même que cet instant n'existe plus, il ne se répètera pas, il fait partie du passé. Et, malgré tout, Digne M. Marcovicz, l'une des photographes portraitistes les plus connues d'Allemagne, a ainsi intitulé son album sorti en 2012: Der ewige Augenblick [en français: L'instant éternel]. A la Willy-Brandt-Haus de Berlin se tient maintenant une exposition éponyme, où sont présentées des photographies de cet album, ainsi que des documentaires réalisés par Digne M. Marcovicz. 

Authenticité, proximité et personnalité 

En Digne M. Marcovicz, qui est décédée en 2014, a expliqué dans une interview accordée au journal Taz qu'elle voulait en réalité devenir actrice. Mais cela était "trop précaire et onéreux". Voilà comment cette Berlinoise, née en 1934 et de confession juive, est devenue photographe. Travailleur indépendant pour l'hebdomaire Der Spiegel, Digne M. Marcovicz a couvert la vie culturelle de la République fédérale d'Allemagne des années soixante aux années quatre-vingts. Tous les plus grands noms, comme l'écrivain Günter Grass, passaient devant l'objectif. Digne M. Marcovicz avait une relation particulière avec le cinéma: en coulisses, elle photographiait, entre autres, Hanna Schygulla, actrice et muse de Fassbinder (Le mariage de Maria Braun), et le réalisateur Volker Schlöndorff (Le tambour).

Digne M. Marcovicz tenait toujours à transmettre une histoire par ces images. Ce qui comptait pour elle était l'authenticité, la proximité et la personnalité. Ses photographies sont d'une clarté séduisante, elles fixent l'instant et en disent ainsi beaucoup plus que ce moment fugace.

L'Allemagne, toujours et encore

Même si Digne M. Marcowicz n'a pas interprété elle-même de rôles en tant qu'actrice, elle rêvait toujours de faire du cinéma. Dans une interveiw accordée au magazine Konkret, la photographe racontait ses souvenirs:   "En 1979, je suis allée représenter l'Allemagne au salon du livre de Moscou avec le rédacteur en chef du magazine "Börsenblatt", et c'est lors de ce voyage que j'ai filmé des choses pour la première fois, avec une caméra Super 8 petite comme ça, et qui n'avait pas de son. J'ai ensuite tout appris sur le tas, un collègue m'a expliqué comment marchait la caméra. J'ai aussi moi-même effectué des montages (…)." Learning by doing [en français: L'apprentissage par la pratique]. Peu de temps après, Digne M. Marcovicz a osé se lancer dans des projets filmiques personnels, en tournant des documentaires. Il est désormais possible d'en découvrir quelques-uns en allant voir l'exposition qui se tient à la Willy-Brandt-Haus.

Digne M. Marcovicz a toujours vécu à l'étranger: en Italie, en Israël. Et pourtant, elle a voulu revenir dans son pays natal, en Allemagne, à l'endroit où sa famille a tellement souffert. En 1942, son père et sa demi-soeur furent arrêtés et exécutés pour actes de résistance (ils faisaient partie du réseau L'Orchestre rouge). Pour préparer son livre  Massel. Letzte Zeugen [en français: Chance. Derniers témoins], sorti en 2007, Digne M. Marcovicz a rencontré des survivants de l'Holocauste, donc des personnes qui avaient eu de la chance. Les êtres humains ont toujours occupé la place la plus importante pour Digne M. Marcovicz - que ce soit dans ses photographies, ses documentaires ou ses livres. Elle en a capturé l'essentiel, et ce qui était éphémère a été immortalisé.

Papas Kino ist tot [en français: Le cinéma de papa est mort]

Parallèlement à Der ewige Augenblick se tient à la Willy-Brandt-Haus l'exposition Papas Kino ist tot - Films de Hansjürgend Pohland et photographies inédites de Will McBride, Michael Marton, Jean-Gil Chodziesner-Bonne. Y sont présentés (entre autres): des photographies inédites, des extraits de scénarios et des affiches de films réalisés par Hansjürgen Pohland, décédé en 2014, qui était un éminent représentant du Nouveau Cinéma Allemand, controversé et friand de nouvelles expériences. Les photographies sont de Will McBride, Michael Marton et Jean-Gil Chodziesner-Bonne; elles ont été prises au cours des années soixante, pendant qu'étaient produits Katz und Maus [en français: Chat et souris], Tobby et Das Brot der frühen Jahre [en français: Le pain des années d'avant], films de Hansjürgend Pohland. 

Le titre de l'exposition Papas Kino ist tot est tiré d'un manifeste (également appelé Oberhausener Manifest), publié en 1962 par Hansjürgen Pohland, avec la participation d'autres fous de cinéma: il y exigeait une rupture avec les rapports existants de production, et que prenne fin la léthargie - Papas Kino ist tot est devenu le manifeste du Nouveau Cinéma Allemand. Il y est écrit: "Ce nouveau cinéma a besoin de nouvelles libertés. De la liberté face aux conventions habituelles. De la liberté face à l'influence des partenaires commerciaux. De la liberté face au paternalisme des groupes d'intérêts." Et une brise de rébellion traverse la Willy-Brandt-Haus.

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Les expositions sont ouvertes au public du 5 février au 11 mars 2016 à la Willy-Brandt-Haus de Berlin, du mardi au dimanche (de 12 heures à 18 heures). Entrée gratuite, se munir d'une pièce d'identité.