[fre] “Etre une personne de couleur non-conforme du genre dans la communauté LGBTQIA est terrifiant” dit Alok Vaid-Menon

Article publié le 28 juin 2017
Article publié le 28 juin 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Alok Vaid-Menon (ille/ul) est um écrivain, animateus et artiste de scène. Mardi dernier, ille s’est rendu à “Le Space”, Bruxelles, pour presenter “Femme en public”, une performance poétique dans laquelle ille partage ses experiences en tant que femme de couleur. Cafébabel était là pour lu rencontrer…

(N/B: glossaire des pronoms et orthographes neutre: “Petit dico français neutre et inclusif”)

Dans sa performance, Alok explique qu’ille est actuellement en tournée non pas pour ille, mais pour nous qui sommes cisgenre. Pour que nous questionnions notre comprehension du genre et des races et de la façon dont nous intériorisons une culture qui “déteste les gens comme [ul]”.

Pendant deux heures, Alok vous fait rire (des fois parce qu’ille dit quelque chose de drôle, des fois comme un mécanisme de défense parce que ce qu’ille dit vous fait vous sentir coupable), pleurer et réfléchir. Cafébabel a eu la chance de pouvoir ul poser quelques questions.

Cafébabel: Est ce que vous vous définiriez  en tant qu’activiste? Est ce que vous avez l’impression que, étant non-conforme du genre, vous n’avez au final pas le choix (i.e faire son coming out en tant que non-conforme du genre est un acte d’activisme)?

Alok: Je pense que nous avons tendance à croire que s’occuper des gens, se préoccuper de l’environnement et croire que personne ne devrait avoir a souffrir, de “l’activisme”. Mais ces choses ne devraient pas être politique, elles devraient être fondamentales. Je veux un monde où nous aurions tous les même chances. Je veux un monde où des choses comme le “genre” et la “race” et les “handicapes” ne seraient pas des entraves à la joie, la sûreté et la satisfaction des gens. Est ce que cela fait de moi um activiste ou simplement um être humain?

Et oui, malheureusement nous vivons dans un monde où la tranchée entre les genres est telle que le simple fait que j’existe et écrive est déjà politisé parce que les voies et perspectives telles que les miennes ont été forcées au silence.

Cafébabel: Est ce que vous pouvez expliquer comment, à votre avis, le genre et la race sont reliés?

Alok: Le genre est un concept racial. Il ne pourrait pas y avoir de chose appelée “genre” s’il n’y avait pas de chose appelée “race” et vice versa. Les gens pensent qu’une race n’est présente que quand des corps de couleurs sont presents. Mais la vérité est que la race est toujours présente. De manière historique, le “genre”, et spécifiquement la dualité du genre ( la notion qu’il n’y a que deux genres: male et femelle, et que ces genres s’opposent de manière inhérente.), ont été imposés par les projets de colonisations blanc sur les populations indigènes du monde. Avant l’intervention des colonisateurs (et encore aujourd’hui dans beaucoup de contextes culturels), des peuples reconnaissaient l’existence de plusieurs genres et de façons fondamentalement différente de les comprendre. Cette idée qu’il n’y a toujours eu que deux genres réconforte une certaine vue du monde occidentale/blanche/Judéo-Chrétienne.

Cafébabel:  Dans le passé, vous avez expliquez qu’à votre sens, plus de visibilité pour les trans n’a pas aidé les personnes non conforme du genre à se sentir plus en sécurité. Que devrions nous faire pour arrêter les violences anti-trans?

Alok: Il y a tellement de choses que nous pourrions faire pour arrêter les violences anti-trans aujourd’hui. En voilà quelques unes, et cette liste est non-exhaustive: 

1) Lever des fonds et faire des donations à des organisations menées par des trans et à des activistes qui se concentrent sur les personnes transgenre. La plupart des organisations “LGBT” ne se préoccupent que des besoins des personnes cisgenre blanches, alors que les trans et les personnes non conforme du genre font le plus les frais des violences.

2) Tenir les institutions, organisations et mouvements responsable d’avoir perpétué des sentiments et violences anti-trans dans leur travail supposément progressifs. Recentrer le leadership des personnes trans dans tout les mouvements, pas seulement ceux pour la justice des genres.

3) Activement travailler à defier la pensée genré à tout les niveaux. La premiere question que l’on pose ne devrait pas être “Est-ce un petit garçon ou une petite fille?” mais “est ce que le bébé est en bonne santé?”. Ne présumez pas du genre ou des pronoms de quelqu’un sans demander d’abord. Créez une culture ou les gens peuvent vous dire eux meme qu’ils/elles/iels sont.

4) Aidez des personnes trans aujourd’hui meme. Beaucoup de trans sont sans logements, en prison, détenus, déportés, exilés et ont besoin de ressources maintenant. Aider des personnes trans ne peut pas seulement se réduire à poster des status Facebook, ça doit aussi être une mobilisation des ressources et des mesures pour améliorer leur qualité de vie.

Cafébabel: Que pensez vous du féminisme?

Alok: C’est une énorme question. Je ne pense pas qu’il y ai un seul féminisme, je pense qu’il y a beaucoup de féminismes différents. Le féminisme le plus dominant à tendance à seulement être pour et par des femmes blanches, cisgenres et hétérosexuelles, mais il y a eu et il y a encore du transfeminisme et du féminisme par des femmes de couleurs, qui se centrent sur la violence et la brutalité contre les trans et les personnes de couleur non-conforme du genre. Ce sont ceux là auxquels je crois et dont j’apprends le plus.

Cafébabel: Qu’est ce que cela fait d’être une personne non-conforme du genre et de couleur dans la communauté LGBTQIA?

Alok: C’est terrifiant. C’est de se voir renier son existence, son histoire, même le simple fait d’être. C’est de subir les repercussions pour tout les autres et que ce ne soit jamais reconnu (voir même de s’entendre dire qu’on en est responsable). C’est de toujours être le problème: trop visible, trop bruyant, trop compliqué. C’est de toujours être “trop”.

Cafébabel: Comment est ce que les personnes cisgenre peuvent elles être des alliés?

Alok: En reconnaissant qu’il n’existe pas de problèmes trans, seulement des personnes cisgenre qui ont des problèmes avec les trans. Les trans n’ont pas besoin de “s’affirmer”, les cisgenre ont besoin d’être éduqués. On devrait se concentrer sur le travail à faire avec d’autres cisgenres pour changer leurs manières de penser et de faire qui exclus les trans et ne voit qu’une dualité des genres.