[fre] E-démocratie : un pont entre l'Union européenne et ses citoyens.

Article publié le 21 juin 2017
Article publié le 21 juin 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans un monde de plus en plus numérisé, la démocratie doit s'adapter. Pour combler le fossé entre les citoyens et leurs gouvernements, et encourager la participation citoyenne au sein du processus démocratique, les États membres de l'UE expérimentent des instruments de démocratie électronique. Elisa Lironi, Responsable de la démocratie numérique de ECAS, a fait part à EU-logos de son opinion.

EU-Logos : Pour quelle raison certains pays en Europe ont une approche différente de la démocratie électronique (e-démocratie) ?Why do some countries across Europe have different approaches regarding e-democracy? 

Elisa Lironi : Les gouvernements commencent à mettre en oeuvre des mécanismes de démocratie électronique pour des raisons différentes et chaque cas mérite d'être analysé. Par exemple, en 2010 l'Islande se remettait d'une lourde crise financière et alors que son appareil politique et économique traversait une grande crise de légitimité, le Parlement et le Premier ministre (de l'époque) ont proposé d'expérimenter le crowdsourcing pour la réécriture de la Consitution islandaise. La mise en place de la démocratie électronique a donc été une façon pour le gouvernement islandais de regagner la confiance des citoyens.

La Finlande, quant à elle, est un pays à la pointe de la technologie, où l'accès Internet haut débit est un droit légal, c'est donc dans ce contexte que le gouvernement a adopté la Nouvelle Loi sur l'Initiative Citoyenne ; et une plateforme de participation électronique a été mise en place à cet effet.

EU-Logos : Les cyberattaques sont-elles un obstacle pour l'évolution de la démocratie électronique dans certains États membres ?

Elisa Lironi : Oui, bien sûr car beaucoup de personnes n'ont toujours pas confiance dans les services et outils en ligne, et ont peur, par exemple, que leurs données puissent être volées ou que des informations puissent être utilisées contre elles. Les cyberattaques renforcent ce sentiment et ralentissent la progression de la participation électronique.

EU-Logos : Quelles sont les mesures déjà en place au niveau européen, concernant la démocratie électronique ?

Elisa Lironi : Au niveau institutionnel, l'Initiative Citoyenne Européenne (ICE) dispose d'un solide volet en ligne, elle peut donc être considérée comme un outil de démocratie électronique au niveau européen. Les consultations publiques en ligne de l'UE font également partie des mesures prises, mais les questions posées sont assez spécifiques et ce sont donc surtout les experts des domaines concernés qui participent, plus que les citoyens.

Parmi les autres mesures prises au niveau européen en faveur de la démocratie électronique, il y a la participation électronique à des projets co-financés par la Commission et mis en place par des organisations (comme ECAS – European Citizen Action Service) ; mais ce sont généralement des projets à court terme, qui se poursuivent rarement au-delà. Certains députés européens ont également créé de leur propre initiative des plateformes pour communiquer avec leurs concitoyens.

EU-Logos : La première mesure concrète dans ce domaine devrait-elle être prise au niveau national ou européen ?

Elisa Lironi : Je pense aux deux. Il y a déjà beaucoup de mécanismes de démocratie électronique qui ont été appliqués au niveau local et national et il est certainement possible d'apprendre de ces expériences au niveau européen. Mais l'UE est aussi différente donc elle devrait commencer à expérimenter par elle-même des outils de participation électronique pour en évaluer le potentiel et les défis qu'ils posent.

EU-Logos : Les mesures nationales seraient-elles soutenues par l'UE ou bien leur mise en oeuvre dépendrait de la volonté des États membres ?

Elisa Lironi : Je crois que les mesures nationales dépendent surtout du bon vouloir des États membres, même si cela n'exclue pas le fait que l'UE peut les soutenir ou servir de modèle en ayant recours elle-même à des mécanismes de démocratie électronique.

EU-Logos : La démocratie électronique pourrait-elle rendre les consultations publiques plus faciles pour les citoyens ? Pensez-vous que ces consultations soient contraignantes ?

Elisa Lironi : Les consultations publiques en ligne font déjà partie intégrante de la démocratie électronique. L'attention devrait être portée sur la question de savoir dans quelle mesure ces consultations sont inclusives et représentatives ? Les consultations sont faites pour consulter et elles n'ont pas à être contraignantes, mais il est important de donner suite aux participants, pour leur expliquer très clairement comment leurs contributions seront prises en compte et quel type d'impact la consultation aura sur les décisions politiques. Il est extrêmement important de répondre aux attentes des participants.

EU-Logos : Pensez-vous que cela pourrrait contribuer à raviver l'intérêt des citoyens pour les politiques européennes ?

Elisa Lironi : Vous aurez toujours des gens qui ne seront pas intéressés ou qui ne voudront pas s'engager, mais le problème c'est d'arriver à fournir les bons outils aux personnes qui veulent participer. Je pense que les TIC (technologies d'information et de communications) peuvent contribuer de manière forte à améliorer la démocratie car les outils de participation électronique peuvent rendre la démocratie plus efficace et favoriser son expansion (il vous suffirait d'avoir Internet pour pouvoir participer à l'élaboration de la politique). Bien sûr, les outils en ligne sont toujours complémentaires des outils traditionnels et ne devraient pas les remplacer.

EU-Logos : Est-il possible de transposer cet idéal de démocratie électronique en instruments utiles pour l'UE ?

Elisa Lironi : L'UE devrait adopter ces nouveaux mécanismes en ligne pour toucher les citoyens et leur permettre de participer aux processus de décision. Pour beaucoup de personnes, les politiques traditionnelles, basées sur les élections, ne suffisent plus. Beaucoup de jeunes notamment, utilisent les technologies pour s'exprimer sur des sujets qui leur tiennent à coeur et préfèrent avoir un contact plus direct avec leurs décideurs.

L'UE devrait faire deux choses : en premier lieu, mieux exploiter la technologie pour comprendre ce que les citoyens expriment dans leurs contributions en ligne, et voir comment cela peut contribuer à améliorer la politique européenne. Deuxièmement, recourir d'avantage aux plateformes de participation électronique pour permettre aux citoyens de s'exprimer et de peser sur les politiques.

Cet article a été rédigé par Margaux Etienne et Sabrina Terentjew et publié sur le site de EU Logos Athena