[fre] Droite vs gauche: mise en garde du ministre néerlandais du Travail face aux migrations de main-d'oeuvre en provenance de Bulgarie et de Roumanie

Article publié le 6 novembre 2013
Article publié le 6 novembre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

"Seul le populiste de droite Geert Wilders peut, aux Pays-Bas, attiser les craintes face à l'immigration des pays d'Europe de l'Est": idée fausse, désormais. Le social-démocrate Lodewijk Asscher, ministre des Affaires sociales et du Travail depuis l'automne dernier, a mis en garde les centristes face aux retombées négatives de l'immigration imminente de Bulgares et de Roumains à partir de 2014.

A partir de 2014, les Roumains et les Bulgares pourront accéder librement au marché du travail en Union européenne. Pour cette raison, dès  janvier prochain, il faudra s'attendre à une arrivée massive de main-d'oeuvre bon marché des pays d'Europe de l'Est qui privera de travail les citoyens des anciens pays de l'Union ayant un faible niveau d'études. Tel est le scénario apocalyptique imaginé par Asscher dans sa lettre ouverte, avec la participation du Britannique David Goodhart, directeur de la cellule de réflexion Demos.  "Bruxelles ne réalise pas encore suffisamment l'urgence de ce  problème. C'est pourquoi nous demandons expressément à nos homologues européens  de bien vouloir inscrire ces aspects négatifs de la libre circulation des travailleurs à l'ordre du jour pour aborder ce problème ensemble", disent les auteurs.

LES DIGUES SONT SUR LE POINT DE SE ROMPRE

Il est temps de lancer une alerte orange. Ce code d'alarme est envoyé aux Pays-Bas lorsque l'eau des fleuves atteint un niveau alarmant. "Nous devons faire attention", écrivent Asscher et Goodhart, "à certains endroits, les digues sont sur le point de se rompre."

Dès mars 2013, le social-démocrate Asscher  avait expliqué,  dans une lettre adressée à la Deuxième Chambre des Etats généraux  des Pays-Bas, qu'il allait organiser après l'été un sommet européen sur le thème des migrations de main-d'oeuvre. "Nous devons veiller à ce que les problèmes ne s'aggravent pas à cause d'une montée par trop imminente du nombre de migrants. C'est d'autant plus important que les frontières s'ouvriront pour les travailleurs bulgares et roumains en 2014."

Goodhart aussi étudie la question des migrations de main-d'oeuvre depuis déjà longtemps. En avril 2013, il a publié le livre The British Dream: Successes and Failures of Post-war Immigration. Il y explique que des  taux élevés d'immigration  affaiblissent la solidarité nationale et peuvent représenter une menace pour les idéaux sociaux-démocrates au sujet de l'Etat-providence. Goodhart y  préconise une limitation de l'immigration tout en mettant l'accent sur l'intégration des immigrés déjà établis. Ce livre a fait l'objet de controverses avant sa parution.

Geert Wilders

De même, la lettre ouverte qui vient d'être publiée n'a pas été applaudie à l'unanimité. Le ministre bulgare du Travail  Hasan Ademov a déclaré au journal Presa: "Mon homologue se trompe". La Bulgarie et les Pays-Bas  auraient "signé un accord bilatéral qui définit les mécanismes de contrôle du marché du travail dans les deux pays." Ceci ne concernerait pas le travail au noir, qui est une des craintes d'Asscher et de Goodhart. Et Ademov de comparer les déclarations d'Asscher à  celles "de son compatriote d'extrême-droite Geert Wilders". Ce dernier avait, l'an passé,  ressenti de vives inquiétudes quant à la situation des relations diplomatiques, lorsque son parti a lancé  un site Internet ouvert à tous  afin de rassembler les plaintes concernant les citoyens d'Europe centrale et de l'Est.

A cette époque, dix ambassadeurs, affectés aux Pays-Bas et venant de Pologne, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie ainsi que d'autres pays d'Europe de l'Est,  avaient rédigé une lettre ouverte adressée à la Deuxième Chambre des Etats généraux. Ils y ont qualifié de "dénigrant" le fait que le site Internet du PVV ne soit accessible qu'à un certain groupe de personnes. La Commission européenne, elle aussi, avait vivement comdamné ce site Web, en demandant au ministre-président  Mark Rutte de se retirer officiellement. La députée européenne Renate Weber, de Roumanie, est la première à avoir exprimé cette demande.

ENTERRONS LE CADAVRE

Asscher apparaît bien moins souvent dans les médias. Au Pays-Bas, l'écrivain Arnon Grunberg, dans un petit commmentaire également paru dans le Volkskrant,  a critiqué le manque d'engagement de Asscher et Goodhart en faveur de propositions concrètes. D'autres faits,  démontrant les effets néfastes de ces migrations de main-d'oeuvre, n'auraient pas été mentionné par ces auteurs.

Grunberg émet une critique, mais il fait cependant partie d'une minorité. Le journal De Volkskrant a intégré un sondage sur son site, juste à côté de la lettre d'Asscher. Sur 5.074 personnes, 83% ont approuvé la thèse suivante: "Préserver les droits des travailleurs néerlandais à faible niveau d'études face à l'arrivée massive d'Européens de l'Est". Le fait qu'un social-démocrate ait affirmé cela ne semble guère susciter de l'irritation. Les commentaires semblent plutôt démontrer le contraire: "En exprimant sa prise de position, le PvdA, enfin,  s'engage à nouveau en faveur des travailleurs néerlandais."

Peu de personnes semblent se souvenir que la lutte contre tout nationalisme faisait partie des principes fondamentaux des sociaux-démocrates. Ce que rappelle Grunberg  lorsqu'il demande, pour plaisanter: "Les âmes damnées de notre planète n'auraient-elles le droit de se réveiller que pour aller à Zevenaar ? Et pourquoi pas à l'Est, aussi ?" Grunberg conclut en disant: "Si c'est cela la social-démocratie aux Pays-Bas, j'ai envie de dire: Enterrons le cadavre, avant qu'il ne commence à exhaler une mauvaise odeur."