[fre] "Délivrez-moi" : l'exorcisme populaire comme vous ne l'avez jamais vu.

Article publié le 10 octobre 2016
Article publié le 10 octobre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Oui, nous parlons d'exorcisme, mais pas celui de l'horreur et encore moins celui d'un film imprégné de scepticisme. Il s'agit d'un documentaire original qui a permis à Federica Di Giacomo de remporter le prix de la section Orizzonti du 73ème Festival du Cinéma de Venise (depuis 2004, les films sont présentés dans le cadre de quatre sections). 

Ce 73ème Festival International de Cinéma de Venise n'a pas seulement désigné le vainqueur du Lion d'Or, mais aussi celui de l'Orizzonti, section du festival dédiée aux nouveaux courants du cinéma mondial.

Le vainqueur est le documentaire de Federica Di GiacomoLiberami, sur le thème épineux de l'exorcisme. Mais dans ce cas,  il n'y a pas du tout de suspense : nous sommes en face d'un phénomène populaire, parfois même ironique. Le Père Cataldo travaille à Palerme comme prêtre exorciste et chaque matin, il se retrouve avec une file de personnes qui attendent d'être bénites, d'être libérées, réinsérées dans la communauté. Les gens qui cherchent l'aide de Dieu sont nombreux, il y a en tellement que le Père Cataldo finit aussi par pratiquer des exorcismes par téléphone.  

«Nous avons accepté ce challenge» nous a expliqué le réalisateur, «parce que dans les premiers exorcismes, nous avons vu la possibilité d'un rapport cinématographique qui sort de l'imaginaire auquel nous sommes habitués : que ce soit le cinéma d'horreur, un genre que je n'affectionne pas particulièrement, ou que ce soit celui du scepticisme qui ne laisse aucune possibilité d'investigation. Nous restons dans le domaine des questions».

Grâce à l'attitude "neutre" de Federica Di Giacomo, nous pouvons pénétrer dans l'expérience de certains personnages : les discours, les doutes, les convictions religieuses, les familles, les troubles ou les dépendances des possédés créent un échantillon varié de la situation. "Les prêtres me disaient que les personnes veulent arriver à la messe (messes de libération où se font les exorcismes collectifs, n.d.r) dans un certain état et ressortir différentes, elles veulent être transformées émotionnellement, elles veulent être libérées tout de suite" nous raconte le metteur en scène.  "Ceci nous en dit beaucoup sur la société, parce que la possession devient un état naturel dans lequel on entre et on sort : on peut aller faire un exorcisme comme n'importe quel rendez-vous hebdomadaire et reprendre ses activités ensuite".  

L'église partage aussi ce nouveau comportement.  En fait, le cinéaste a eu l'idée de ce documentaire en lisant les informations d'un cours de formation pour les prêtres exorcistes. "Comme nous le voyons dans le film, le phénomène est absolument international" ajoute Federica Di Giacomo.  "Ces cours de formation du Vatican sont fréquents pour les prêtres du monde entier. C'est une croissance exponentielle dans les pays catholiques d'Amérique Latine, aux Philippines mais aussi dans des pays laïques comme la France ou le reste de l'Europe. La contemporanéité du phénomène est quelque chose qui interpelle". 

Et cela a aussi impressionné le jury de la section Orizzonti, qui a récompensé ce documentaire parce qu'il nous informe sur une réalité encore plutôt inconnue. Bien qu'il y ait quelques petites failles structurelles, en fait, Liberami est le fruit d'un regard curieux sans idées préconçues : la caméra se déplace facilement autour de ce qui se passe et suit les personnes en silence. Nous réussissons à écouter les confidences personnelles, nous voyons de près certaines dynamiques familiales, nous nous indroduisons dans la maison d'inconnus comme des mouches. 

Mais les mouches peuvent déranger, nous a confié le réalisateur: «Au début du film, nous avons demandé des informations aux vaticanistes mais on nous a répondu très sèchement de laisser tomber, que ce film serait certainement impossible à réaliser et qu'il n'était pas utile de continuer".  Mais en fin de compte, Federica Di Giacomo était à Venise et serrait dans ses mains le prix Orizzonti.