[Fre] Danemark - Thème Occupy Utopia (occuper l'utopie) de l'exposition Images: l'occasion de découvrir le travail d'artistes des pays en voie de développement

Article publié le 9 janvier 2014
Article publié le 9 janvier 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Pen­sez à toutes ces choses que vous ne pou­vez pas ache­ter. Pas à l'amour: ce se­rait trop évident et trop fa­cile. Quelle sera votre pro­chaine idée ? Creusez ! Ste­phen Frei­heit, pho­to­graphe, a élargi l'es­prit de cen­taines de jeunes pho­to­graphes des pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment, en­cou­ra­geant ainsi l'évo­lu­tion ar­tis­tique dans des pays où le terme "ar­tiste" reste mal perçu.

"Pre­nez votre ap­pa­reil photo pour mettre l'ac­cent sur les choses que vous ne pou­vez pas ache­ter." Telle est la mis­sion que le cé­lèbre pho­to­graphe da­nois Ste­phen Frei­heit a confiée, au prin­temps 2013, à de jeunes ar­tistes du Ban­gla­desh, du Népal et du Myan­mar. Ste­phen Frei­heit, après la dif­fu­sion de son mes­sage par le Myan­mar Times (le plus grand heb­do­ma­daire du Myan­mar), le jour­nal República (au Népal), la chaîne de té­lé­vi­sion NTV ainsi que par l'or­ga­ni­sa­tion pour la jeu­nesse To­day’s Youth Asia, a reçu des pho­tos que des cen­taines de jeunes gens ont prises, ex­plo­rant ainsi ce qui ce passe dans leurs dé­mo­cra­ties en plein essor. Au­jour­d'hui, ce sont près de 100 oeuvres d'art, té­moins d'une vie quo­ti­dienne do­mi­née par la pau­vreté ma­té­rielle et l'in­sta­bi­lité po­li­tique, qui sont ex­po­sées au Da­ne­mark. Dans ce pays, l'un des dé­bats les plus im­por­tants en ma­tière de po­li­tique et d'éco­no­mie a été axé, lors de la crise fi­nan­cière, sur la ques­tion de la baisse (ou non) du prix des su­cre­ries.

DE NOU­VEAUX POINTS DE VUE

L'ex­po­si­tion pho­to­gra­phique ayant pour thème "Les choses que vous ne pou­vez pas ache­ter" fait par­tie du fes­ti­val d'art Images (au Da­ne­mark), qui pré­sente l'art contem­po­rain des pays en dé­ve­lop­pe­ment. En mon­trant le tra­vail des rap­peurs à voix forte, des pho­to­graphes, des pro­duc­teurs de films et des mu­si­ciens (entre autres), ce fes­ti­val en­tend créer un es­pace d'im­mer­sion, de dia­logue, de cé­lé­bra­tions et de ren­contres ar­tis­tiques, afin de sen­si­bi­li­ser les Da­nois à la  vie dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment. Ce­pen­dant, l'idée n'est pas de se concen­trer sur un thème spé­ci­fique.

"La mort, la vio­lence et la pau­vreté tendent à être des lieux com­muns lors­qu'il s'agit d'évoquer les pays en dé­ve­lop­pe­ment. Tou­te­fois, avec Images, nous vou­lons mon­trer aussi toutes les autres vi­sages de ces pays. Les gens n'y sont pas que tristes et mal­heu­reux. Ce sont des per­sonnes nor­males, dont la vie quo­ti­dienne  est ponc­tuée d'ex­pé­riences et de sen­ti­ments multiples, comme tout un cha­cun," com­mente Jakob My­schetzky, di­rec­teur in­ter­na­tio­nal du Centre Da­nois pour la Culture et le Dé­ve­lop­pement, à l'ori­gine de cette ex­po­si­tion.

Ste­phen Frei­heit, qui a voyagé du­rant de nom­breuses an­nées dans les pays d'Asie du Sud-Est, où ses pho­tos ont été prises, a fait très at­ten­tion à ce que ces der­nières re­pré­sentent bien autre chose que la mi­sère, que les jour­naux té­lé­vi­sés semblent vou­loir nous res­sas­ser tous les soirs. 

"La va­leur des per­sonnes se ré­sume à autre chose qu'à leurs es­to­macs vides et leur mau­vaise santé. Bien sûr, les pro­blèmes sont bien pré­sents, sans être glo­baux. Il était im­por­tant de bien gar­der cela à l'es­prit au mo­ment de la sé­lec­tion des pho­tos pour l'ex­po­si­tion ayant pour thème "Les choses que vous ne pou­vez pas ache­ter". Il se peut qu'un homme ap­pa­rais­sant sur une de ces pho­tos ait des dents cas­sées et brunes, mais on ne voit celles-ci que parce qu'il af­fiche un sou­rire. L'hu­mour est im­por­tant aussi.  C'est drôle de voir une mère et son en­fant cou­rir sous la pluie en se pro­té­geant la tête avec des pots si grands que celle de l'en­fant dis­pa­raît de­dans," ex­plique Ste­phen Frei­heit.

oc­cupy uto­pia (Oc­cu­per l'uto­pie)

L'édi­tion 2013 du fes­ti­val Images est la hui­tième du genre. Cha­cune est consa­crée à un thème dif­fé­rent. Celui de cette année était intitulé Oc­cupy Uto­pia (Oc­cu­per l'uto­pie).

"Pour de nom­breux ar­tistes par­ti­ci­pant à ce fes­ti­val, le Da­ne­mark est une sorte d'uto­pie sur les plans ma­té­riel et po­li­tique. En pré­sen­tant l'art qui existe dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment, nous per­met­tons à ces ar­tistes d'oc­cu­per le Da­ne­mark et l'es­prit des Da­nois. Un débat est alors ou­vert, dont la ques­tion cen­trale est la sui­vante: Quel est l'en­droit idéal ?", pour­suit Jakob My­schetzky.

Le thème "Oc­cupez l'uto­pie" cor­res­pond très bien aussi à celui de l'ex­po­si­tion, "Les choses que vous ne pou­vez pas ache­ter". Ce­pen­dant, au lieu de lais­ser les vi­si­teurs se re­po­ser en in­ter­pré­tant ce qui est vi­sible, Ste­phen Frei­heit ainsi que les jeunes pho­to­graphes qui font par­tie de l'aven­ture obligent les dif­fé­rents pu­blics à ré­flé­chir, en re­tour­nant ces ques­tions dans tous les sens.

"Ce thème de l'uto­pie marche dans les deux sens. Au Da­ne­mark, tout scin­tille et tout cli­gnote. Nous avons des ri­chesses ma­té­rielles que les gens qui viennent des pays ayant contri­bué à cette ex­po­si­tion ne pour­ront ja­mais ac­qué­rir  – parce qu'ils n'ont pas d'ar­gent. En tant qu'Oc­ci­den­taux, nous avons ten­dance à croire que nous pos­sé­dons tout. Mais de nom­breux ha­bi­tants des pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment ont des choses que nous ne pou­vons pas ache­ter avec de l'ar­gent. Grâce à cette ex­po­si­tion, nous pou­vons, par consé­quent, dé­cou­vrir en pro­fon­deur la croyance spi­ri­tuelle des gens de ces pays, leur com­pré­hen­sion de la na­ture ainsi que leur conscience men­tale", ex­plique Ste­phen Frei­heit.

Parce que les jeunes sont et créent l'ave­nir de l'hu­ma­nité

"Ils en ont la vo­lonté. Ils en sont conscients. Plus im­por­tant en­core, leur en­ga­ge­ment est là." Le pro­jet "Les choses que vous ne pou­vez pas ache­ter avec de l'ar­gent" se concentre for­te­ment sur les jeunes gens. Tant de­vant que der­rière les ap­pa­reils pho­tos, ce sont bien de jeunes mains qui, par leur tra­vail, ont lar­ge­ment contri­bué à la concep­tion de cette ex­po­si­tion. Pour quelles rai­sons ? Ste­phen Frei­heit ex­plique que le désir de chan­ge­ment et d'en­ga­ge­ment dans le com­bat en fa­veur du dé­ve­lop­pe­ment est par­ti­cu­liè­re­ment fort chez les jeunes des pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment. Ceci est éga­le­ment le cas des jeunes pho­to­graphes de ce fes­ti­val. 

"Les jeunes ar­tistes qui viennent des pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment n'ont pas de bonnes chances de pou­voir ex­po­ser leurs oeuvres et ne sont pas en­cou­ra­gés à pour­suivre une car­rière de pho­to­graphe. Mal­gré tout, nous avons reçu des images de cen­taines de jeunes qui ont tous mon­tré un grand en­ga­ge­ment. Ils veulent dé­ve­lop­per l'édu­ca­tion, ga­ran­tir de meilleures condi­tions de tra­vail, chan­ger quelque chose. Une ado­les­cente de 14 ans ve­nant du Myan­mar m'a en­voyé une image re­la­ti­ve­ment pe­tite, et je sais com­bien il lui a été dif­fi­cile, voire im­pos­sible, de té­lé­char­ger ce fi­chier même si l'image n'était pas si grande que ça. Cette jeune fille a dû re­com­men­cer la même ma­noeuvre, en­core et en­core. Il est surprenant de ren­con­trer des per­sonnes ainsi en­ga­gées, et l'image en­voyée par cette jeune fille a tout na­tu­rel­le­ment été ins­crite au pro­gramme de cette ex­po­si­tion," sou­ligne Ste­phen Frei­heit.