[fre] "Chicas nuevas 24 horas"

Article publié le 27 octobre 2016
Article publié le 27 octobre 2016

Dans le but de promouvoir le respect des droits des filles, et pour garantir leur protection par l'UE dans ses politiques et ses programmes, est organisée tous les ans en octobre à Bruxelles la Semaine Européenne des Filles. Dans ce cadre, l'Institut Cervantes a accueilli cette année la projection du documentaire de Mabel Lozano, "Chicas nuevas 24 horas" (litt. Nouvelles Filles 24 heures, ndlr).

Du 10 au 14 octobre, Bruxelles se transforme en un véritable foyer d'évènements destinés à éveiller les consciences sur l'exploitation des enfants en Europe. Dans le but d'en finir avec l'invisibilité du traffic de femmes, qui n'est pas un problème réservé à de lointains pays aux noms exotiques, la Semaine Européenne des Filles cherche à alerter l'opinion publique, et à faire de la prévention. Après tout, l'Europe est la destination finale de la marchandise de la Mafia et des trafiquants : les femmes. 

On ne peut pas se le cacher, c'est en Espagne que la demande en terme de prostitution est la plus forte. Une triste réalité, rétrograde et sombre, qui ne correspond pas vraiment aux idéaux d'égalité et de protection des femmes mis en avant par le gouvernement. Le problème réside dans l'absence d'information sur ce sujet : la traite et l'exploitation dont font l'objet de femmes, surtout des jeunes filles, dans le business du sexe sont peut traitées dans les médias. 

"Chicas nuevas 24 horas"

La projection du documentaire "Chicas nuevas 24 horas", le lundi 10 octobre, a marqué l'ouverture d'une semaine riche en évènements pour alerter la population européenne sur les problèmes de la consommation de prostitution. A l'Institut Cervantes de Bruxelles, le réalisation Mabel Lozano a rencontré la députée européenne Inés Ayala, pour clôturer la projection avec un débat.

Le public et le succès ont été au rendez-vous : le travail d'investigation derrière le documentaire est tout simplement magnifique. "Chicas nuevas 24 horas" est un voyage intime, qui nous emmène au Pérou, au Paraguay, en Colombie, et prend fin en Espagne, le pays d'accueil des femmes exploitées, et nous montre comment les femmes et les jeunes filles sont soumises au marché de la prostitution. 

C'est une histoire vraie, qui se passe chaque jour dans les rues d'Espagne. Alors pourquoi a-t-on le sentiment que cela se passe loin de chez nous? Parce que se sont des histoires de femmes invisibles, des pièces de viande que personne ne remarque. Invisibles parce que ni vous, ni moi ne pouvons nous empêcher de penser que peut être que ces femmes sont exploitées, et que nous sommes les complices de ces actes, de ce trafic. 

Le trafic sexuel dépouille les femmes de leurs droits, les prive de toute leur dignité, et les réduit à l'état de maillon dans la chaîne de l'offre et de la demande. Elle ne sont rien de plus que des bouts de viande. En fait, "viande" est le mot qui tourne le plus dans la salle de projection. 

Il faut appeler un chat un chat

Pourquoi devrions-nous continuer d'appeler "clients" les complices de ce trafic? Parce que la femme, malgré l'exploitation et les abus dont elle fait l'objet, est encore et toujours mal protégée par la loi. Par une loi qui interdirait les abus, et qui appelerait les choses par leur nom, car un client devient un complice lorsqu'il prie les femmes de leur dignité. 

D'après Mabel, le simple fait d'utiliser un vocabulaire clair pourrait être la façon la plus efficace d'éveiller les consciences parmi une population qui, comme le pense le réalisateur, voit la prostitution comme un simple loisir parmi d'autres. Et c'est bien le problème, car le loisir cesse d'en être un lorsqu'il entraîne une violation des droits humains fondamentaux. Les mots "trafic" et "prostitution" ont des sens très proches, car comme l'assure Mabel, dans la plupart des cas, on ne tombe pas de son plein gré dans la prostitution.

Le fait que le trafic sexuel n'existe que parce qu'il existe une demande rend un documentaire tel que "Chicas nuevas 24 horas" indispensable pour éveiller les consciences : nous ne devons pas oublier qu'en Europe, l'Espagne est le pays où la demande est la plus forte, ce qui rend la population espagnole complice du silence qui empêche 13.500 femmes de mener leur vie comme elles l'entendent. En outre, le monde glamour mis en avant par les clubs est en fait une façade, qui dissimule un monde obscur. Un monde peuplé de femmes invisibles, au service d'hommes qui se sentent plus forts, plus jeunes et plus virils lorsqu'ils battent, abusent et exploitent les femmes.