[fre] Bibliothèque Privée Itinérante: on y troque des livres

Article publié le 12 novembre 2016
Article publié le 12 novembre 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Des dégradations au troc de livres. Nous vous racontons l'histoire de Pietro Tramonte.

« Mademoiselle, vous avez en tête le film Star Trek où il y a une porte qui, une fois traversée, vous catapulte dans un autre monde ? Voilà, ma bibliothèque itinérante c'est ça ». C'est Pietro Tramonte qui parle, entouré de ses livres, avec une casquette sur la tête et ses yeux bleus qui transmettent une sérénité qui nous ramène vraiment dans le passé. Il connaît le nom de tous ceux qu'il salue, accueille tout le monde comme s'il était devant la bibliothèque de son salon, une bibliothèque dans laquelle on peut trouver de tout, des BD aux livrets d'opéra, mais aussi des livres très anciens ou très récents, des revues, des œuvres en langue originale et même de vieux manuels scolaires. Tout commence en 2012 lorsque ce comptable, qui avait alors soixante-cinq ans, subit le sort de nombreux italiens contraints à quitter leur emploi avant la retraite sans toucher d'indemnité. A ce moment-là, pour ne pas perdre son temps devant la télé, il choisit, « pour exploiter les origines normandes qui nous unissent » de chercher un lieu où il pourrait apporter les cinq mille volumes qui envahissent sa maison et c'est ainsi qu'il trouve un petit local à deux pas de la place San Domenico. Toutefois, Pietro ne veut pas faire de bénéfices, il est contre l'idée d'une librairie faite pour amasser de l'argent. C'est alors que lui revient en mémoire la forme de commerce la plus antique au monde : le troc. Le troc de livres, l'échange d'histoires, de mots, de pensées. Au départ son activité a du mal à décoller, il est trop inaccessible dans son local. Puis, depuis les balcons de la petite place Monte Santa Rosalia où il s'est établi, on lui suggère de mettre ses livres dehors. Il commence ainsi avec quelques livres posés sur une chaise, puis, « comme une plante saprophyte », de cette chaise naît petit à petit la bibliothèque qui s'étend maintenant dans toute la ruelle et forme depuis cette oasis culturelle bien palermitaine.

Une oasis de culture au milieu des ruelles de Palerme

Et tout le monde, jeunes, moins jeunes, palermitains et personnes du monde entier, est déjà passé par cette oasis. Le cahier dans lequel les clients peuvent laisser un mot est plein de messages, tous dans des langues différentes : anglais, grec, espagnol. Et Monsieur Tramonte a plein d'anecdotes à partager. Il raconte par exemple l'histoire d'une jeune femme iranienne qui voudrait vendre des livres dans son pays, où être une femme et agir dans le domaine de la culture reste aujourd'hui encore une utopie. Il raconte ce jeune couple d'Istanbul qui lui envie la liberté de choix dans les titres de ses œuvres, il raconte encore l'histoire de cet enfant du quartier qui lui demande s'il peut emprunter un dictionnaire pour son prochain contrôle, il raconte les histoires de nombreuses personnes, qui lui apportent des livres, simplement par esprit de solidarité envers une initiative qui est désormais entrée dans le cœur de tous les habitants du quartier et de la ville. 

Pietro Tramonte raconte et il continuera à raconter parce que rien n'est autant source de vie vécue que la rue, la rencontre avec l'autre, les livres ou la culture. Les livres de Pietro endossent toutes ces fonctions, ils ont offert une nouvelle vie à un quartier où, à quelques mètres des vitrines et de l'élégance de via Roma, les rats, les excréments et la délinquance organisée avaient élu domicile. La petite rue transversale qui accueille aujourd'hui Garçia Lorca, Verga et aussi Melissa P., servait probablement il y a encore très peu de temps de base à quelques scooters prêts pour un vol à la tire devant la poste toute proche.

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Le mécanisme est simple : une fois que vous avez pénétré dans les ruelles à l'arrière de via Roma, vous levez la tête et avant d'arriver devant le majestueux Panthéon de San Domenico, vous tournez à gauche, juste là où vous voyez l'enseigne bleue « Biblioteca Privata Itinerante ». Vous commencez à farfouiller parmi les couvertures, les pages, vous choisissez votre livre, vous donnez celui que vous avez rapporté de chez vous. Mais tout cela vous le faites sans vous presser, la lecture n'est pas une activité frénétique et c'est comme si le temps s'était arrêté dans cette petite oasis de la Place Monte Santa Rosalia. Savourez.  

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