[fre] AU CARREFOUR DE LA DEMOCRATIE – ENTRETIEN AVEC ANTONIS SCHWARZ, FONDATEUR DE VOULIWATCH

Article publié le 22 janvier 2015
Publié par la communauté
Article publié le 22 janvier 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La situation en Europe est critique, mettant aussi en péril les valeurs démocratiques d’union étatique. Beaucoup d’européens souhaitent plus de participation. Mais le manque de transparence accroit l’écart entre l’administration politique et la population. Florian Schmitz a rencontré Antonis Schwarz, co-fondateur de vouliwatch.gr, sur la démocratie populaire et les préjugés entre européens.

Florian Schmitz : Antonis, vouliwatch.gr est inspiré de la plateforme de démocratie allemande abgeordnetenwatch.de. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites exactement et qui est derrière cette initiative ?

Antonis Schwarz (AS) : Cette plateforme permet un dialogue public entre les membres du Parlement et les citoyens. Vous posez vos questions et nous nous occupons du processus de modération. Nous observons également comment votent les membres du Parlement. Par rapport à abgeordnetenwatch.de, nous proposons des résumés des programmes des différents partis permettant une veille politique. Les utilisateurs peuvent les comparer sur des aspects comme l’économie ou l’environnement, commenter ou proposer d’éventuelles améliorations. Ensuite, il y a Candidatewatch, où l’on observe les différentes campagnes électorales. Enfin, les utilisateurs peuvent mettre en ligne leurs propres billets pour les proposer à la discussion.

Florian Schmitz : Les utilisateurs de votre site sont plutôt des personnes de gauche ou des conservateurs ?

AS : Je dirais que ce sont des personnes de la société civile émergente en Grèce, dont beaucoup sont engagées dans le mouvement de démocratie populaire. Mais cela dépend toujours du contexte. Par exemple, il y a eu beaucoup de questions sur la privatisation des entreprises nationales d’eau pendant un referendum non officiel à Thessalonique. Mais nos utilisateurs ne peuvent pas être réduit à un seul groupe. Au contraire, ce sont plutôt des personnes entre 18 et 35 ans.

Florian Schmitz : Qu’entendez-vous par « société civile émergente » ?

AS : Je pense que le mouvement pour une démocratie populaire est en pleine croissance en ce moment. Pour moi, la Grèce est un bon exemple de ce qui se passe lorsque les parties politiques sont les seuls à détenir le pouvoir et que les citoyens n’ont pas l’occasion de participer aux processus politiques en dehors des élections. Vouliwatch est clairement en faveur d’un système de démocratie parlementaire mais il doit y avoir d’autres moyens de participation civique que le vote tous les quatre ans.

Florian Schmitz : Vous avez parlé de société civile et de démocratie populaire. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi Vouliwatch est lié à tout ça ?

AS : Nous sommes une organisation très jeune. Nous essayons essentiellement d’amener les politiques et les membres du Parlement à répondre aux questions de nos utilisateurs. A cet égard nous évoluons dans le cadre que la Constitution nous accorde. Il n’y a ni comité de requête au sein du Parlement ni aucun autre moyen formel permettant une plus forte influence. La seule chose qu’il reste est d’écrire aux membres du Parlement et espérer qu’il ou elle entende le message. Nous essayons de rendre ce procédé plus ouvert au public et voulons offrir un outil de pression supplémentaire aux citoyens.

Florian Schmitz : Il s’agit donc de transparence et de communiquer plus ouvertement. Comment voyez vous le développement de la transparence en général en Grèce depuis le début de la crise ?

AS : Cela est un problème de longue date mais il est devenu beaucoup plus important avec la crise. J’ai l’impression qu’en Grèce la pression exercée par la société civile pourrait être orientée plus efficacement. Souvent les plaintes à l’encontre du système ne sont pas assez spécifiques. Les personnes devraient prêter attention aux détails en se disant : ‘ d’accord, le système ne fonctionne pas, nous devons l’améliorer ICI et ensuite faire pression LA’. L’adhésion à des organisations internationales s’est également montrée bénéfique pour la Grèce.

Florian Schmitz : Pensez-vous que les citoyens font le lien entre les problèmes de transparence et l’état du pays ?

AS : Bien sûr, les Grecs en sont très conscients. Mais je pense que cette idée est trop souvent rangée dans un coin en se disant : ‘ le système est corrompu et ne fonctionne pas’ ça ne vaut donc pas la peine d’essayer d’agir. Beaucoup choisissent simplement de s’adapter et de profiter de la situation. Pour moi, ce sentiment de futilité est le plus gros danger dans la crise, ne plus voir aucune raison d’agir sur la politique. Alors qu’un plus grand engagement politique est nécessaire les Grecs se retirent. Bien sûr on ne peut pas faire de généralité. Tous ne se cache pas la tête dans le sable, comme cela est le cas dans d’autres pays d’Europe, y compris l’Allemagne.

Florian Schmitz : Dans un contexte d’incertitude en Europe les préjugés sont en augmentation. Etant moitié grec moitié allemand, que pensez-vous que les Grecs devraient savoir sur les Allemands et les Allemands sur les Grecs ? Quels préjugés communs pourraient être rapidement effacés si nous communiquions mieux ?

AS : Bien, disons que ce que les Européens devraient savoir à propos des Grecs c’est que dans un sens la Grèce est un pays relativement jeune avec une histoire très dure. Les Grecs se sont émancipés des Turcs en 1821 seulement. Certaines parties du pays encore 100 ans plus tard. Ensuite il y a eu l’occupation allemande et la dictature militaire. La Grèce a été occupée par les Ottomans pendant 400 ans ce qui l’a fortement isolé de l’Europe. Il n’y avait pas de classe bourgeoise. Les Grecs fortunés habitaient à l’étranger, en Alexandrie par exemple.

Florian Schmitz : … et constamment impliquée dans des processus législatifs.

AS : Exactement. La Grèce a une histoire unique. Elle est considérée comme européenne et toute la culture de l’Occident prend racine ici. Mais du temps s’est écoulé entre la Grèce du passé et celle d’aujourd’hui. Les différentes occupations, l’ère Byzantine pendant laquelle beaucoup de Grecs se sont considérés comme Romains, montrent que l’identité du pays est encore très jeune.

Florian Schmitz : De quels préjugés présents en Allemagne les gens devraient se défaire de toute urgence ?

AS : De beaucoup et particulièrement de ceux dont les médias tirent bénéfice. Il faut vraiment réaliser que c’est un pays entre l’est et l’ouest. Garder en tête que beaucoup de Grecs disent des choses comme : ‘Il a étudié en Europe’.

Florian Schmitz : Et vice et versa ? Les médias grecs sont effectivement assez sélectifs pour le dire gentiment. Que devrait connaître les Grecs des Allemands ou des Européens en général ?

AS : Parfois l’Union Européenne est beaucoup trop stigmatisée. Bien sûr des améliorations peuvent encore être apportées mais je pense que la Grèce a fortement bénéficié de son adhésion à l’Europe particulièrement en termes de financement. Nous devons réaliser que nous sommes membre d’un club dont nous ne pouvons pas juste nous plaindre tout en créant de l’argent en même temps. Mais pour le moment il s’agit surtout de gérer les problèmes internes. Les Grecs ont compris que ce n’est pas l’Europe l’origine de la crise mais les problèmes internes.

Florian Schmitz : Merci pour cet entretien.

AS : Merci à vous.

Antonis Schwarz est né en 1988, il est moitié Allemand moitié Grec, il a grandi entre Munich et Athènes. Après des études européennes à Londres, il a étudié le management à Madrid. Il a fondé le site vouliwatch.gr il y a un an et demi avec d’autres activistes pour la démocratie.

Entretien complet sur eudyssee.eu