[fre] [Apprendre à apprécier le football] ‘Je n'écrirai pas d'article sur le football!’

Article publié le 1 novembre 2015
Article publié le 1 novembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Il y a quelques semaines, durant la première réunion de Cafébabel, de nombreux sujets ont fait débat. Parmi les articles qui intéressent les jeunes européens et les jeunes turcs, on a parlé du foot. Quelqu'un a suggéré qu'une fille devrait écrire sur ce sujet. Parce que ce serait drôle, a t-on dit. J'ai tenté de les avertir: ‘Je n'écrirai rien sur le football!’, mais en vain.

Le football n'est pas vraiment ma spécialité, et pour être honnête, ce n'est pas trop ma tasse de thé. Cependant, c'était évident qu'il fallait que ça tombe sur moi... Alors me voilà, à écrire un article sur le football. A tout casser, j'ai dû regarder dix matches de foot dans toute ma vie. La seule fois que je regarde un match, c'est quand il y a la Coupe du monde. Bien évidemment, seulement quand il s'agit des Pays-Bas. Toutes les autres équipes ne m'intéressent absolument pas. Je regarde tous les matches des Pays-Bas, et dès qu'ils sont éliminés, j'arrête de regarder. Toujours est-il que ne pas suivre et ne pas soutenir son équipe pendant la Coupe du monde ne se fait pas. Alors je m'efforce de crier et d'applaudir comme le font mes amis et après quelques bières je m'imagine presque en train de m'amuser. Mais je dois bien admettre que la principale raison pour laquelle je regarde ces matches, c'est parce que j'ai le sentiment qu'il s'agit d'une obligation sociale.

En Turquie, le football, c'est sacré. Alors pour écrire cet article, j'ai effectué quelques recherches sur les équipes à Istanbul et j'ai découvert qu'à part les clubs de Galatasaray, Fenerbahçe and Beşiktaş, il y a également  Kaşimpasa dans la Süper Lig. Parmi ces quatre équipes, ma préférée est sans aucun doute Galatasaray. Pour des raisons évidentes: c'est le meilleur club de la Super Lig (supporter la meilleure équipe est toujours un pari gagnant), j'habite dans le quartier du Galatasaray (on ne devrait jamais provoquer ses voisins) et Wesley Sneijder , qui à l'origine est un joueur hollandais, joue là-bas (on ne devrait jamais trahir son pays). Il se peut également que j'ai été influencée par mon ancien colocataire qui était un véritable fan du Galatasaray. Il m'a fait regarder leurs matches et faisait chaque jour l'éloge de son club. On pourrait dire que tout ça mis ensemble m'a amené à devenir une véritable fan moi aussi…  Et peut-être qu'en tant que telle, je devrais recommencer à regarder leurs matches!

En fait, il y a une chose qui me fascine dans le football: la façon dont il rassemble les gens. Les joueurs, les spectateurs ou les supporters, le sport les unifie tous à travers un compétiteur ou rival commun. Même si les gens qui d'habitude sont des ennemis peuvent se prendre dans les bras dès lors que l'équipe qu'ils encouragent est victorieuse. Pensez à ce voisin terriblement agacant, qui essaie toujours de s'accaparer votre internet… Mais pendant la dernière coupe du monde, vous aviez fait la fête ensemble et oublié soudainement toutes vos querelles. Encourager une équipe dans un seul but permet de rassembler facilement des gens qui se connaissent à peine ou qui ne se seraient pas rencontrés dans un autre contexte. Des évènements tels que les JO et la Coupe du monde rassemblent les nations. Oui, ces pays sont en compétition mais dans le jeu et les épreuves, pas dans la guerre. Biensûr, le Wakawaka de Shakira, qui a été un véritable succès planétaire, et sur lequel le monde entier a dancé, a certainement contribué à cet engouement, ceci étant parfois plus important que le jeu lui-même. Mais ‘le sport a le pouvoir d'unir les gens, comme peu en sont capables. Il s’adresse à la jeunesse dans une langue qu'elle comprend'. Une citation d'un homme avisé; Mandela, avec qui je suis totalement d'accord. Le football brise les barrières raciales. 

Il y a quelques années, durant l'été 2012, je visitais Istanbul avec mon père. Tandis que l'on arpentait les rues d'Istanbul la nuit, nous sommes tous deux tombés sur un petit groupe vieux. Au bord de la rue, ils étaient assis dans leur petite chaise, sirotant leur çay, fumant leurs cigarettes et parlant ouvertement de choses comme la politique, le sport, le boulot ou d'autres sujets importants de la vie. Ils nous ont invités à les rejoindre. Même si nous ne parlions pas la même langue, nous avons réussi malgré tout à discuter. Pas si étonnant que ça: on a parlé de foot. Peu importe la barrière de la langue, c'est toujours facile de parler des équipes de football et des joueurs internationaux. Tu passes essentiellement en revue tous les joueurs de l'équipe locale que ton interlocuteur encourage, tu dis à quel point ils sont bons et une amitié entre deux pays est née. A la grande joie de mon père, les hommes connaissaient Koit (Dirk Kuijt, un ancien joueur du club de Fenerbahçe, désormais remplacé par Van Persie), Snaider (Wesley Sneijder, qui à ce moment là venait juste de rejoindre Galatasaray) et certains de nos entraîneurs les plus célèbres tels que Kroif (Johan Cruyff), Louis van Gaal and Ruud Gullit. Etant donné que je ne connaissais aucun des joueurs turcs, j'ai très peu participé à la conversation mais je me suis contenté de sourire et d'approuver à chaque nom que j'entendais. Il était toutefois évident à mes yeux que les hommes prennaient plaisir à discuter d'un sujet commun en dépit de la barrière linguistique.

Mais cette même passion a aussi ses limites, quand le fait d'être trop passionné par un club vous fait péter les plombs et vous fait devenir violent– comme c'est malheureusement le cas pour les supporters turcs. Les émeutes à la fin du match sont devenues une chose commune qui ne choque plus personne. Lorsque Galatasaray a gagné le championnat turc en 2012 contre Fenerbahçe, les supporters révoltés de Fenerbahçe ont retourné les voitures de police et y ont mis le feu. Pas à Istanbul, mais ailleurs en  Turquie, un homme avec un T-Shirt du Galatasaray a été attaqué par des fans de Fenerbahçe qui l'ont poignardé à l'abdomen. Je n'ai aucun respect pour des 'fans' de ce genre, mais j'espère obtenir un tant soi peu un engouement pour le football. Par conséquent, j'ai l'intention d'assister à un match. Pas dans un stade, je préfère dépenser mon argent dans autre chose, mais un café à Taksim fera l'affaire. Le 18 Octobre, Galatasaray joue contre Gençlerbirliği, alors j'appelerai des potes, je me trouverai une écharpe rouge et noire et on ira tous au bar. J'espère ressentir cette émotion collective où chacun retient son souffle au moment du pénalty et voir dans quel état d'effervescence sont les fans de foot lorsqu'ils sont tous réunis autour d'un match. Malgré cela, je ne peux pas m'empêcher de penser que je vais m'ennuyer, alors il ferait mieux d'y avoir beaucoup et beaucoup de Raki…