[fre] A lone voice in the distance uttered Yes ! We can !... et cela a été entendu jusqu'en Europe.

Article publié le 12 novembre 2015
Article publié le 12 novembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

D'Obama Yes ! We can !  De Hollande Oui, nous pouvons plus vite ou de Renzi Ce la faremo ou encore Merkel Wir schaffen das : un mot d'ordre transatlantique au coeur d'une certaine rhétorique de la solidarité. 

Tout a commencé en 2008 aux USA. Le célèbre slogan de campagne électorale de Barack Obama, un brin monotone mais efficace « Yes ! We can ! » a créé un sentiment d'appartenance, un lien fort envers les électeurs, une espèce de solidarité. Depuis lors, la maxime en français, en italien ou en allemand est devenue, de Hollande à Renzi en passant par Merkel, le slogan préféré de ce que l'on pourrait nommer la rhétorique de solidarité.

Le discours d'Obama 

Que voulait donc dire Obama dans son discours ?  Peu importe qu'il explique à ses auditeurs comment on établit la justice et la prospérité, ou s'il a la réponse pour obtenir la paix dans le monde, les électeurs ont entendu un « Yes ! We Can ».

Le slogan d'Obama ne fait pas référence seulement aux buts ou aux objectifs de sa politique, qui consisterait à rendre possible ce qui est impossible. Non. Le slogan fait appel directement à l'auditeur. Ce dernier sent qu'il est partie prenante d'un projet collaboratif, où tout le monde, vraiment tout le monde, peut participer avec dévouement et conviction. Encore mieux : si le succès arrive, les gains seront partagés. « Yes ! We have done it ! » pourrait-on dire en se réjouissant. Comment cette reconnaissance pourrait-elle faire défaut aux électeurs ?  

Qu'est-ce qui cloche ? 

En 2009, la rhétorique d'Obamas du « Yes ! We can » a inspiré une bande dessinée politico-satirique « He's Barack Obama », produite et diffusée par JibJab Media Inc. Dans la vidéo, SuperObama apparaît comme un héros. La bande son est une nouvelle version de la chanson populaire « When John Comes Marching Home », écrite par Louis Lambert (pseudonyme de Patrick Gilmore) pendant la Guerre de Sécession. La chanson est particulièrement efficace. Elle se moque de la façon dont Obama arrive à dominer une foule, s'occuper de problèmes dans le monde entier, sans jamais expliquer comment. Autrement dit : avec l'aide de la rhétorique du « Yes ! We can ! », il met en avant des solutions précises et claires pour régler les problèmes politiques planétaires sans tourner autour du pot. Cependant, il y a toujours quelque chose qui cloche.

Hollande rajoute un adverbe au slogan

« Oui, nous pouvons plus vite » (« Yes, we can faster »). Ainsi s'est exprimé le président français Hollande dans un interview accordé au magazine Time, en 2014, lorsqu'il tentait d'expliquer comment la France pourrait se remettre de la crise économique. Sa version du discours d'Obama s'est enrichie de l'adverbe « plus vite ». Questionné sur ce qu'il pensait faire pour sortir la France de la crise, il a répondu qu'il était émerveillé par la façon qu'avaient les Américains, en temps de crise, de se retrousser les manches, tous ensemble et chacun pour soi, et de toujours regarder en avant. La France devra faire de même et plus vite encore. Oui, nous pouvons plus vite.

Renzi aime se projeter dans l'avenir

Le Premier ministre italien Matteo Renzi n'a pas échappé à cette mode. Il a affiné le slogan d'Obama, en lui donnant une version au futur : en lançant à son auditoire « Ce la faremo » dans presque tous ses discours, quel que soit le sujet abordé, comme un défi à atteindre. Que ce soit Lampedusa, ou le chômage des jeunes générations, l'Expo, la crise de l'UE ou les réformes à l'ordre du jour dans son pays, Renzi est toujours convaincu, qu'il va se débrouiller : ce la faremo. 

 Merkel choisit la sobriété

Le plus simplement du monde, à l'occasion de la crise des migrants en Allemagne, la chancelière allemande Angela Merkel, s'est essayée au discours d'Obama. Elle a opté pour une phrase toute simple en langue allemande, sans futur, sans point d'exclamation, sans adverbe, en économisant comme d'habitude... « Wir schaffen das » (Nous pouvons y arriver) répète-t-elle en public, quand il s'agit de rassurer les citoyens et de leur rappeler que le droit d'asile n'a pas de frontières. Qu'il n'y ait pas de plan mis en oeuvre n'est pas essentiel. A la fin de ses discours, le signe des mains jointes en forme de losange (le traditionnel « Merkel-Raute ») nous indique que nous pouvons lui faire confiance.

... et partout, il y a quelque chose qui cloche

Que ce soit en anglais, en italien, en allemand ou en français, partout, l'auditoire fait partie d'un projet collaboratif comportant de bonnes chances de réussite. Partout un sentiment d'appartenance commune. Et partout il y a quelque chose qui cloche.