Frank, Genie surealiste de la pop 

Article publié le 9 mai 2014
Article publié le 9 mai 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En salle en ce moment au Royaume-Uni : Frank, un film pro­duit par Lenny Abraham­son, avec Mi­chael Fass­ben­der, Dom­hall Glee­son et Mag­gie Gy­llen­haal. Une his­toire ex­cen­trique et peu conven­tion­nelle à pro­pos des rêves, des as­pi­ra­tions, des suc­cès et des échecs d'un groupe de mu­sique mené par un homme à la tête en pa­pier maché.

Au cours des der­nières se­maines, une vé­ri­table in­va­sion de Franks est sur­venu à Lon­dres. Il faut dire que, de­puis sa pré­sen­ta­tion au Fes­ti­val Sun­dan­ce il y a quinze jours, l'am­pleur de la pro­mo­tion est à la hau­teur de sa qua­lité : le génie du film est hors norme. Mais qu'est ce que Frank ? Frank, c'est un monde ex­cen­trique et chao­tique. Mais c'est aussi un homme à la tête de pa­pier maché. 

L'histoire d'un groupe excentrique

Jon Ron­son (Dom­hall Glee­son) est l'un des per­son­nages de cette co­mé­die ins­pi­rée par la vé­ri­table his­toire du groupe de mu­sique de Frank Si­de­bot­tom. C'est un genre ­de mu­si­cien ama­teur, qui es­saie tou­jours sans ja­mais abou­tir. Un rê­veur dont les seules com­po­si­tions sont de simples ré­cits de ce que l'on peut ob­ser­ver en mar­chant dans la rue. La vie tran­quille de ce jeune homme change du tout au tout lors­qu'il ren­contre un groupe de pop ex­cen­trique avec un cla­viériste qui me­nace de se sui­ci­der. Cette même nuit, lorsque leur ma­na­ger lui pro­pose de jouer avec eux, Jon ac­cepte et monte pour la pre­mière fois sur scène. Là, il ren­con­tre le lea­der du groupe, Frank (Mi­chael Fass­ben­der). Un type bi­zarre, qui ap­pa­raît tout le long du film à vi­sage re­cou­vert d'une grosse tête de pa­pier avec d'énormes yeux bleus. Bien que la pre­mière re­pré­sen­ta­tion du groupe ne soit pas un grand suc­cès, Jon accep­te la pro­po­si­tion du ma­na­ger de re­joindre l'aven­ture et d'ac­com­pa­gner le groupe pour l'en­re­gis­tre­ment de son nou­veau disque. Ainsi com­mence cette his­toire qui nous en­traîne vers les pro­fon­deurs ex­cen­tri­ques du groupe formé par le mys­té­rieux Frank, Clara (Mag­gie Gy­llen­haal), une pe­tite peste au ca­rac­tère dif­fi­cile, un gui­tariste fran­çais qui ne parle pas un mot d'an­glais, et le si­len­cieux ba­ssiste du groupe dont l'in­ter­ven­tion dans le film se ré­su­me à une seule phrase.

Une pièce d'art mo­derne

Tout au long de cette his­toire, nous pé­né­trons la vie du groupe et la vie in­time de Frank, ce génie que Jon fi­nira par ad­mi­rer. Ce, tant pour sa for­mi­dable façon de com­prendre la mu­sique en re­cher­chant la beauté dans les sons de tous les jours, que pour son ca­rac­tère af­fable qui concentre sans nul doute la sy­ner­gie du groupe. « La mu­sique de­vait être à la fois ma­gni­fique et ri­di­cule » a dé­claré le vrai Jon Ron­son, éga­le­ment scé­na­riste. Le film de­vient ainsi une pièce d'art mo­derne ca­pable de pro­vo­quer au pre­mier abord un rejet (« est-ce vrai­ment de la mu­sique ?») en même temps qu'une adhé­sion in­con­di­tion­nelle à sa sin­gu­la­rité. 

Jon es­saiera de s'ajus­ter en ex­plo­rant ce que lui-même ap­pelle « son en­fance mau­dite », celle qui le trans­for­mera en vrai génie. Mal­gré ses es­sais et ses frus­tra­tions, Jon fi­nira par com­prendre que le génie est inné, qu'il ne peut pas être fabriqué. Et chan­ger l'es­sence d'un groupe pour sa­tis­faire les exi­geances d'un pu­blic ca­pri­cieux marque la fin de l'ori­gi­na­lité. Si l'on doit aimer ce jeune à la tête de géant, ce se­rait pour cette rai­son, pour avoir réussi à faire de la mu­sique avec un cube d'eau et des brosses à dents. 

"C'est sim­ple­ment l'étin­celle de quelque chose de vrai­ment in­croyable qui se trou­vait dans Chris Sie­vey", a dé­claré Lenny Abraham­son, le di­rec­teur du film. "C'est l'his­toire d'un homme qui a le monde dans sa tête et qui le par­tage avec un groupe d'in­adap­tés" a com­menté de son côté Mi­chael Fass­ben­der. "J'ai ac­cepté dès que j'ai lu le scé­na­rio, c'est dans ce genre d'his­toire que j'ai­me m'im­pli­quer", a ajouté l'ac­teur lors de la pré­sen­ta­tion du film au Sun­dan­ce Lon­don. Ce fes­ti­val ­de ci­néma in­dé­pen­dant a ini­tia­le­ment vu le jour grâce à la fon­da­tion Sun­dan­ce qui as­sure la pro­mo­tion de nou­velles œuvres ci­né­ma­to­gra­phiques in­dé­pen­dantes et du ci­néma d'au­teur et a fêté sa troi­sième édi­tion à Londres au mois d'avril der­nier. 

Mo­rale mise à part, le film est un régal pour l'ori­gi­na­lité, une his­toire avec des touches d'hu­mour et d'ex­cel­lence, qui ne re­cherche rien de plus que cela : ra­con­ter l'his­toire des autres héros, ces ex­cen­triques qui ne rem­plissent pas les salles, les re­belles mar­gi­naux du cou­rant mains­tream