Françoise Chotard : « 7 employés pour 12 millions d’habitants en Ile-de-France »

Article publié le 31 mars 2009
Article publié le 31 mars 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Paris. Sa région. Douze millions d'habitants répartis avec une densité et un partage des richesses très inégaux. Plus rurale que ce que racontent les guides touristiques. Un profil dont on veut défendre les intérêts becs et ongles en Europe.

« Je ne vois aucun inconvénient à qualifier notre activité comme du lobbying. » Françoise Chotard dit ce qu'elle a sur le cœur sans tabous concernant son travail comme directrice du bureau Ile-de-France à Bruxelles. Dans cette véritable capitale politique de l'Europe se concentrent plus de 240 délégations régionales qui se consacrent à la défense des intérêts des régions qu'elles représentent et des projets de leurs entreprises et de leurs citoyens. « Faire prévaloir les intérêts des collectivités que nous représentons est notre rôle, et dans les statuts de notre association figure même le terme de lobby pour définir notre travail d'interface entre les citoyens de la région dans laquelle se trouve Paris et les institutions européennes », explique cette Française.

WikimediaIl manque des doigts à ceux qui travaillent dans les coulisses bruxelloises de l'Union européenne pour compter les occasions qui leur sont offertes, quand s'achève une longue journée de travail, d’aller à une réception organisée par l’une de ces délégations régionales où sont proposés les meilleurs crus locaux et les produits les plus raffinés. Les mauvaises langues disent que ces bureaux ne servent qu'à ça. Et peut être aussi d'alibi aux présidents de régions qui ont besoin d'échapper quelques jours à leur routine politique et d'être accueillis par leur consul à Bruxelles.

Cette vision frivole de votre travail est-elle véridique ?

Ecoutez, dans notre profession, les cocktails aussi sont très importants. Il m'est souvent arrivé, au cours d'un banquet, de venir à bout d'une négociation qui était au point mort et n'avançait plus depuis des mois. Mais nous faisons beaucoup d'autres choses, comme de la veille informatique au sujet de ce qui est adopté au Parlement, à la Commission et au Conseil, de l'assistance au montage de projets culturels ou d'entreprises, et de la représentation. Il faut pour cela disposer d'un réseau de contacts, et ce réseau nécessite des événements sociaux. Il m'est aussi arrivé de régler plusieurs dossiers qui n'avançaient pas en une heure de cocktail. Enfin, il est important que nos élus puissent venir défendre politiquement le travail que nous préparons.

Selon votre expérience, quelles sont les régions les plus actives à Bruxelles ?

Celles qui ont des compétences législatives, comme les Länder allemands ou les communautés autonomes espagnoles. Elles ont une légitimité différente de la nôtre [les régions françaises n'ont pas de pouvoir législatif] et il est certain que le poids et le pouvoir de leurs bureaux sont plus importants. Des régions comme la Bavière ou Bade-Wurtemberg emploient cinquante personnes alors que nous, nous sommes sept employés.

On y invite plus que dans votre bureau ?

Je ne crois pas. Notre travail consiste à conseiller techniquement, à être des experts au sujet des procédés de prises de décisions en Europe et à informer nos villes. Aujourd'hui, par exemple, il faut penser à une stratégie pour apporter des projets pouvant être financés avec les futurs budgets qui seront négociés à partir de 2010. Nous donnons des conseils sur des priorités, nous proposons des arguments et suggérons des pistes.

Quelles interventions l'Europe prévoit-elle à Paris et dans sa région pour le futur ? Sont-elles aussi importantes que celles qui sont réalisées dans des régions comme l'Ecosse ou l'Andalousie ?

L'Ile-de-France à une particularité : un revenu moyen très élevé. Le budget communautaire étant en grande partie destiné à la cohésion, il est clair que notre région en bénéficie de façon différente de celles qui ont de sérieux problèmes économiques. Ceci dit, en 2000, nous sommes parvenus à ce que l'Union reconnaisse une de nos spécificités : en Ile-de-France, il y existe de grandes disparités de revenu et d'utilisation du territoire. De sorte que le Feder (Fonds européen de développement régional) a investi 156 millions d'euros durant la période 2007-2013. Dans le même temps, le Fonds social européen a donné 546 millions d'euros. Il faut ajouter à cela que 80 % du territoire de notre région sont agricoles, ruraux ou forestiers. C'est pourquoi la Politique agricole commune est également très présente chez nous. Les fonds européens pour la recherche complètent l'investissement de l'Union à Paris et dans sa région, en raison du grand nombre d'universités et de laboratoires qui existent ici.

Vous semble-t-il possible que l'Ile-de-France forme une eurorégion avec d'autres régions européennes ?

Non, car nous sommes très à l'intérieur du territoire français et cela nous obligerait à faire une région trop grande pour arriver jusqu'à d'autres frontières. En revanche, nous travaillons beaucoup avec les régions-capitales de l'Europe. Nous n'avons pas créé une eurorégion de régions-capitales, nous avons constitué à Bruxelles un réseau informel qui se traduit par des positions communes sur de nombreux sujets. En particulier avec Londres, Bruxelles et Berlin. C'est important, car lorsque des régions comme celles-ci défendent une position, leur force est parfois déterminante pour qu'elle soit adoptée.