François Missonnier, la force tranquille de Rock en Seine

Article publié le 10 juillet 2012
Article publié le 10 juillet 2012
François Missonnier est bien dans ses baskets. Normal, lorsqu’on est directeur de Rock en Seine et que l’on fête les 10 ans du festival. Le chef de projet de 44 ans rasé de près reçoit bien poliment, trop peut-être, dans les locaux d’une agence de promotion.
Devant un nespresso et des cannelés qu’il ne touchera pas, il parle tranquillement, sans fard, esquivant d’un ton circonspect toutes les questions qui pourraient contrarier ce qui reste – il faut bien le dire – un exercice de com’.

Depuis 10 ans maintenant, ce quadra à la teinte de gendre idéal dirige Rock en Seine, l’un des festivals estivaux les plus prisés de France et qui, de son propre avis, figure parmi « les trois principaux événements musicaux français. » Il est vrai qu’en 2011, quelque 108 000 festivaliers s’étaient prostrés devant les quatre scènes que comporte le parc de Saint-Cloud (domaine national de l’ouest parisien classé monument historique sur lequel l’équipe de Rock en Seine a choisi d’élire domicile, ndlr). En ce qui concerne l’édition 2012, François espère la même affluence même si « (il) serai content si (il) dépassait les 100 000. » Il faut savoir que c’est pas mal 100 000, quand même. Le seul festival à dépasser allégrement la barre : les Solidays. Tout en sachant que la billetterie n’est pas la même (quand un pass 3 jours coûte 39 euros pour les Solidays, un billet pour une journée vaut 49 euros à Rock en Seine).

« Ça pique un peu »

Mais trêve de prosaïsme, car au-delà des chiffres, il y a des noms. Pour cette année, la programmation du festival francilien est sûrement la plus aguicheuse d’Europe aux côtés des Eurockéennes. Placebo, The Black Keys, Noel Gallagher, Foster The People, Little Dragon, Green Day…sont autant d’exemples d’une line-up qui fait figurer depuis une décennie les plus grands noms du rock’n roll de l’année écoulée. « La programmation est aussi le fruit du travail des mes deux associés, Christophe Davy et Salomon Hazo. Ensuite, on reçoit de plus en plus de propositions spontanées comme les Black Keys, par exemple. Aujourd’hui, quand un artiste ne peut pas venir, ce n’est plus pour une question d’argent ou d’échos, mais tout simplement parce qu’il n’est pas là. » C’est le cas de Jack White, pourtant présent aux Eurockéennes fin juillet. « On est toujours jaloux quand un autre arrive à programmer quelqu’un que l’on aurait voulu avoir. Ça pique un peu. »

Mais l’absence d’une star s’estompe selon François dans « l’extrême solidarité » qu’entretiennent les festivals français aujourd’hui. « Avant d’être conquérants, on est tous dans la même barque. Le plus on est à faire des festivals, le mieux c’est. » Et puis, tout comme un journal aurait un traitement éditorial particulier, Rock en Seine revendique une certaine ligne artistique. « Quand tu regardes la programmation des dernières années, on a une personnalité. On est très rock indépendant et rock international. Mais on privilégie également les prestations électroniques spectaculaires, les projets hip-hop originaux. Et surtout, on n’hésite pas à faire de la découverte le mot d’ordre de chacune des éditions. L’an dernier, une personne sur trois défendait un premier album. »

Les Strokes, les Libertines et la découverte

« La France s’est véritablement dotée d’un public de festivaliers. On voit de plus en plus de jeunes sillonner la France en sac à dos pour de la musique. »

L’identité discursive de Rock en Seine est aussi fortement corrélée à la personnalité de son directeur. François Missonnier a commencé sa carrière à Canal + dans les années 90, en organisant au Parc des Princes (le stade du club du Paris Saint-Germain), l’un des tous premiers événements musicaux parisiens de grande envergure appelé Rock à Paris. Nourri par « la pop au sens large » - la fourchette oscille tout de même entre Genesis et les Clash - François passe son temps à traquer de nouveaux artistes. En cela, son éviction de la chaine cryptée en 2001 lui a permis de se consacrer pleinement à ses envies de nouveauté. Résultat : le festival Rock en Seine est organisé deux ans plus tard. « C’était le début du nouveau millénaire, une période qui a quand même vu un certain renouveau du rock avec l’émergence de groupes tels que les Strokes et les Libertines. » L’émergence de nouvelles formations musicales est ainsi devenue une sorte de maxime à Rock en Seine. Une maxime qui a pris toute son ampleur grâce à l’organisation d’un projet nommé « L’Avant Seine », une sorte de sélection des plus belles découvertes rock. « 4 personnes sont en charge d’écouter des nouveaux groupes. On traine pas mal dans les bars à concerts comme l’International ou la Flèche d’Or pour dénicher de nouveaux talents. »

Cette édition-anniversaire fait d’ailleurs la part belle à ce projet puisque le festival invite les groupes précédemment sélectionnés pour l’Avant Seine à jouer ce qui selon eux reste la meilleure chanson de l’histoire du rock. Preuve s’il en est qu’il y a déjà des évènements exceptionnels planifiés pour la dixième année. Mais 10 ans, c’est aussi l’occasion de savoir si un événement musical est plus difficile à organiser qu’avant. François reste insolemment stoïque : « Il y a des années simples, des années difficiles. Mais la France s’est véritablement dotée d’un public de festivaliers. On voit de plus en plus de jeunes sillonner la France en sac à dos pour de la musique. Et j’ai l’impression que l’on a rattrapé nos voisins en la matière. Ce qui explique l’explosion des festivals français cet été. »

Bref, François Missonnier se pose en homme tranquille, fortifié par dix ans de fiers travaux au service de la musique. Mais malgré le flegme affiché, François est aussi un homme du vent, capable de tendre l’oreille à ce qui se fait de mieux en termes de nouvelles tendances. Finalement, seul le détail compte chez ce genre de personnage. Comme ses Converses un peu sales sur lesquelles tombe un jean impeccablement repassé. Cela dit, méfiez-vous parce que la folie ne dure pas longtemps. A peine les yeux relevés sur le teint trop-hâlé-pour-être-vrai de l’homme presque parfait, qu’il vous serre la main et vous raccompagne vers la sortie comme si vous veniez de lui filer 30 balles pour une coupe. Au carré, évidement.

Photo : Une © courtoisie du site du Jeune prix de la culture européenne; Texte : © Nicolas Joubard ; Vidéo (cc) InaHarris/YouTube