François Bayrou, dernières cartouches pour convaincre

Article publié le 16 avril 2007
Article publié le 16 avril 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La campagne électorale du ‘troisième homme’ de la course à l’Elysée s’accélère. Une semaine avant le premier tour du 22 avril, les sondages estiment le candidat de l’UDF à 18 % d’intentions de vote.

Le train 1725 est sur le point de partir. La tranquillité règne gare de l’Est. Dix minutes avant l’heure prévue pour le départ, la silhouette de François Bayrou se dessine au loin et les photographes prennent place avant de faire crépiter leurs flashs. Comme une star de cinéma, il leur décoche son plus beau sourire et multiplie les poignées de mains. A ceux qu’il connaît. Et puis aux autres. L’aspirant présidentiable monte dans le train, se trompe de voiture, redescend et finit par trouver son siège, en première classe.

Le train s’ébranle, direction Reims. Durant le trajet, Bayrou se montre disponible, accordant des interviews à la presse. Le discours du représentant de l’Union pour la démocratie française (UDF) n’a guère changé depuis le début de la course à l’Elysée. Le candidat centriste, issu d’une famille d’agriculteurs du Béarn, déclare être « le seul capable de réunir la France ». Se présentant comme l’ « alternative » à la bipolarité traditionnelle opposant le Parti socialiste à l’UMP, François Bayrou affirme que le milieu politique français a besoin d’un « électrochoc ».

A l’arrivée du train en gare de Reims, la foule entourant le candidat en campagne suscite la curiosité des voyageurs. Des jeunes filles demandent de qui il s’agit. Je réponds ‘Bayrou’. Aucune réaction. Je précise : « c’est l’un des candidats à l’élection présidentielle ». Les jeunes filles pouffent et se dirigent vers Bayrou pour lui crier que le bas de son pantalon est mal arrangé. Après quelques pas, ce petit détail esthétique est vite réglé.

Un candidat de gauche ?

Le trajet du prétendant à l’Elysée fait un détour par la mairie de Reims. Là, les ouvriers de l’entreprise automobile de pièces détachées ‘Chausson Outillage’ attendent de pied ferme François Bayrou pour lui parler de la faillite de leur entreprise. Après avoir échangé quelques mots, le leader centriste accepte de modifier son itinéraire afin d’aller voir l’usine. Serait-ce parce que Ségolène Royal a visité le même endroit une semaine avant ?

La visite des installations commence, sous le regard attentif du candidat. Un ouvrier de l’entreprise s’approche de moi et je lui demande si cette visite va influencer son vote. « Nous verrons », me répond-il. « Est-ce que Sarkozy viendra ? ». « Je ne crois pas qu’il daignera venir et il n’en n’a pas besoin, » conclut-il dans un sourire.

Bien qu’il aime à se désigner comme le candidat le plus pro-européen, Bayrou a rapidement pris ses distances avec l’Union européenne durant la campagne, tombant dans le cliché d’un rôle étatique prédominant ou d’une « Union européenne protectrice ». Pour faire face à la mondialisation par exemple, « l’Union européenne doit protéger nos entreprises », face aux deux immenses pays émergents, l’Inde et la Chine.

L’assemblée ne semble pas convaincue par son discours : « ici nous ne faisons pas de politique, mais nous avons un problème, » confie un ouvrier de ‘Chausson Outillage’ à un journaliste.

Après des paroles qui brossent les syndicats dans le sens du poil, l’escapade en Champagne continue. Prochain arrêt : une conférence de presse doit avoir lieu à la Brasserie Flo de la ville. A peine l’aéropage entourant le candidat UDF est-il arrivé qu’un jeune homme rompt le silence : « Vous avez bien choisi l’endroit pour votre conférence, puisque vous êtes de droite », crie-t-il à l’intention de Bayrou, faisant allusion au luxe ostensible du restaurant. Le principal interessé sourit et tente de s’approcher du jeune homme qui enfourche son vélo et disparaît, avant d’avoir pu échanger le moindre mot avec lui. Fin de l’incident.

Au fil de ces journées de rude campagne électorale, Bayrou tend à minimiser sa récente baisse de popularité dans les sondages, après son ascension surprise début mars. « Un seul sondage importe, celui du vote des Français », déclare-t-il. Au cours de sa conférence de presse, Bayrou glisse même aux journalistes leur titre : « Sur certains thèmes, je suis plus à gauche que le PS », écrira plus tard le quotidien Libération. Pour illustrer son affirmation, il rappelle qu’il a été le seul candidat à s’opposer à la privatisation des autoroutes, alors que le PS n’avait rien fait pour l’empêcher.

Bain de foule

Du raffinement de la Brasserie Flo à la sobriété du polygone industriel, Bayrou achève sa journée marathon par un meeting public. Peu de voitures sont stationnées sur le parking et l’ensemble des journalistes se demande si le bâtiment réquisitionné par l’UDF sera vide. Bien au contraire. L’orange règne partout. A l’intérieur de l’édifice, près de 3 000 sympathisants attendent, inquiets, François Bayrou. Les T-shirts estampillés ‘Sexy centriste’ font fureur dans les rangs des jeunes militants.

Sous les cris et les applaudissements, Bayrou s’adresse à son public avec des phrases qui semblent familières aux journalistes qui ont assisté à sa conférence de presse quelques minutes avant. « La société française a besoin de changement, » commence-t-il. « L’immigration n’est pas la cause de tous nos problèmes, elle en est la conséquence, » continue-t-il. Du « savoir-vivre ensemble » au ‘Non’ français à la Constitution, en passant par le réchauffement de la planète et le fait que « l’Etat ne peut tout payer », Bayrou aborde tous les sujets avec un discours écrit à l’avance aux accents plutôt répétitifs et manquant de spontanéïté.

Une fin inattendue

L’escapade à Reims se termine peut-être par un bain de foule mais la dernière ligne droite de la campagne ne fait que commencer. Après la publication de son livre ‘Projet d'espoir’, Bayrou a présenté son programme électoral lors d’une conférence de presse à Paris le 3 avril. « J’attends une fin inattendue, » déclare Bayrou lorsqu’il évoque l’issue du scrutin.

Pour autant, les Français continuent à se demander quel gouvernement sera formé si Bayrou est désigné. Centre droit ou centre gauche ? « Nous devons créer de nouvelles alliances basées sur une majorité centriste, » ne se lasse pas de répéter le ‘troisième homme’. Mais qu’est-ce que cela signifie au juste ?

Si le représentant de l’UDF devient président, alors il devra conclure des alliances pour obtenir une majorité à l’Assemblée nationale lors des élections législatives de juin 2007. Il sera toujours temps de voir si cette « nouvelle alliance » que Bayrou appelle de ses voeux remplira les attentes de ceux qui choisissent « l’alternative ».

Crédit photos : Ariadna Matamoros