[Franck Biancheri Tribune] Bienvenue dans la non campagne de 27 élections nationales

Article publié le 22 mai 2009
Article publié le 22 mai 2009
Car personne ne s'y trompe. Surtout pas les électeurs qui a priori s'intéresseraient bien à une vraie campagne pour des élections vraiment européennes, comme on l'a constaté chaque fois qu'un pays a organisé un référendum sur les questions européennes. Là on a pu voir des débats intenses, une forte participation et parfois le NON, parfois le OUI l'emporter.
C'est d'ailleurs l'un des fondements de la démocratie que les résultats puissent varier.

Seuls les régimes non démocratiques n'ont jamais de surprise lors de votes populaires, n'en déplaisent aux oui-ouistes ou nonistes fanatiques.

Mais bien entendu, pour qu'il y ait une vraie campagne, il faut qu'il y ait de vrais camps opposés, avec de vraies idées fortes, de vraies propositions claires et de vrais candidats décidés à les défendre fermement.

Et pour que l'élection soit européenne, et non pas la juxtaposition de 27 élections nationales, il est nécessaire que le présent et l'avenir de l'Union européenne dans ses dimensions politique, économique, sociale, stratégique, culturelle, ... soit l'objet des propositions débattues et des programmes en compétition.

Et c'est là, bien évidemment, que le bât blesse car les partis nationaux en lice n'ont aucune vision claire de l'Europe qu'ils veulent. Une vision politique claire se résume en quelques lignes et deux ou trois grands axes d'action.

Sinon, c'est un document bureaucratique ou un pensum universitaire. Comparez les programmes, vous verrez, c'est tristement édifiant!

Et pour ce qui est du débat, il faut bien sûr avoir de vrais débattants.

Or, la récente polémique parisienne sur l'absence d'idées et de connaissance sur l'Europe de l'actuelle Garde des Sceaux Rachida Dati, N°2 sur la liste du parti au pouvoir en France (UMP) illustre bien la situation. 

Si cette dernière est une caricature de "petite marquise" en politique comme le privilégie l'actuel chef de l'Etat français, elle n'est en fait qu'une représentante de la classe politique parisienne qui a phagocyté l'ensemble de la classe politique française. Elle ne connaît rien de ce qui se passe en-dehors du périphérique (sauf à Neuilly sur Seine), que ce soit dans le pays, à Bruxelles ou ailleurs.

Le Parti socialiste, le Modem, les Verts, .... n'échappent pas à cette règle de la médiocrité et de l'absence d'idées politiques fortes incarnée en vertu publique.

D'ailleurs, à l'occasion de cette élection européenne, qui peut dire à quoi servent l'UMP? le PS? le Modem? ...

L'autre jour, une journaliste du Journal du Dimanche m'a demandé "à quoi sert Newropeans?". Loin de moi l'idée d'y voir une question malicieuse car je crois sincèrement qu'un mouvement politique aussi doit servir à quelque chose; et surtout à autre chose qu'à seulement placer des individus dans de confortables positions d'"élus du peuple"*.

J'ai donc essayé d'y répondre le mieux possible, le plus brièvement possible car un mouvement politique ne doit pas avoir un mode d'emploi qui fait plus de quelques lignes :

"En tant que premier mouvement politique trans-européen à se présenter devant plus de 130 millions de citoyens européens (en France, Allemagne et Pays-Bas), Newropeans sert d'abord à montrer deux choses

► qu'il est possible de tenir le même discours politique à tous les Européens, et donc de sortir l'élection au Parlement européen de sa balkanisation en une myriade de forces politiques en compétition protégée derrière les frontières nationales;

► que c'est le seul moyen d'apporter un contenu politique attrractif à la campagne des élections européennes en présentant une vraie vision de l'avenir de l'UE, au lieu de faire des remakes d'élections nationales qui n'intéressent pas les électeurs.

Et, dans ce cadre, Newropeans sert à également à proposer un chemin politique nouveau, pour les deux décennies à venir, suivant deux grands axes:

d'une part,  la démocratisation de l'Union européenne pour rendre ses 500 millions de citoyens vrais décideurs des grandes orientations de l'UE

d'autre part, une vision très précise du rôle de l'UE dans le monde afin de faire des 500 millions d'Européens une force qui contribue activement à façonner le monde du XXI° siècle."

On peut trouver l'outil politique utile ou pas; mais au moins on sait à quoi il peut servir.

Dommage qu'il n'y ait d'ailleurs pas plus de débats politiques autour de cette question simple : "mais finalement, dans cette élection, vous servez à quoi?"

Société civile et médias pourraient ainsi aisément transformer les ennuyeux débats sur l'Europe qui n'attirent personne car ils ennuient tout le monde en des moments de réelles confrontations d'idées, de principes, de vision d'avenir; en bref, en de vraies opérations d'utilité publique : obliger les candidats et leurs partis à expliquer à quoi ils servent dans une élection donnée? à définir "leur valeur démocratique ajoutée", à démontrer leur apport pédagogique à la formation du choix de l'électeur?

Vous imaginez les candidats UMP, PS, MODEM, ... obligés de prouver qu'ils sont bien utiles dans cette élection européenne? Franchement, qui a dit que la démocratie devait être triste?

Franck Biancheri

Président

Newropeans

A lire: Newropeans - à quoi çà sert? 

* Je ne suis moi-même pas candidat car mon rôle dans Newropeans est d'assurer la coordination de nos campagnes dans les différents pays, une tâche très complexe, et non pas de monopoliser la tête de telle ou telle liste. Nous sommes farouchement contre le cumul des mandats, cette plaie de la démocratie française.